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Les idées du CNRR
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 05/06/2014 – 15:16

En référence à la vidée http://vimeo.com/89432496

Les indignés …  Vous vous souvenez, n’est-ce pas ?  Et comme moi sans doute vous vous posez la question : pourquoi ont-ils disparu du radar ? Et pourquoi – après le succès extraordinaire du livre « Indignez-vous » ont ils pris si peu de place en France ? Pourquoi Occupy a-t-il évacué Wall Street – et pourquoi Los Indignados ont cédé la place en Espagne non au FN – comme en France – mais à podemos ?

Que s’est-il passé ? Où en sommes-nous avec la référence au CNR ? C’est sur cette question que je vous invite à réfléchir. Pour commencer nous évoquerons rapidement François Morin mais surtout Bernard Friot, spécialiste de la protection sociale. Mais c’est pour exprimer pour le moins mes doutes, voire ma gêne devant ces idées certes généreuses mais à mon sens marquées par leur époque et difficilement transposables de nos jours. La situation est en un sens plus grave encore de nos jours qu’en 1946 – et elle requiert d’autres niveaux d’analyse que nous proposent par exemple Piketty et Frédéric Lordon. A suivre.

On ne fera pas pour autant l’injure d’éluder l’exposé de Bernard Friot – il dure 30 mn et peut vous permette de sauter sa transcription… Pour finir, nous pourrons réfléchir à ce qui nous empêche de descendre immédiatement dans la rue revendiquer ce que je considère (corrigez-vous) comme une résurgence des promesses du PCF des années 60 (ou pire : la semaine où on rase gratuit – mais in ne rase plus…).

 Le CNR

Le Conseil national de la Résistance a dirigé et coordonné les différents mouvements de la Résistance intérieure française, de la presse, des syndicats et des membres de partis politiques hostiles au gouvernement de Vichy à partir de mi-1943. Parmi les mesures appliquées à la Libération, citons la nationalisation de l’énergie (création d’Électricité de France en 1946), des assurances (AGF en 1945) et des banques (Crédit Lyonnais en 1945, Société générale en 1946), la création de la Sécurité sociale. Ces actions ont constitué jusqu’à aujourd’hui une grande partie des acquis sociaux de la seconde partie du XXe siècle. (Wikipedia.

 Que reste-t-il de ce programme ?

Et surtout, l’esprit du CNR peut-il ou doit-il continuer à animer les luttes et revendications, les espoirs actuels ?

Sans hésiter, beaucoup d’amis de LCA répondront que « oui ». Pourtant, tout un volet n’est plus guère évoqué – les grandes nationalisations. Quant à la sécurité sociale, les économistes les plus sensibles au social s’interrogent honnêtement sur son fonctionnement actuel – et d’ailleurs son mode de financement a significativement évolué. De même pour mes retraites.

Génération ?

Et puis il y a une question de génération. Est-ce à dire que la génération « de 68 » a fait son temps ? Ce ne serait pas surprenant. Cependant, la vraie question tient en deux points. D’une part c’est la poursuite par des groupes restreints – mais très structurés et très bien formés politiquement – de combats qui se réfèrent, qu’ils le veuillent ou non, au « monde d’avant ». D’autre part une jeune génération se compose de ceux – les moins nombreux – qui ont beaucoup à perdre – et ceux (les plus nombreux) qui désespèrent d’avoir rien à gagner à des projets de tous bords qui leur échappent. Les deux groupes se posent les problèmes en termes beaucoup plus brutaux.

Je pourrais, du fait de mon âge et de mon histoire, m’en tenir au premier de ces schémas – à ceci près que, comme beaucoup de mes compagnons, j’ai payé le prix fort pour ma relative fidélité à ces idées (ou simplement mes erreurs) . Il y a une la tension entre les idées de 68 et celles de la Résistance – fascination, rejet, doute, reconnaissance et méconnaissance.

Mais un point central différencie la Résistance : le CNR était fondé sur l’unification. Les jeunes de 68, eux, ne rêvaient que de table rase et de différentiation.

Ceci est bien abstrait au lendemain des élections européennes …. Et encore plus abstrait pour près de 5 millions de chômeurs et du double de citoyens en situation de précarité ou de pauvreté.

