Stop or Go ?

Par où commencer – ou continuer ?

C e sera difficile de faire court.

Nous pourrions commencer par ces questions sur l’homme et la planète (mais est-ce bien raisonnable ?) Pas le temps… Pas le moment). 0n y reviendra ! Il est simplement évident que le vieux monde a la peau dure.

Nous pourrions surtout nous dire que « çà ne peut pas durer comme çà ».

Et d’ailleurs, çà ne va pas durer. Ça ne dure déjà plus !

D’abord parce que nous avons décidé de « vivre ensemble ». Là c’est notre Président qui l’a dit. Je lui prête plusieurs intentions. Vous me direz si c’est raisonnable, cette fois.

D’abord, pour être ensemble, mettons fin aux sujets qui divisent la société, créent des tensions inutiles et néfastes, se traduisent par des millions de jours de grève et sont source de violence. Je ne doute pas que notre Président va abroger la loi El Khomri et résoudre le chômage en organisant une baisse massive, intelligente et concertée du temps de travail. Ensuite, on va mettre fin aux polémiques sur Notre Dame des Landes en expliquant qu’il y a d’autres urgences et d’autres solutions, que ce sont les jeunes qui s’y opposent, et qu’ils seront en charge de la sauvegarde de ce qui restera d’une planète habitable – ne leur compliquons la tâche. Et puis sur le nucléaire, là, çà va être la fête : bien sûr fermeture d’urgence pour Fessenheim. Et puis on ne va quand même pas s’entêter sur Hinkey Point. Du coup cela ne déplaira pas à madame Theresa May, et pas davantage aux ingénieurs d’EDF. D’ailleurs, comme le disait le prédécesseur de M. Hollande « le nucléaire çà va comme çà ! ». Ah non : c’était l’écologie, d’accord, mais là on a changé, non ? Ah, j’allais oublier – mais je ne suis pas le seul –  on va vivre ensemble aussi avec les réfugiés.

MAIS : DANGER !

Seulement voilà. L’actualité est autrement plus tragique.

Les attentats

Les victimes, bien sûr. Celles qui ne reviendront plus mais aussi celles qui resteront marquées à vie dans leur chair et dans leur esprit. Trois cents blessés, dont 15 très graves. Ça vous dit de passer sous un camion ?

Que dire ? Tout a été dit. Les proches, les parents, toute cette peine. Et toute cette rage, aussi. Cette rage qui saisit même les pires bouffeurs de curés, quand un prêtre de 86 ans est égorgé dans son église ! Les curés, on veut bien en bouffer entre la poire et le fromage, mais c’était pour rire. Là, on ne rit plus. On s’indigne. Et notez bien que celui qui aurait les plus grands motifs de rage et de haine, le Pape François, enrage non pas tant contre ces fous égorgeurs mais contre le monde qui les a engendrés, le monde de l’argent et de l’injustice. Là il rejoint bien les intentions que je prêtais à notre Président, qui est l’ennemi de la finance que nous connaissons bien.

Quoi d’étonnant que nous recherchions des solutions ? Bien sûr, nous ne savons pas trop quoi faire. Sauf Marine Le Pen qui démontre encore une fois son redoutable sens politique puisque son programme a depuis longtemps incorporé le remède absolu : « Halte à l’immigration massive ». En effet : 10 000 réfugiés Syriens en 5 ans… 0.15% de la population. Ce principe isolationniste s’étend à tout le spectre des problèmes, avec le repli de la France sur son immense territoire et sa démographie qui pèsera de tout de son poids de 1% de la population mondiale dans le jeu international où elle retrouvera sa grandeur. Et remarquez que ce n’est pas bête. Par exemple, pour lutter contre la pollution, il pourrait être utile d’arrêter de respirer « massivement ».

