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Vent d’Aix : Les Déconnomistes … Atterrés
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 09/07/2014 – 09:27

Du 3 au 6 juillet 201 se sont tenues à Aix-en-Provence les secondes rencontres des « Déconnomistes » avec leur merveilleuse maxime :

« Les plus déconnants ne sont pas ceux que l’on croit, les plus déconneurs sont parfaitement connus. »

A voir absolument : les vidéos sur ce lien

… Versus

Cet événement se déroulait en parallèle des prestigieuses rencontres du Cercle des Economistes.

Les déconnomistes, loin de bénéficier des mêmes moyens et du même écho médiatique que le Cercle (ce qu’on peut dans une certaine mesure comprendre) ont dû organiser leurs rencontres dans un climat de franche hostilité de la part de la municipalité aixoise.

Mais pas de surprise :

  • Maire : Maryse Joissains-Masini  « Je ne veux plus un seul Rom sur ma commune » et autres élégances (« les petits bras de Hollande qu’il agite… » – formules éventuellement utiles pour détourner les projecteurs de ses multiples démêlés (et ceux de son mari) pour abus de bien sociaux notamment.
  • 1er adjoint BRAMOULLE Gérard, brillant auteur d’un livre sur « la peste verte » www.institutmolinari.org/IMG/pdf/pesteverte.pdf

Restons-en là. Aix-en-Provence a, mieux que d’autres villes de PACA, résisté à la « vague brune ».

Faute de pouvoir rendre compte de l’étendue et de la richesse des débats, c’est sur un mode impressionniste (pour rester dans l’esprit des lieux ?) qu’il semble intéressant de revenir sur ces rencontres.

Les déconomistes ne sont pas tous déconnants, loin s’en faut. Parmi eux, de bonnes plumes économiques et de solides soldats du vivre autrement et mieux. On y croise aussi Daniel Mermet, récemment évincé de France Inter (« Là bas si j’y suis »), Hervé Kempf, récemment débarqué du Monde, Yves Schwartz, Jean-Pierre Berlan, Aurélien Bernier, Gérard Mordillat … et beaucoup d’autres – voir Intervenants.

Evidemment, face à l’énorme machine du Cercle des Economistes, cette équipe « déconnomiste »  pèse davantage par sa détermination que par sa reconnaissance officielle.

Un écart certain ne peut qu’en résulter en termes d’audience, mais certainement pas en termes de force de proposition.

Cette accroche, je dois le dire, ne pousse pas à un optimisme béat quant au rapport des forces en présence. Pour rester dans l’impressionnisme, je vous livre d’abord mon expérience personnelle.

Les rencontres de Déconnomistes se tenaient notamment à la fac de lettres, au 29 du Boulevard Schuman. Je prends donc le bus numéro 7 sensé desservir cette prestigieuse destination et, logiquement, je descends à l’arrêt « Schuman ». Quelques pas me séparent de l’entrée de la faculté. J’y pénètre. Là : immense tapis rouge, limousines de luxe, jeunes et fringants assistants en chemise blanche et tailleurs de prix. Bon, voilà les déconnomistes bien prospères, pensai-je. « Amphi F SVP ? » Voyez à l’intérieur. Intérieur un peu moins huppé mais correct. Là, un autochtone manifestement ivre à 10 heures du matin (ou dans un état naturel similaire) finit, après force secousses, par lâcher avec un sourire : « Ici, ce sont les économistes de droite. Pour les économistes de gauche, c’est au N°29 . »

In vino veritas : quelques enfilades d’arbres malmenés plus loin, je pénètre dans la fac de lettres. Changement de décor. Comme il se doit pour un temple de l’inutile : murs décrépits, enfilades de couloirs peu reluisants, tristesse et dénuement. J’étais à la bonne adresse…. Bon, j’en rajoute un peu avec l’image qui date de 2006 et du CPE. Mais depuis les bâtiments n’ont pas rajeuni non plus.

Autre point de vue. Les rues d’Aix grouillent d’un monde jeune et chic juste ce qu’il faut, plein de vie de rires, de chansons. Le seul mendiant rencontré était à genoux toute la journée. Bien docile, sans chien et sans bière. Autrement c’est lunettes chères et tenues d’été juste assez décontractées.

Pas de Roms, évidemment – Mme le maire nous l’avait promis. Pratiquement pas de magrhebins – ceux-là ont le bon goût de rester à 20 minutes de là, à Marseille, bien au chaud dans leur banlieue Nord.

L’ordre règne. La bonne humeur aussi. Une escouade de balayeurs nonchalants emmènent à la promenade des pelles et balais qu’ils ne prennent que rarement le risque d’user sur les pavés très propres au demeurant (au diable l’avarice quand il s’agit de les laver à grande eau de bon matin). Tout ce beau monde défile entre deux rangs serrés de boutiques présumément élégantes et surtout très branchées et très chères – beaucoup étant en outre délicatement parfumées à la lavande locale.

