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COP21 : Nicolas Hulot au Sénat
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 17/07/2014 – 17:11

En route vers la Conférence sur le changement climatique. Paris 2015

Nous le savons : fin 2015 la France accueillera la 21e conférence sur le changement climatique sous l’égide de l’ONU. On attend 25000 visiteurs.

 « Les rapports du Giec font état d’une responsabilité humaine, à une probabilité de 98,5 %. Il reste des sceptiques : pourtant, qui voudrait monter dans un train qui a 98,5 % de risque de s’écraser ? Personne » Nicolas Hulot

La Commission du Développement Durable du Sénat avait invité Nicolas Hulot le 13 mai 2014.

Voir le Compte rendu complet sur ce lien

Vidéos :  l’exposé de Nicolas Hulot sur ce lien

                  Les questions des sénateurs sur ce lien

Nicolas Hulot – quels que soient les à-priori divers que nous pourrions nourrir à l’égard de sa personne – mérite d’être jugé « sur pièce ». Pour ma part, autant dire, avec le recul, que les Verts ont bien mal choisi leurs leaders au nom d’une pureté intransigeante quand on voit combien ce vin là a pris l’eau alors que de grandes personnalités comme Nicolas Hulot, Corinne Lepage, Noël Mamère et quelques autres (et à présent Daniel Cohn-Bendit) manquent cruellement sur le front « uni » de ce mouvement.

Responsables

Nicolas Hulot rappelle que nous portons une responsabilité qui ne concerne déjà plus nos petits-enfants mais impactera déjà  la vie de nos enfants. La fenêtre pour agir se réduit de jour en jour. La prise de conscience est affirmée mais quelle traduction concrète ? Les phénomènes qui découlent de notre inaction ne sont malheureusement pas linéaires – ils ne relèvent plus d’une diplomatie de petits pas.

Il importe de considérer de possibles emballements. Le coût humain – d’abord – et le coût économique vont se développer de manière exponentielle. Le rapport du GIEC nous confirme à « à 98.5% » la responsabilité anthropique des changements climatiques.

Le coût de l’inaction

Dès aujourd’hui ce coût est réel – et s’accroît. Aux USA, en 1980 le coût des catastrophes « naturelles » était de 4 milliards de dollars. En 2000 on atteignait 20 milliards, en 2012 l’ouragan Sandy a occasionné des dégâts à hauteur de 60 milliards de dollars et la sécheresse dans le New Jersey a coûté 40 milliards, soit 100 milliards sur ces deux événements. Dans nos régions, les réassureurs ne semblent pas considérer que soyons particulièrement à l’abri. Mais ce sont surtout des centaines de milliers de pertes de vies humaines qui devraient compter davantage encore que les pertes financières.

Dès son premier rapport, le GIEC avait prévu que la première manifestation du changement climatique serait l’amplification et la multiplication des extrêmes climatiques. Aujourd’hui, le GIEC nous dit aussi que le rythme des émissions de gaz à effet de serre ne cesse d’augmenter. Ses rapports rejoignent notamment ceux de la Banque Mondiale en matière de coûts économiques : franchir le seul de 2° de réchauffement affectera profondément nos économies et probablement nos démocraties.

Dans ce contexte, certains considèrent encore que les enjeux climatiques sont des enjeux optionnels alors que d’autres (Nicolas Hulot mais aussi nous les amis de LCA) considèrent que ce sont des enjeux conditionnels : les enjeux climatiques conditionnent tous les enjeux de solidarité. La dérive climatique ajoutera de l’injustice à l’injustice, de l’inégalité à l’inégalité, de la souffrance à la souffrance. Il en va de même pour la raréfaction des ressources, l’érosion de la biodiversité, l’état des océans, l’accès à l’eau potable, la productivité des terres arables …

Comme dit Nicolas Hulot, « nous marchons en spectateurs éclairés vers une catastrophe annoncée ». Résignation et fatalisme ne sont plus de mise : la fenêtre de tir se rétrécit et le coût en termes d’investissement et de PIB est de plus en plus important. Pourquoi, alors, encore tarder ? Il y a des facteurs culturels, le progrès vu comme un processus irréversible – le temps réglera spontanément ces crises passagères. Il y a la peur de remise en cause de tout un système économique. Et puis c’est la première fois que nous avons dans l’histoire de l’humanité la nécessité de raisonner et de réagir suivant trois échelles de temps : le présent avec les exigences des concitoyens et la pression des media, ensuite le passé,  l’héritage des dettes – écologique, économique, démographique, et enfin, pour la première fois, les impératifs du long terme : sacrifier l’avenir au présent ou le présent à l’avenir ?