Bien sûr, nous ne savons pas faire, nous n’osons pas.C’est que nous n’avons pas fait l’ENA. Notez que ni Gambetta, ni Clemenceau, ni Jaurès ni Jean Moulin n’avaient fait l’ENA – et ils ont pourtant légué un bel héritage.

Mais c’est vrai que nous tous sommes partagés entre la compassion, l’horreur et, il faut l’avouer, un début de panique. Pourtant, nous étions si fiers de voir nos Rafales devenus enfin vendables pilonner les troupes de Daesh ! Heureusement, justement, nous avons commencé à vendre ce bel oiseau redoutable à de grandes démocraties comme l’Égypte. Çà rassure. Je me souviens comme j’étais fier de voir l’arsenal de ma ville natale travailler sur les chars de Sadam Hussein. Ce qu’il faudrait , ce serait des armes réversibles, comme dans la chanson de Dassin, des bottes avec un talon devant et un talon derrière, des chars avec un canon qui tire dans l’autre sens et des avions avec une marche arrière. C’est un peu complique, soit. Et pas très vendeur.

Ce qui est sûr, et les amis de LCA qui sont chasseurs ne me contrediront pas, c’est qu’avec un fusil, il y a un recul quand on tire. Quand on bombarde aussi, il faut croire. Comment imaginer que ce soit sans conséquence, comme au bon vieux temps de l’éventail du Bey de Tunis et des canonnières ?

Alors, oui, que faire ? Une amie a attiré mon attention sur ce communiqué du FNLC. J’avoue avoir été d’abord surpris. Je vous laisse juges sur ce document. Ce texte fait preuve pour le moins d’une grande cohérence et d’une grande fermeté. Il constitue un appel en direction des musulmans corses, très fraternel, leur demandant de rejoindre les rangs de ceux qui s’opposent à la stratégie terroriste de Daesh.

L’avantage de leur position par rapport à Vigipirate ou autre Sentinelle, c’est qu’ils laissent entendre qu’ils reprendront les armes si des attentats ont lieu. Là aussi je m’interroge. Sérieusement. Et comme un autre ami nous a transmis cet admirable poème d’Aragon sur «celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas », j’ose ici un détournement – mais notre ami l’avait aussi détourné comme il est si fréquent pour Aragon ou Eluard dont le message amoureux est surtout de la vie …

Qu’importe comment s’appelle
 Cette clarté sur leur pas
 Que l’un fût de la chapelle
 Et l’autre s’y dérobât
 Celui qui croyait aux armes
 Celui qui n’y croyait pas

[le sang]
Il coule, il coule, il se mêle
 A la terre qu’il aima
 Pour qu’à la saison nouvelle
 Mûrisse un raisin muscat
 Celui qui croyait aux armes
 Celui qui n’y croyait pas

L’un court et l’autre a des ailes
 De Bretagne ou du Jura
 Et framboise ou mirabelle
 Le grillon rechantera
 Dites flûte ou violoncelle
 Le double amour qui brûla
 L’alouette et l’hirondelle
 La rose et le réséda

Car cette tentation – qui a des allures de vendetta et même de révolution – remplit nos cœurs de courage, jusqu’à nous faire oublier les milices chrétiennes de Beyrouth et d’ailleurs. Répondre à la violence par la guerre civile n’est pas une très bonne solution. Reste que dans le kaléidoscope des analyses, celle qui prête à Daesh des visées mondialistes mûrement élaborées n’est pas à écarter non plus. Si la France est particulièrement visée, c’est aussi dû à notre engagement en Syrie, en Libye et plus généralement en Afrique.