Alors j’aurais envie de vous parler d’une conférence de l’un des témoins et acteurs de cette pensée d’après guerre – François Morin, professeur émérite d’économie dont les analyses très pointues confirment l’inéluctabilité de nouvelles crises mais ne remédie guère à la pauvreté des pistes alternatives. Mais ma documentation reste incomplète. Nous y reviendrons éventuellement. De même j’aurais envie, tout à l’opposé, de réfléchir avec vous à l’apport de Piketty et de son  monumental Capitalisme du XXIe siècle – mais il y faudra pour le moins un article entier. Sans parler de la charge redoutable et brillantissime de Frédéric Lordon avec son livre récent – La Malfaçon. Mais là c’est encore une toute autre histoire. Vous voyez, ce n’est pas le score du FN qui nous empêchera de nous poser des questions – bien au contraire.

 Bernard Friot

Ce document vidéo (lien) est très significatif à mon avis. Il m’a été proposé par un ami qui en retient la conclusion : « la seule question, c’est : le voulons nous ? »

 Pas si simple ?

Le CNR a accompli un formidable travail – dans un contexte totalement différent du nôtre. Différent en terme de rapport de force, dabord. L’unification de Résistance qu’il a réussie a permis à la France d’échapper à une tutelle imposée à l’Allemagne. Elle a assis la légitimité démocratique du gouvernement à la Libération. C’était une dette que même les forces les plus conservatrices ne pouvaient ignorer.

Ensuite cette action a été menée avec un courage, une clairvoyance et une volonté remarquables par des hommes aussi exceptionnels que de Gaulle et Jean Moulin – mais aussi les époux Tillon, ne les oublions pas, et bien d’autres encore. Enfin, la période qui s’ouvrait était certes difficile, voire critique, mais l’élan d’un formidable rattrapage économique devenait possible, sans les limitations de toutes sortes qui nous entravent aujourd’hui – dont en premier lieu le climat et la démographie.

Bernard Friot est un sociologue et économiste français né en 1946, professeur émérite à l’université Paris X.

Ecoutons-le (30 mn) s’exprimer à l’occasion de la projection du film « Les jours heureux » en février 2014.

Le plein emploi

Le plein emploi c’est « plein d’employeurs, plein d’actionnaires, plein de capitalistes ». Pour y échapper, il est donc nécessaire de supprimer le marché du travail – ce qui faisait l’objet de deux propositions du CNR.

Le CNR, notons-le, a pu travailler à mettre en place ses idées parce qu’il n’y avait ni gouvernement ni constitution. Le marché du travail est un scandale du fait qu’il faut, comme demandeur d’emploi, se soumettre au chantage d’un propriétaire pour pouvoir travailler.

Le salaire à vie

Nous pouvons le dépasser d’abord par le salaire à vie qui démarrerait à 18 ans avec 1500 euros pour finir jusqu’à  6000 euros par mois. La France consacre 750 milliards (25% du PIB) aux salaires de 50 millions de Français. Mais nous avons intériorisé l’idée qu’il faut passer par le marché du travail sans disposer d’aucune prise sur le travail : délocalisations, loi des actionnaires, plans de départ volontaires, le chantage des marchés, le détricotage des nationalisations.

La cotisation sociale

La cotisation sociale, une fois et demie le budget de l’état, reste un magnifique substitut à la propriété lucrative et au marché des capitaux. C’est le plus gros héritage que nous laisse le CNR attaqué à la fois par l’impôt – la CSG -  et par la taxation.

Au cours des années 60 on a financé par les cotisations la création des CHUs – lien avec l’université, salariasation de l’élite du corps médical – une œuvre gigantesque. On n’a pas taxé le capital, on n’a pas fermé le marché des capitaux, on n’a pas emprunté – mais on a délégitimé complètement la propriété lucrative – juste en augmentant le taux de cotisation aux assurances maladie. Aujourd’hui notre analyse de la cotisation est complètement aliénée et personne ne revendique plus la hausse des cotisations alors que c’est toute la dynamique issue du CNR.

Les cotisations … ne coûtent rien

Lorsqu’on augmente un taux de cotisation dans une période où les syndicats se battent pour les salaires (et non pour l’emploi comme aujourd’hui) la hausse des cotisations passées de moins de 30% en 1945 à 66% dans les années 70 n’a pas d’impact sur le salaire : le salaire brut augmente en même temps que le taux de cotisation et ce jusque dans les années 80. Ce n’est pas non plus une ponction sur le profit – car on n’est pas à PIB constant. Compte tenu de la bagarre sur les salaires, on a augmenté les prix, donc le PIB et la masse monétaire. Mais ce n’est pas de l’inflation : la hausse du PIB correspond à la valeur économique crée par la hausse du taux de cotisation : la production de santé.

