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Re nationalisation des OGMs
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 17/06/2014 – 17:27

Les ministres de l’environnement des 28 pays de l’UE  se sont résolus le 12 juin 2014 … à ne rien décider. Enfin, pas tout à fait : ils laissent à chaque pays membre de la Communauté Européenne le choix d’autoriser ou non les OGMs. Cette courageuse ( ?) décision a fait l’unanimité ou presque, puisque presque personne n’est content. Les défenseurs de l’environnement y voient l’affaiblissement de leur combat puisqu’il aura lieu en ordre dispersé et face à des lobbies d’autant plus puissants qu’ils seront unis contre des pays isolés. Les partisans des OGMs, quant à eux,  voient sans plaisir se profiler la multiplication des négociations puisqu’elles auront lieu pays par pays.

La fin d’un pataquès

L’article du Monde en date du 13 juin s’efforce de clarifier la situation. Je cite :

Bruxelles continuera d’être compétente pour autoriser ou non la culture de tels produits sur le sol de l’Union européenne mais les Etats membres auront le droit de la refuser sur tout ou partie de leur sol. Les pays « réfractaires  –  la France, l’Autriche et la Hongrie – pourront s’y opposer sans risquer d’être désavoués par la justice. A l’inverse, les pays qui y sont favorables, en pratique (Espagne, Portugal…) ou en théorie (Royaume-Uni), pourront les cultiver.

Le Monde y voit « la fin d’un pataquès » et s’en félicite tout en objectant que « ce choix est contraire aux principes communautaires » pour une décision qui relève clairement d’une compétence européenne.

Passons aux choses sérieuses, nous dit Le Monde : « A l’heure de la montée des populismes, l’Union européenne est dans une situation trop grave, elle est trop contestée par ceux qui déplorent son inefficacité à  lutter contre le chômage et la crise économique pour s’arc-bouter sur la question des OGM. »

La messe est dite ?

Pas si sûr. Réfléchissons deux minutes. Oui, recul de l’Europe. Mais de quelle Europe ? Celle qui s’oppose aux lobbies ? Pas évident. Celle qui, précisément, agit efficacement contre le chômage et la crise ? Encore moins.

Ce coup de pied en touche en dit peut-être plus long qu’on ne pense – au moment même où la stratégie du tir en touche est regardée à la loupe sur les millions d’écrans plats rivés sur le Brésil et le foot. Car soyons logiques. Ici même, nous ne cessons de critiquer « cette Europe-ci ». Nous verrons, j’espère, dans un prochain article que nous ne sommes pas les seuls (avec Marine le Pen !!!). Nous verrons ce qu’en pense, je l’ai déjà dit, Frédéric Lordon.

Mais oui, à défaut d’une Europe sociale et progressiste, oui, il vaut peut-être mieux nous « refermer sur nous-mêmes ». Peut-être alors nous apercevrons-nous que notre minuscule pays est sur certains points capable de mieux défendre ses minuscules paysans que les grandes assemblées européennes. Et en cela il n’est pas interdit de nous interroger : que faut-il garder de l’Europe, et quels sont les domaines pour lesquels il vaudrait mieux agir seuls ?

Folie ?

« Tu es fou ! » , me dira-t-on, la France n’a plus la capacité de peser dans le monde ». C’est possible. C’est aussi la triste situation de ces pauvres pays – la Suisse, Israël, l’Australie, la Corée du Sud, le Japon, la Nouvelle Zélande, Singapour, Taiwan, et bien sûr les Etats Unis, la Russie et la Chine – qui n’appartiennent pas à l’UE.  Bon, vous me direz que je retiens qui je veux dans cette liste qui comporte, nous l’avons vu, 179 pays. Tous ne sont pas en paix, alors que nous oui … pour le moment. Et surtout, rares sont ceux qui s’éloignent de l’hyper libéralisme – sauf qu’ils appliquent leurs propres règles pour les banques centrales, la monnaie, les normes sanitaires. Après, c’est une question de démocratie.

Il reste que ce coup de canif dans le contrat européen est peut-être un signe – le signe que l’Europe actuelle commence à reculer dans sa volonté unificatrice. On pourra le regretter car beaucoup d’amis de LCA ont cette sensibilité, cette passion pour l’Europe et la paix. Mais passion n’est pas raison. On pourra se demander si cette petite entorse n’est pas le tout début, les prémices d’une grande fissure ?

Et si ce n’était pas une politique du pire que d’envisager un certain  retour à la Nation ? Il y a des tas de choses que nous partagions déjà avant le traité de Lisbonne. Et il y aussi des tas de choses – enfin : un plus petit tas – qui se sont ajoutées depuis Lisbonne – de bonnes et de moins bonnes choses. En attendant, le résultat est que le Peuple ne croit plus en grand chose – et qu’il a perdu l’espoir qui un moment l’animait quand on parlait d’Europe.

Petits détails

Alors, petit détail de l’histoire européenne, la re nationalisation des décisions pour les OGMs ? Petit détail aussi l’avalanche de grèves et de protestations en France ? C’est que nous voici devant cette redoutable alternative : ou bien nous couler dans le moule dominant des modèles économiques mondiaux du néo libéralisme ou bien payer le prix, prendre le risque d’un grand pas de côté, du retour, précisément , à plus de Nation et à moins de cette Europe-là.

On concevra aisément que notre gouvernement « socialiste » préfère le ronron, certes âcre mais rassurant, de la première voie – première « voix »  aussi : celle des loups qui hurlent ensemble contre le mauvais peuple. On concevra aisément qu’il est plus confortable de céder quelques centaines de millions à une poignée de jeunes « pigeons » ou à un gros bataillon du CAC4O que de céder aux revendications certes décousues de corporations attachées à leur acquis – comme les Intermittents du spectacle et les cheminots. Moi je dis qu’il faudrait geler les comptes bancaires que ces privilégiés ont ouverts dans les paradis fiscaux afin de « renflouer » les caisses de l’état moribond. D’ailleurs le terme même de « renflouer » représente un danger majeur : on ne renfloue que ce qui a vocation à flotter. Or les caisses de l’état moderne ont pour vocation de couler au fond d’un monde à réformer. On me dira que certaines stars milliardaires sont à m^me de pointer au chômage des intermittents. Je répondrai que ce n’est pas ce qui les a retenus d’aller s’établir chez Poutine…

Plus sérieusement, je plains sincèrement le présent gouvernement « socialiste » d’avoir à prendre des décisions sur les OGMs. Il a effectivement d’autres grèves à fouetter. Et d’ailleurs qui se soucie des OGMs ? C’est comme le nucléaire, tenez. Et comme la transition énergétique. Vous croyez peut-être que c’est une priorité ? Oui ? Ah bon… Moi aussi.

Affaire à suivre, donc, mais sur d’autres pistes : celles ouvertes par d’autres penseurs comme Tim Jackson, Jeremy Rifkin, Thomas Picketty et Frédéric Lordon, par exemple. Ce dernier ne se prive pas de rapprocher ce qu’il perçoit comme un échec social de l’Europe, du pêché originel de ses concepteurs. Ceux-ci n’ont depuis toujours rêvé que d’une chose : se passer des gouvernements et du peuple pour ne plus avoir à construire qu’une « gouvernance » servie par des pilotes automatiques réglés sur la marche du capitalisme libéral financiarisé. Nous avons failli y croire. Certains y croient encore : l’Espagne, la Grèce et le Portugal vont tellement mieux … Et vous, vous y croyez ?
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    LE  livre  LCA  …(lien)

 

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