Ce qu’en pensent les grands de ce monde

Dans le cadre de sa mission « d’envoyé spécial pour la protection de la planète » , Nicolas Hulot a rencontré les dirigeants de nombreux  pays. D’un côté certains considèrent que les pays du Nord sont responsables de la situation et doivent en assumer les conséquences. Les pays du Nord considèrent que les émergeants ont pris le pas en tant qu’émetteurs de GES et doivent prendre leur part du fardeau. Certains dans les pays du Nord pensent qu’ils doivent aller plus loin unilatéralement afin de faire émerger les technologies et les modèles économiques nouveaux. D’autres, notamment les pays de l’Est, considèrent que l’Europe n’en a que trop fait.

Néanmoins un succès à Paris est possible

Il faudra rétablir la confiance – les pays du Sud considérant, non sans raison,  que les promesses n’ont pas été tenues en leur faveur. Les pays en voie de développement revendiquent quant à eux la possibilité de se développer différemment que nous à condition de recevoir les technologies qui leur éviteraient nos écueils. Mais deux interlocuteurs majeurs ont changé : les Etats Unis et la Chine

Pour les Etats Unis, le président Obama aura un peu plus de liberté du fait de sa fin de mandat – mais le Congrès sera réticent. Cependant, y compris dans le camp républicain, les esprits sont en train de bouger. D’abord, l’économie américaine est à présents sérieusement impactée. Ensuite les agences militaires – et la CIA – sont les plus en pointes sur ce sujet. Elles considèrent que la menace climatique pèse autant sur la sécurité intérieure que la menace terroriste. Enfin, sur un certain nombre de technologies qui peuvent répondre au changement climatique, les Etats Unis vont être en pointe. Beaucoup y voient une opportunité économique plus efficiente qu’au moment de Copenhague. C’est vrai aussi en Europe – il y a une opportunité à ne pas manquer, y compris en France pour plusieurs de nos entreprises. Al Gore considère qu’une mise en œuvre  en contournant le Congrès est envisageable. Pour la Chine, on observe la prise de conscience de la pollution qui leur coûte très cher et surtout fait planer la menace de grandes protestations populaires de masse.

Les sénateurs

Les sénateurs présents (pas ceux qui se sont fait remplacer …) nous ont, par leurs interventions, rappelés à l’ordre : restons optimistes !!! Le risque majeur, semble-t-il, est celui du « catastrophisme » d’une part, et d’autre part la difficulté du peuple à comprendre la situation (…).  Chantal Jouanno est heureusement plus proche de nos propres interrogations – et bien plus précise. Comme quoi la pertinence sur ces questions est politiquement transversale.

 

Unir les bonnes volontés … ?  C’est ce dont rêve Nicolas Hulot :

« En politique, la division sur toute question entre l’opposition et la majorité ne favorise pas la pédagogie. D’autant que les médias s’en régalent ! Un moyen pédagogique efficace serait d’afficher une solide unanimité. Monter l’opinion contre l’écotaxe est chose aisée ; convaincre de son bien-fondé est hélas plus difficile. Livrer un message commun, avec des explications complémentaires, dissiperait la confusion et faciliterait la persuasion. »

Evelyne Didier (communiste) expose de façon plus radicale le poids réel des lobbies et les difficultés, les résistances à la fois des grands pays mais aussi des groupes d’intérêt. Ce que ne dément pas Nicolas Hulot :

« Le sujet heurte des lobbies : c’est peu dire. Un vrai problème de démocratie est en jeu. La transparence est indispensable. Si tous les lobbies ne sont pas néfastes, certains, hostiles aux mutations technologiques, déploient des moyens illimités pour s’y opposer. »

Malheureusement, le service vidéo du Sénat n’est pas forcément (vu de mon modeste village) à la hauteur de cette prestigieuse institution – et les vidéos se bloquent. Mais heureusement par contre le compte-rendu écrit est disponible comme nous l’avons signalé.

Hulot habile

Au final, on retrouve ici l’habileté, reconnaissons-le, mais aussi l’intelligence de Nicolas Hulot qui répond par exemple aux sénateurs :

« D’aucuns objectent que la contrainte écologique est un handicap économique. Je suis convaincu que ceux qui partiront le plus tôt feront les meilleurs investissements en faveur du modèle économique de demain. À court terme, le problème réside dans la transition écologique et son financement. Si cette question n’est pas abordée à la conférence bancaire de 2014, nous aurons un problème. Il faut définir des priorités, et nous montrer ambitieux mais souples. La transition énergétique coûtera entre 40 et 60 milliards d’euros par an. Comment faire ? Des réflexions sont en cours ; des solutions existent. Nous devrons soulever la question des financements innovants ? »

Nous n’aurions (et c’est normal) pas pu mieux dire. La finance est la clé. Mais l’obscurantisme conservateur (voyez comme on parle mal ici) l’est aussi.