Mais depuis 35 ans il n’y a plus de hausse du taux de cotisation. Aujourd’hui, les soignants contribuent pour 200 milliards au PIB. Ce sont eux qui créent la valeur correspondant à la cotisation maladie. La sécu c’est le changement du sens du travail. On augmente le taux de cotisation vieillesse et les retraités travaillent. Les 260 milliards qu’ils touchent, c’est eux qui les produisent, sans employeur, sans actionnaires.

Les soignants travaillent. Pour l’essentiel, ils sont dans la fonction publique, au CHU, sans employeur au sens du privé qui leur dirait : « je te sauve des ténèbres du chômage, je te tire vers la lumière de la valeur économique et demain je te jette ». Ils sont payés pour leur grade, ils ont un salaire à vie.

Les allocs

Prenons un autre exemple. En 1946, on double les allocations familiales. On augmente les revenus-salaires, c’est répercuté dans les prix, ce qui crée de la monnaie et on aboutit à une hausse du PIB – qui correspond au travail des parents.

Les allocations familiales en 1946 c’est la moitié des dépenses sociales et pour les plus modestes, c’est la moitié du salaire. L’autre moitié c’est l’emploi au service du capital . Les allocations c’est la reconnaissance du fait que l’on travaille alors que l’on n’a ni employer, ni actionnaire, ni obligation de production de marchandise – on éduque des enfants et on crée une valeur économique. Raison pour laquelle il y a un tel acharnement autour du salaire pour qu’il finance les allocations familiales. Et la CSG de Rocard.

A l’époque on s’est battus contre la CSG – aujourd’hui on en est incapables, tellement est grand l’effondrement idéologique. La cotisation, c’est le trésor que nous laisse le CNR : 550 milliards d’euros. D’où l’enchantement de ce film « Les jours heureux » – et sa fin qui rend Friot tellement furieux. Une fin qui alimente d’après lui le « tous pourris » alors qu’aujourd’hui il faut au contraire redonner de l’espérance en montrant que dans le monde réel, avec l’esprit du CNR, nous avons un tremplin formidable pour nous libérer de la dictature du capital.

Financer l’investissement

Pour financer l’investissement nous pouvons procéder comme pour les CHUs. Sans prêteurs. Nous produisons 2000 milliards par an et les propriétaires  nous en reprennent 700. Après ils nous prêtent, aux conditions qu’ils veulent. Sur ces 700 milliards qu’on nous vole, seuls 400 sont affectés à l’investissement. Le reste, 300 milliards, est une charge que le capital fait peser sur le pays. C’est vrai qu’on ne peut plus aujourd’hui financer les CHUs par les cotisations – mais qui revendique la hausse des cotisations maladie ? On paie à la CADS crée par Jupé : la Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale. La CRDS a remplacé la hausse des cotisations. On emprunte sur les marchés financiers – et donc on alimente les intérêts dus au titre de ces emprunts – au lieu d’augmenter le taux de cotisation. Alors que nous tenons la clé – allons-nous la prendre ?

La clé magique

Augmenter le taux de cotisation c’est se substituer à l’appel au marché des capitaux. C’est le moyen de garantir le droit au salaire direct pour tous, de l’âge de 18 ans jusqu’à la mort, il faut que les entreprises cotisent à hauteur de 60% de leur valeur ajoutée pour alimenter les caisses qui paieront les salaires. C’est ce qu’on fait déjà avec le CNR !

Et les 40% qui restent seront affectés à hauteur de 30% sur l’investissement. Les entreprises conserveraient 15% pour de l’autofinancement et les 15 autres pour cent iront à des caisses qui récolteront 300 milliards .

Nous serons dès lors copropriétaires puisqu’il n’y a plus de profit, et nous déciderons de l’usage productif des 15% qui restent dans l’autofinancement, les 15 autres pour cent allant à des caisses d’investissement pour 300 milliards.

Supposons alors que les entreprises aient 500 milliards de projets à soumettre. Supposons qu’après examen on élimine 100 milliards de mauvais projets. Comment trouver 400 milliards  avec 300 en caisse ? Alors les caisses vont subventionner 400 milliards – sans faire appel au crédit. Donc : création monétaire de 100 milliards qui anticipent sur la valeur créée dans la période suivante. Mais pas de crédit.