Faut-il là aussi nous replier sur l’hexagone, cesser toute intervention ? Ce fut le choix (forcé) de Blum en 1936 en Espagne. Il a ouvert les portes au fascisme. Ce fut le choix d’Obama en Syrie malgré le franchissement de le « ligne rouge ». C’était aussi l’hésitation de Clemenceau, farouchement hostile au colonialisme mais soucieux d’équilibrer l’impérialisme allemand. Mais justement, la situation syrienne n’est ce qu’elle est que parce que nous avons abandonné la résistance au financement de l’Arabie Saoudite  et des Émirats. Évidemment, aider l’ASL laïque aurait coûté plus cher … mais moins que les milliers de policiers et de soldats déployés sur notre propre territoire, et moins que les morts et les blessés innocents du Bataclan, de Nice et  Saint-Etienne-du-Rouvray. En attendant mieux. Il faudra que l’on reparle ici plus en détail d’Alep – mais qui s’en soucie ? Tous ces foutus Arabes…

En réalité, les problèmes sont complexes, mondiaux, et ils s’étendent à tous les véritables sujets dont on ne traite que par fragments et par miettes dans les media. Et il n’est pas surprenant que les citoyens, atterrés et désorientés, cherchent des réponses simples et compréhensibles par tous – en premier lieu celles du FN. Cette « immaturité acquise », ce SIDA politique, fait que les combats les plus justes se terminent régulièrement par des défaites non moins injustes. C’est parce que le peuple a perdu le contrôle, c’est parce qu’il ne dispose plus de relais suffisants pour faire entendre ses voix (car le Peuple n’est pas unique). C’est que la démocratie n’est plus que l’exercice du pouvoir par une brochette de figures interchangeables dans leur unicité à ne rien changer vraiment. C’est pourquoi il faut revenir à la base du problème. Nous avons régressé depuis l’époque où Jaurès encourageait les ouvriers à faire l’apprentissage des responsabilités dans le monde réel. Nous avons régressé depuis l’époque où Aristide Briand faisait appel à son pire ennemi, Clemenceau, pour mener la France à la victoire dans une guerre dont on oublie qu’elle était aussi une guerre juste – au delà du carnage inutile.

Une autre amie me confie régulièrement son indignation pour la façon réductrice et simpliste dont on nous décrit les auteurs de ces attentats. Écoutez plutôt France Culture cet été, loin du matraquage matinal de chroniqueurs arrogants et sûrs d’eux, partis en vacances ou promus à de plus hautes responsabilités bien méritées. De plus en plus de voix nous décrivent (et c’est aussi le cas du Monde) ces jeunes gens … comme des jeunes gens. Souvent, des adolescents vulnérables, manipulables, victimes de techniques d’embrigadement qui n’ont rien à envier à celles des sectes. Et le professionnalisme de Daesh a véritablement quelque chose de terrifiant. N’oublions pas cet autre enfant battu, cet artiste réfuté, ce rêveur monstrueux : Hitler. N’oublions pas son génie de la manipulation, n’oublions pas les meilleurs cerveaux de l’Allemagne mobilisés autour de lui pour la terreur et la dévastation. Mais n’oublions pas non plus le courage de ceux qui se sont opposés à lui, en France et en Allemagne. N’oublions jamais l’exil d’Hannah Arendt. Il faudra relire sans faute ses réflexions sur l’idéal et l’idéologie, « Philosophie et sociologie », 30 pages à peine, publiées notamment dans la Petite Bibliothèque Payot dans un recueil intitulé « La philosophie de l’existence ». Trente pages dont on ne vient pas à bout, parce qu’elles nous interrogent sur les déterminismes et les aspirations irréductibles des hommes, sur la douloureuse mais irrésistible émergence de la réalité – et du futur – en chacun de nous. Dernier espoir avant la catastrophe !

