Le match : Burkini 0, CO2 1.5

C’est résultat du mach de l’actualité.

La tête d’affiche c’est le burkini. Je ne vais rien ajouter : vous avez sans doute eu votre dose !

Mais le grand vainqueur par KO, c’est le CO2 : plus 1.5 degré ! On y est presque ! Et c’est vrai que c’est une très bonne idée de se vêtir à la plage par 35 degrés à l’ombre. D’ailleurs pas si bête : les Australiens habillent de la sorte leurs enfants pour éviter de les voir rôtir sur les plages – et surtout contracter un mélanome. Il faut dire que là bas la couche d’ozone ne se porte pas très bien et que le rayonnement solaire est redoutable. Comme quoi  les imams salafistes sont de vrais visionnaires.

Plus 1.5

C’est d’abord un article Monbiot sur le Guardian le 3 août 2016.

https://www.theguardian.com/commentisfree/2016/aug/03/climate-crisis-media-relegates-greatest-challenge-hurtle-us-collapse-planet

Traduction « maison » (ne tirez pas sur le pianiste…) ici.

Encore ? Oui, encore. Je vous ai prévenus : on va se répéter.  Mais je vous le promets aussi : nous n’en resterons pas là – le monde bouge plus fort qu’on ne croit. Le dégel ne touche pas que la banquise : celui des consciences est en marche…

Oui, encore une fois on voit à quel point les media préfèrent mettre en avant des faits anodins plutôt que de nous tenir informés sur nos chances de survie. C’est un tort car si nous mourons, à qui vont-ils vendre leurs journaux et surtout leur publicité ?

Si la tendance se poursuit, cette année sera la plus chaude jamais mesurée. Quinze des 16 années les plus chaudes ont eu lieu dans le 21e siècle. Chacun des 14 derniers mois a battu le record mondial de température. Ceci n’empêche pas  les lobbyistes des combustibles fossiles de soutenir que le réchauffement climatique a cessé en 1998.

En attendant, la banquise arctique d’hiver est à son niveau le plus bas  depuis le début des enregistrements. En Sibérie, une épidémie d’anthrax fait rage chez les humains et les rennes parce que des cadavres infectés prisonniers du  pergélisol depuis la dernière épidémie en 1941 ont décongelé. L’Inde est frappée par des cycles de sécheresse et d’inondations, le  soleil  grille les glaciers dans l’Himalaya, l’Afrique australe et orientale est  plongée dans des situations d’urgence humanitaires par la sécheresse. Les feux de forêt s’abattent en tempête à travers l’Amérique;  les récifs coralliens dans le monde blanchissent et meurent.

El Niño est passé, mais les records continuent de tomber.

Comment s’étonner du parti pris des media, de leur silence et leur désintérêt sur ce sujet, alors qu’ils sont largement dépendants des industrie du pétrole et du charbon ? Comme l’écrit Monbiot :

« Si l'humanité ne parvient pas à prévenir la dégradation du climat, l'industrie qui porte la plus grande responsabilité n’est pas le transport, l'agriculture, le gaz, le pétrole ou même le charbon. Chacune d'entre elles peut se comporter comme elles le font, nous poussant vers un effondrement systémique, simplement avec un permis social d'exploitation. Le problème commence par l'industrie qui, volontairement ou non, leur accorde cette licence: celle pour lequel je travaille. »

La COP 21 et après

Malgré  les 177 signatures de l’accord de Paris, la température a grimpé de 1.3C – plus vite et plus fort que toutes les prédictions. Les scientifiques prédisaient une crise climatique dans la seconde moitié de ce siècle : elle est déjà là !

Hillary Clinton promet une mobilisation nationale et mondiale « à une échelle jamais vue depuis la Seconde Guerre mondiale » : arrêt des forages dans l’Arctique et dans l’Atlantique, et engagement pour que les États-Unis « fonctionneront entièrement à l’énergie propre au milieu du siècle ». Trump, bien entendu, milite exactement à l’opposé – ce qui ne l’empêche pas de faire construire un mur autour de son golf en Irlande pour le protéger de la montée des océans.

L’article de Laurent Fabius (Le Monde 31 août) ne nous rassure pas davantage.

« Dans l’action contre le réchauffement climatique, le moment est venu d’accélérer ». Son constat rejoint parfaitement celui de George Monbiot.

« Seule donc une action volontariste, mondiale, rapide et multiforme peut encore éviter la tragédie : c’est précisément le but des 29 articles et 140 paragraphes de décisions, ainsi que des accords divers que tous les pays du monde ont agréés lors de la COP21. Or, les inquiétudes sur leur application se multiplient. »

Pour que l’accord de Paris s’applique, il y faut sa ratification par 55 États, représentant plus de 55 % des émissions de gaz à effet de serre ; nous en sommes à moins de 2 % ! Ni la Chine, ni les États-Unis, ni l’Union européenne, ni l’Inde, ni la Russie – les cinq premiers émetteurs mondiaux de CO2 –  ne l’ont ratifié.

L’application de l’accord et de ses mesures d’accompagnement doit être réalisée : concrétisation des engagements financiers pris envers notamment l’Afrique, extension de la tarification du carbone, mise en place du système universel d’alertes-catastrophes, pénalisation des énergies fossiles et dynamisation des énergies propres et  des économies d’énergie, mobilisation cruciale des villes et régions du monde.

Le troisième volet consiste dans la préparation d’un pacte universel pour l’environnement. un texte « à droit constant », un traité à caractère obligatoire en accord avec les principes déjà reconnus, en particulier la reconnaissance pour chacun du droit à un environnement sain. De ce droit découlera le droit des citoyens, et plus largement de la société civile, à demander des comptes aux États.

Ici, je ne suis rien ni personne. Mais M. Fabius, ancien président de la conférence de Paris sur les changements climatiques, actuel président du Conseil constitutionnel – est quelqu’un. Quelqu’un qui devrait pouvoir peser bien plus, infiniment plus que les amis de LCA. Alors ?

Campagnes

Alors, une campagne s’annonce, celle des présidentielles. Je ne commenterai pas les premiers remous du marais français. Là encore vous n’aurez pas manqué d’information. Mais que nous dit-on de ces questions ? Qui s’engage ? Sur quoi ? La débâcle annoncée de « la gauche » relève d’une indécision qui date de Jaurès et de Clemenceau. Mais eux avaient le temps. Ils avaient même le temps de deux guerres mondiale qui ont englouti les ressources et les forces vives de l’Europe sans compter l’élite intellectuelle espagnole, juive, allemande et russe, sans compter le rêve des anarchistes espagnols, le rêve, comme dit notre ami Jean-Michel Masson, d’une « Planète Fraternelle ». Le philosophe Bruno Latour rejoint Naomi Klein et bien d’autres pour nous dire que nous, par contre, n’avons plus le temps. Je sais : tout cela a été dit et redit. Mais, voyez-vous, à lire la presse et à regarder les informations TV, je n’ai pas le sentiment de l’inutilité de le rappeler. Si bien qu’il se pourrait qu’on en reparle ici. En attendant, restez couverts … avec le birkini ! Ouf, on a eu chaud !

3 réflexions au sujet de « Le match : Burkini 0, CO2 1.5 »

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