Nous pouvons nous libérer du chantage des employeurs par un salaire à vie pour tous et nous pouvons nous libérer du chantage des prêteurs par une cotisation économique qui se substitue au profit pour le financement de l’investissement. Ce n’est que l’actualité du CNR.

Les retraites

Les retraités touchent un revenu car ils produisent la valeur correspondant à leur pension. Il n’y a donc aucune raison de compter la carrière dans le calcul de la pension – reconnaissance que les retraités travaillent.

Le salaire à vie, la retraite à 55 ans – mot d’ordre de la CGT en 1995 – font face à un effondrement idéologique actuel par rapport aux acquis du CNR.

Retraite à 55 ans à 100% du salaire des 6 meilleurs mois, indépendamment de la durée de carrière, compensée par la suppression des dividendes – serait une revendication qui honorerait le CRN. Avons-nous cette dignité collective de ces gens qui en mai 43, dans des conditions extrêmes de clandestinité, ont écrit un programme globalement rédigé par les communistes – qui connaît encore Tillon ?

Sommes-nous à la hauteur de ceux qui ont écrit « Les jours heureux » ?

Il nous revient d’éviter leur seconde mort, de reprendre le flambeau, de pousser plus loin ce qu’ils nous laissent et qui est considérable. Deux institutions majeures le permettraient  : le salaire à vie et la copropriété d’usage des entreprises avec une cotisation économique qui se substituerait au profit. C’est à notre disposition. La seule question c’est : le voulons-nous ?

Alors ?

Arrivés ici (merci et bravo !!!) que penser ?

L’article est déjà bien trop long.  Il n’y aurait plus qu’à admirer cet enthousiasme et cette espérance.

Mais non. Je ne suis pas convaincu. Plus : je suis irrité, désespéré, même. Comment les héritiers du CNR peuvent-ils s’en tenir à des analyses qui font passer Keynes pour un économiste de bac à sable, un gamin sans audace ? Comment prétendre disposer aujourd’hui d’un pouvoir dont TOUT LE MONDE sait qu’il nous a été confisqué » ? Comment, enfin, nous satisfaire de l’idée, au fond, qu’il suffit de faire fonctionner la planche à billets, comment ou oublier que « toutes choses égales par ailleurs » augmenter les cotisations c’est réduire le pouvoir d’achat ? Comment accepter d’occulter le problème de la dette, de l’interdépendance globalisée, comment nier la puissance de la finance, les entraves des traités européens… ?  Bref : comment nier que le monde a terriblement changé, qu’il est devenu infiniment plus complexe et plus dangereux ? Et comment raisonner si légèrement en ignorant la crise écologique, énergétique et alimentaire ?

Non, mes amis, je ne suis pas convaincu. Loin s’en faut. Et pourtant les mêmes questions subsistent – qui au fond se ramènent à trois exigences : la liberté, le droit d’essayer et la dignité.

Ce chantier exposé ici à grands coups d’indignation n’est ni vain ni clos.

Alors, comme je le disais en préambule, il va falloir nous pencher sur d’autres approches, d’autres réponses, d’autres espoirs mais aussi d’autres désespoirs. Et puis il y a la réalité, l’urgence. Un président de la République discrédité, une opposition UMP non seulement divisée mais calée sur le même logiciel que le gouvernement PS en ce qui concerne par exemple le TAFTA et le développement… sans compter le principe de réalité : la crise financière rôde et certains affirment que la seule inconnue est le moment d’un prochain effondrement – mais non la certitude d’un nouveau choc encore plus brutal. Sans compter la crise écologique, l’inadaptation flagrante des structures internationales pour des mesures un tant soit peu efficientes.

Mais patience (enfin : pas trop).  Rêvons, oui, mais éveillés. On se reverra sur ces questions – le CNR n’est pas mort, et comme on le chante Eugène Pottier :

Tout çà n’empêche pas Nicolas
Qu’la Commune n’est pas morte

Mais quelle Commune ?

 

 

 

 

 

 

Classement  

2 Reponses »

  1. Quelle Commune? Celle qui fédèrera celles et ceux qui refusent que le pouvoir de décider de l’avenir soit confisqué par les oligarchies ou les factieux à leur service.

  2. Quelle commune, mais surtout avec qui ? La passivité de nos concitoyens me laisse plus que pantoise et m’inquiète même, dans le vrai sens du terme. Ah, non, j’oubliais, il y a le foot et là ça va bouger !!!! Ouf

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