Bien sûr, nous sommes loin de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray ? Pas si sûr. Nous n’en sommes pas loin avec ces terroristes en haine d’eux-mêmes, homosexuels refoulés, jeunes hommes en perte de repères – des repères et des idéaux que nous n’avons pas le courage de leur offrir. Nous les encourageons à chaque fois que nous refusons sa chance à un parti politique émergent parce que, nous aussi, nous sommes englués dans nos peurs. Alors pourquoi pas Nouvelle Donne, ou mieux : la création d’un cabinet fantôme où se retrouveraient aussi bien Hulot que Corinne Lepage, Brice Lalonde, Mélenchon – pourquoi pas ? –  ou les écolos de la première heure et ceux des Colibris, auprès de jeunes chefs d’entreprises tournés vers le renouvelable et de penseurs aussi comme Cynthia Fleury ou Rosenvallon. Écoutez ici sur FC  Pierre Rosenvallon avec Cynthia Fleury et Olivier Dart. Vous verrez que les amis de la LCA ne sont pas seuls à croiser les données.

La démocratie nous représente-t-elle encore ?

C’est la recherche incessante de techniques de représentation qui est en question. Le rêve d’une démocratie directe et locale ne peut s’étendre au pays entier et il y a urgence à revenir sur ce chantier. Nos ancêtres ont bien des choses à nous apprendre.

Dans notre cabinet fantôme, il faudra aussi des policiers indignés, des militaires retour de missions impossibles, des enseignants des quartiers perdus, des témoins de l’action de Greenpeace et des médecins des ONGs, des paysans du bio, des jeunes de Nuits Debout et bien sûr des Charlie’s. Il suffirait de réunir des hommes et des femmes indépendants des lobbies  (ou qui le deviendraient), libérés des vieux partis afin d’esquisser un horizon dessillé (dé dipluté comme dit notre ami JM Masson sur son blog).

Et l’éducation ? Ce cabinet fantôme devrait peut-être comporter un Ministère de l’éducation populaire, comme le réclame un de nos amis. Mais aussi il faudrait organiser les classes en auto-éducation, en autodiscipline comme ce fut le cas dans les années 70 et 80 quand l’Éducation Nouvelle se voulait à la hauteur de son héritage.

Et la police ? Lorsqu’on me démontrera que la police, la gendarmerie et l’armée, Vigipirate & Co sont capables d’éviter les rodéos dans les quartiers et ailleurs, sont capables de ramener l’état de droit partout en France et rétablir une police de proximité tellement raillée par une certain Nicolas Sarkozy dont le Karcher a fait long feu, alors je saluerai comme ils le méritent ces autres combattants de la liberté. En attendant, ils étaient bien présents à minuit, à l’entrée du village, héroïques, pour me dresser un procès verbal pour excès de vitesse sur une ligne droite parfaitement déserte.

Qu’attendre d’autre ? La Révolution ? Elle n’aura lieu que lorsque nous aurons tout perdu – et nous savons que les lendemains ne chanteront pas forcément une très belle musique. Le FN ? Encore heureux que son programme soit inapplicable et constitue une vaste tromperie. Mais comptez sur lui pour rallier les forces les plus conservatrices afin de mettre à leur disposition un peuple « unifié » dans la résignation, pour le plus grand profit des puissants et des nouveaux cadres FN. Ou la catastrophe écologique ? Non, je le répète : la catastrophe écologique a commencé sous le nom de TERRORISME.

Il faudra donc reprendre le travail, faire un point cinq ans après le début de ces billets pour nous convaincre que des choses ont changé, et d’autres pas, pour nous convaincre que « tout le monde » (c’est-à-dire celui des puissants) sait très bien que le bouleversement a commencé et que rien ne pourra l’arrêter – alors ils s’empressent seulement de le retarder. C’est ce retard que nous payons au prix fort – le retard de mise en œuvre des réformes qui sont, comme je le disais en introduction … dans la tête de notre Président. A moins que je me sois encore une fois trompé ? Il faut dire que nous avons été nombreux à nous tromper – mais avions-nous le choix ?

Ce n’est pas assez de faire des pas qui doivent un jour conduire au but, chaque pas doit être lui-même un but en même temps qu’il nous porte en avant.
Johann Wolfgang von Goethe

Une réflexion au sujet de « Stop or Go ? »

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