Les terrasses des cafés ne désemplissent pas. Bref : la crise ? Connais pas.

La ville prodigue de multiples informations culturelles qui vont des classiques dépliants luxueux du Syndicat d’Initiatives aux panneaux tactiles interactifs dans les rues. On célèbre « l’ Opéra pour un canon » (1870-1871). Pas la peine d’y chercher une trace de la Commune, évidemment. Je cite :

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« Histoires d’ Aix et de Provence vous propose  un spectacle coloré avec de magnifiques costumes  dans un décor en trois volets : un salon bourgeois,  le haut du cours Mirabeau, et le théâtre du jeu de Paume.

La guerre de 1870 surgit dans la vie quotidienne  d’Aix en Provence!  Les commentaires des évènements vont bon train   quelle que soit la classe sociale; la vie continue avec ses petites préoccupations et ses fêtes. Mais la guerre  réveille aussi le patriotisme des aixois :: ils vont participer à l’effort de guerre ! Ils vont réaliser un grand projet… ..

Nous sommes en Provence : gravité et galéjade, danse et chant, au rythme des nouvelles apportées par le Mémorial d’ Aix, journal du dimanche :  Un spectacle d’aujourd’hui, inspiré d’hier pour une belle soirée de juillet ! »

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Mais bien sûr : pas un mot sur les déconnomistes. Un moment tenté d’aller protester auprès des édiles, un organisateur m’en dissuade … Eux, cela fait des mois qu’ils se battent. Ils en arrivent à être redevables à l’intersession d’amis économistes du Cercle !

Tout ceci – sans compter la retransmission des matchs du Mondial sur grands écrans – nous éloigne quelque peu de notre sujet. Et surtout, tout ceci éloigne radicalement les jeunes et les moins jeunes des conférences des déconnomistes. Si l’on inclue les membres actifs d’ATTAC, facilement repérables à leur mise modeste mais stricte et leur parler précis, l’assistance dont ils représentaient une solide proportion avait du mal dans certains cas à dépasser la trentaine d’irréductibles acharnés.

Rien de ce qui précède ne doit vous décourager d’aller visiter le site des Déconnomistes. Vous y retrouverez les vidéos de conférences passionnantes, les questions pertinentes d’un public averti, la dénonciation, encore une fois, d’un ordre dont vous savez très bien, lecteurs fidèles, que nous le désapprouvons.

… et bien d’autres.

Mais non : ne faites pas cela !!!!

Vous allez gâcher vos vacances. Allez voir plutôt les vidéos du Cercle des économistes. Là vous pourrez faire une magnifique sieste d’été dans le roron des idées conformes – dont celle, dominante, qu’on ne peut pas faire grand chose.

Reste cette question de plusieurs des derniers intervenants : « Et maintenant, on fait quoi ? »

Question terrible qui ne devrait pas l’être, tant les réponses sont nombreuses. Mais avouons que nous ranger sous la bannière du Front de Gauche ne convainc qu’à moitié – et encore moins une allégeance au PS. Alors ? Nouvelle Donne ? Roosevelt ? Le PG ? En gros, il règne une hésitation entre rejoindre des luttes et des slogans radicaux mais risqués et  peu probables-  et d’un autre côté la poursuite d’un dialogue désespérant avec une « gauche » social démocrate qui est de moins en moins des deux… La question n’est pas nouvelle : déjà Jaurès s’opposait à Jules Guesde.

 Pour conclure, je suis bien forcé de regretter que tant d’efforts et de talents mobilisent si peu le public. Et là c’est à nous, simples citoyens « indignés » de prendre la parole dans les assemblées et aussi dans la rue, pour une efficacité idéologique qui servirait vraiment l’efficacité énergétique, si je puis dire.

A voir aussi le numéro de juillet (ces gens-là sont fous : les lira-t-on sur les plages ?) dAlternatives Economiques dont je déplore le peu de présence au Forum. Sous le titre « Une politique de gauche OUI c’est possible » les journalistes d’Alternatives Economiques se font l’écho des grands courants qui parcourent la gauche de ce qui n’est plus la gauche.
On n’y reprend les invectives de Lordon qu’avec circonspection mais on ne s’y interdit aucun projet pour sortir de cette double exigence :  libérer l’état et la politique – mais aussi les entreprises – de leur faiblesse et leur paralysie – et rééquilibrer les comptes publics. On y relit Piketty, on y reparle de réduction du temps de travail, on préconise à la fois la relance par l’offre (mieux ciblée) et par la demande (en réduisant la pauvreté). Et tout ceci semble possible…

Pour finir, en répétant mon immense sympathie et gratitude pour les organisateurs et les intervenants des rencontres d’Aix, je reviens une fois encore sur trois impératifs. Le premier est d’en finir avec le constat – Bruno Latour nous montre le chemin. Le second est d’amener « le peuple », ce grand inconnu, à rejoindre nos débats. Et le troisième et le plus important est de nous concentrer sur des propositions à débattre le plus largement possible. C’est ainsi et pas autrement que la gauche a triomphé en 1981. Ce qui s’est produit ensuite est une autre histoire.

