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Francis Hallé : Plaidoyer pour la forêt tropicale
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 23/06/2014 – 17:48

A propos du livre de Francis Hallé « Plaidoyer pour la forêt tropicale : le sommet de la diversité » (éd. Actes Sud mai 2014)

Entretien avec Ruth Stégassy – France Culture Terre à Terre 21 juin 2014 

 

Voir aussi le film de Luc Jacquet  « Il était une forêt ».

 

Respirons un peu, quittons un instant le monde désespérant de la politique !!!

Récemment j’ai repris contact avec notre honorable correspondant le professeur Pierre-Olivier Combelles parce qu’une étrange visiteuse s’était invitée dans notre minuscule jardin en bord de route.

Il a eu la patience et la simplicité de nous répondre : la Serpentaire commune (Dracunculus vulgaris), une Aracée.

Et puis voici qu’un ami de Pierre Combelles, Francis Hallé, est l’invité de Ruth Stégassy à propos de la sortie (laborieuse) de son livre (évidemment refusé par Disney).

Oh, nous ne sommes pas pour autant libérés de l’action dévastatrice de l’homme, bien au contraire. Mais comment s’en étonner ? Bien sûr, il y a la dénonciation – par exemple la France subventionne la déforestation de pays tropicaux.

Mais Hallé fait, comme Combelles, partie de ce peuple étrange, celui des savants anciens et sages dépositaires d’une tradition de recherche basée sur l’observation. C’est un univers tellement étranger à nos passions, nos bagarres, notre agressivité et (presque) de nos désespoirs.

Cette fois pour de bon je vous laisse, on compagnie de l’un de ces grands savants de l’ancienne école, imprégnés des humanités autant que d’humanisme, grands voyageurs, observateurs patients et modestes. Leur esprit rêveur échappe complètement aux media et à la pression des machines. Ils ont croisé les derniers sages indigènes, ils ont pénétré en des lieux où personne ne va, ils ont senti, regardé, écouté. Et nous, les écoutons-nous ? Je reste persuadé que cette race est en cours d’extinction, même si d’un autre côté Pierre Rabhi et d’autres peuvent encore s’y rattacher par leur mode de vie et l’originalité de leur pansée.

La voix calme et douce de Francis Hallé n’a rien de commun avec ce débit impatient et précipité des jeunes diplômés qui nous rappellent régulièrement que nous sommes dépassés par la vitesse de leur élocution – et c’est vrai. Voir par exemple l’émission « 28 minutes » sur Arte. Moi, je coupe le son… D’autant que ce débit de mitraillette n’est pas la garantie d’un tir aussi précis que l’Uzi auquel il semble apparenté.

Ici, il faut simplement se laisser porter pour apprendre. C’est de la culture pour troisième âge, évidemment. Mais comme les media en restent trop souvent à la culture premier âge – (cf. Blédine) … je recommande cette écoute apaisante, certes, mais sans concession.

 A commencer par le blues de l’expert : savoir, parler, ne pas être entendus. Là c’est le pillage détestable des forêts tropicales, un viol répugnant et machiste. Le pouvoir politique est largement complice – y compris la France.

Ce n’est pas nouveau – Marco Polo considérait déjà la forêt comme un entrepôt à notre disposition en libre service. Christophe Colomb, curieusement, est plus sensible, sous le charme de la flore et de la faune des Antilles. Et puis Darwin : l’enthousiasme absolu !

Mais pour être heureux en forêt, il faut s’y préparer.

Alors, la rencontre est d’une intensité sans limite (autrement cela se passe très mal – si on n’a pas de guide, pas de passeur). Diversité biologique extraordinaire, danger, formes de vies infiniment variées, animaux qu’on entend sans les voir, concert nocturne assourdissant. Tous les sens sont sollicités : l’ouïe, les odeurs, les couleurs, les formes, le toucher.

Ce que nous savons du paysage, c’est uniquement la végétation : la végétation reste fixe. Sous les tropiques, les animaux soit se cachent et bougent très peu. On ne les voit guère. Mais en forêt primaire, le plus surprenant est la facilité qu’on éprouve à se déplacer – mais attention à ne pas se perdre (et là fini l’humour…).

La Pangée s’est fracturée mais la grande forêt a gardé un écho de cette unicité. Les arbres, d’un continent à l’autre sont cousins – mais sous les tropiques les plantes deviennent des arbres parce que les herbes … ont le temps de devenir des arbres. S’y retrouver n’est pas si simple, même si on est un savant. Il faut grimper aux arbres, visiter les herbiers nationaux – souvent dans les pays colonisateurs. Et parfois … on ne trouve rien : c’est une espèce inconnue. L’identification des plantes découvertes est un vrai métier. Un métier qui donne souvent des noms pour des arbres … qui entre temps auront été abattus.

Prendre du recul ?

Comment moi, si énervé, si agité – comment puis-je être à ce point touché par cette science lente et sereine, le savoir de cette maigre cohorte de vieux sages ? C’est la part d’enfance que j’ai pu préserver malgré tout – et que je retrouve dans les grands yeux sombres de ma petite-fille qui s’étonne du monde et l’interroge depuis ses 4 ans bientôt révolus.

Alors profitons de cette parenthèse dans notre inquiétude : écoutons Francis Hallé – une vraie cure de sérénité.

Profitons de ces témoignages. Ils sont très peu nombreux. Ils le seront de moins en moins. Leurs recherches coûtent cher. Elles ne servent « à rien » –  voire nuisent à l’économie, aux forestiers.

Et après les forestiers ? Combien de temps pour que se reconstruise une forêt primaire ? Pas grand chose : 400 ans pour la forêt secondaire (avec ses lianes) , 700 ans pour la forêt primaire (sous-bois dégagé, plus de lianes)… Vous voyez, on n’a pas de raison de s’inquiéter de la déforestation. La Terre a le temps. Et nous ? Nous ferions bien d’explorer cette canopée de la forêt primaire … avant de l’avoir à ce point dégradée qu’on perde toute sa diversité. Le problème c’est la facilité avec laquelle on pénètre dans la forêt primaire une fois que les forestiers ont ouvert des pistes. Tout un monde s’y engouffre : les paysans sans terre (pour exploiter la fertilité temporaire du sol pendant 4 ou 5 ans), les chercheurs d’or, d’autres coupeurs de bois. Donc la forêt secondaire ne redevient pas primaire – à cause de l’être humain.

Bien sûr, ce n’était qu’une parenthèse. L’avalanche noire continue… Mais un jour ???

Voir aussi : Dorst, Combelles et la biodiversité  

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