Ce qui n’empêche pas de prendre conscience que les techniques, elles aussi, sont au rendez-vous comme le souligne Nicolas Hulot :

« Un mot sur les énergies renouvelables. Le Maroc a décidé la construction de centrales solaires à concentration – n’oublions pas que l’énergie solaire ne passe pas exclusivement par le photovoltaïque. Les Émirats Arabes Unis expérimentent pour leur part à Masdar un système de stockage d’énergie solaire à concentration à partir de sel. D’autres systèmes, ailleurs, sont à l’étude, reposant sur les smart grids et l’interconnexion. La France a un immense potentiel dans les énergies marines, mais elle a pris du retard et n’a pas encore abordé la phase industrielle. Les courants marins, près des côtes, ont ces avantages de fournir du courant en continu et de ne pas poser de difficultés de raccordement. Les îles, notamment les îles tropicales, peuvent également tirer profit du gradient thermique. La houle est une autre source d’énergie. La biomasse est insuffisamment exploitée, notamment la filière forêt : nos chablis partent en Chine et nous reviennent parquets… »

Conclusion de Nicolas Hulot :

« Les Africains considèrent qu’on a autant besoin d’optimistes que de pessimistes : les premiers construisent des avions, les seconds des parachutes. Mais tous peuvent être tentés d’abandonner leur sort au destin. Plutôt qu’optimiste ou pessimiste, il faut être déterminé, oser la rupture, notamment en France, pour que la transition énergétique soit le modèle économique de demain. »

Voilà une pierre de plus au commencement d’un chemin. Les hommes sont ce qu’ils sont. Si je devais considérer ce que je suis avant d’écrire, je fermerais immédiatement mon site. La question est de nous tenir par la main du Web, nous tenir ensemble déterminés, conscients et informés au mieux de nos moyens et de nos possibiltés. En ce sens, le travail fourni par Nicolas Hulot m’est apparu très utile encore une fois, avec ses rappels constants à la réalité politique et économique mais sans renoncer, jamais, à l’espoir de changer. C’est ce que je salue ici – sans doute très naïvement – vous me connaissez. A vous de vous exprimer si vous avez mieux à dire. Je n’en doute pas – et merci à ceux qui  me soutiennent, m’inspirent, et m’empêchent de sauter en parachute dans l’indifférence et le fatalisme !

 

 

 

 

 

Une Reponse »

  1. Du global au local dont ce que vient de vivre le Pays Basque dans un triangle St Palais, Mauléon, Cambo (les bains !) en ce début juillet 2014 après les effets non moins destructeurs des tempêtes hivernales sur la côte aquitaine et qui relève du « on a jamais vu ça », tellement le choc pluviométéorologique a été brutal, dévastateur, inimaginable.
    Ce sont, entre autre, les factures qui vont permettre de comprendre que l’on est rentré dans le « chaos climatique ».
    Selon la Macif Sud Ouest/Midi Pyrénées l’on vient d’atteindre que pour 100€ cotisés, c’est 120€ qu’il est nécessaire de rembourser pour les seuls évènements climatiques de ces derniers mois. Les cotisations assurance habitation vont obligatoirement prendre la même courbe ce qui n’est qu’annexe au regard de tous les problèmes engendrés par les débordements boueux.
    Mais aussi qu’ont pesé nos interventions associatives environnementales répétées dans les instances de concertation où l’on nous écoute par politesse. En particulier lorsque l’on dit que les alarmes scientifiques (climat ET pollutions) doivent être intégrées dans les décisions d’aménagement des territoires…= Merci pour ces interventions, sujet suivant.
    Même le Sous Préfet de Bayonne, celui après ses prédécesseurs, s’en mêle et nous met au rang des « pas très sérieux », « absolutistes »…et d’ailleurs dans l’emportement de son savoir et de sa superbe (je n’emplois pas à dessein son « autorité ») il s’enthousiasme à indiquer à tout le monde que les secours ont été remarquables. Comme pour le naufrage du Luno (embouchure de l’Adour, février). Par contre quand à l’analyse des causes et la prévention ? C’est l’affaire d’autres, là-bas, plus tard…
    Ainsi va notre société et c’est bien la Nature qui va afficher les comptes à tous.
    Pour ce qui nous concerne, nous serons moins surpris.
    Michel Botella. Bayonne 20 07 2014

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