Un dernier mot cependant. Malgré la projection de films comme « Les moissons du futur », la place de l’écologie est restée insuffisante au cours des conférences et débats alors même qu’on perçoit (y compris à droite – lire ce billet cité par Le Triptyque économique) que cet enjeu est aussi une chance.

Raison de plus pour ne pas nous satisfaire de la réponse « je ne sais pas » quand les conférenciers abordent par exemple les emplois créés par une transition énergétique (ils ont tendance à les surévaluer) ou les moyens concrets d’une transition agricole – et là tout est à faire. Comme le faisait prosaïquement remarquer quelqu’un à l’issue des débats (je crois bien qu’il s’agissant d’un conférencier) : « Nous ne sommes pas prêts d’avoir le cul sorti des ronces ». Reste le choix : Rond Up de la révolution ou pénible débroussaillage des idées, à l’ancienne. Moi, mon choix est fait – mon oncle était cantonnier d’avant le Round Up et avant même le Rotofil…

Pas une raison pour nous ranger sans condition sous la bannière lourdement chargée du Cercle qui conclue ses rencontres par une déclaration fracassante :

Jean-Hervé Lorenzi vient d’annoncer deux points forts de la déclaration finale du Cercle des économistes à l’issue des Rencontres économiques qui se terminent à Aix : substituer à l’ISF une taxation spécifique du patrimoine immobilier et tenter de passer à une dette à échéance la plus longue possible.

Fracassant … mais peut mieux faire. Il faudra à Christine Lagarde et aux autres invités du Cercle beaucoup d’autres rencontres pour que nous puissions aussi les rencontrer. Ce n’est que normal. La lutte des classes existe – ce sont eux qui le reconnaissent d’autant plus volontiers que certains sont convaincus de l’avoir gagnée. Gagnée ? Une bataille, peut-être, mais la guerre ? Certainement pas !

Rendez-vous, j’insiste,  sur le site de Déconnomistes … et celui d’Hervé Kempf, d’ailleurs. A ce propos, je relaie cette information : les versements volontaires à des organismes de presse en ligne comme Reporterre sont défiscalisés…Les journalistes alternatifs mangent aussi, ne l’oublions pas !

Et puis tenez, Daniel Mermet mérite bien une signature pour le retour de « Là-bas si j’y suis« , non ?

http://sauvonslabas.wesign.it/fr

Classement  

3 Reponses »

  1. Bravo pour ce billet et surtout pour ce travail de recherche militante qui t’a conduit jusqu’à Aix! Si des milliers de personnes suivait cette quête citoyenne… le paysage politique serait sans doute différent et la qualité des informations que les grands medias veulent bien distribuer au « grand public » évoluerait probablement.

  2. Oui bravo à cette dynamique de recherche d’un peu de lumières.
    Merci pour le reportage en direct.
    Le climat estival d’Aix n’a pas changé, sauf qu’il a perdu par asphyxie organisée des pouvoirs et du peuple collabo, son esprit soixantuitard, tel ce festival du Général Clément en 1970, dans la dynamique
    -(déjà productiviste mais on s’en préoccupait pas en dehors des revendications pour l’amélioration des conditions de travail, la dénonciation des fascismes en Espagne, Portugal, derrière le rideau rouge…contre la guerre au Viet Nam) –
    de Salut les copains qui se voulait être un Woodstock (1969) en UE.
    Des milliers de jeunes, de beaucoup de pays d’Europe et Amériques se sont rassemblés, dans la recherche de pouvoir faire l’amour dans l’herbe et sa fumée du grand champ festivalier d’Aix les Milles en cet été 1970 en même temps que de se régaler dans cette ambiance collective de recherche d’un bon moment de vie qui n’a pas duré.
    Les revendications demeuraient et ont débouché sur des luttes avec la CFDT en tête. La revendication pour le passage à la cinquième équipe pour le travail en 3×8 à feu continu sur la plateforme industrielle Fos Etang de Berre, à deux pas d’Aix…et de Cadarache a muri et débouché en 1976. Des milliers de travailleurs étaient concernés dans la métallurgie, la pétrochimie, l’aéronautique. Les multinationales et le gouvernement ont lâché, il fallait réussir les investissements de production, pour la consommation. Quand à la déjection, c’était l’affaire des décharges dont Entressen dans la Crau. Le baril venait de passer de 5 dollars à 30 et le chômage embrayait dans la même courbe. La crise s’invitait.
    Avec beaucoup d’explications des économistes et des politiques…

    Je laisse à Serge et à Jean Michel le soin de poursuivre le cheminement historique du devenir de notre société PCDéjection..
    MB Bayonne 11 07 2014

  3. […] http://dtwin.org/WordDD/2014/07/09/vent-daix-les-deconnomistes-atterres/ […]

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