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Tous les veilleurs ne sont pas les mêmes.
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 25/03/2014 – 15:15

Tous les veilleurs ne sont pas les mêmes.

  • Il y a ceux qui à Paris font de nuit le siège de l’Assemblée Nationale ou du Grand Orient de France.
  • Et il y a notre ami du Triptyque Economique qui nous recommande un texte synthétique et dérangeant du site Biosphère.

Est-ce à dire qu’il s’agit d’approches totalement interchangeables ? Ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas ? J’ai plus que des doutes …

Bien sûr, les Veilleurs sont dans la mouvance de la Manif pour tous. Bien sûr ils se sont organisés en tout premier lieu contre la loi Tobira sur le mariage et l’adoption pour tous.
Mais dans le même temps ils appellent à :

                    • la révolution calme des consciences, par l’art et la culture
                    • l’élévation de l’esprit sur la force qui est l’arme des faibles
                    • regagner la liberté confisquée par une société «auto-normée». »

Ils organisent des lectures de grands auteurs, de poètes, de philosophes, des échanges, des méditations. Ils improvisent des soirées de «résistance non violente ». Ils lisent ensemble Pierre-Joseph Proudhon, Charles Péguy, Bernanos ou Aragon. »

Et surtout ils rassemblent des jeunes chez qui l’idéalisme est encore là.

Nouvelle frontière

Encore une fois, c’est de frontière qu’il s’agit, de ligne de fracture. Non pour le plaisir de construire des murs mais pour la défense d’une réelle diversité de pensée.

Mais cette fois, c’est moins simple qu’avec le FN. Cette nouvelle frontière pourrait bien être poreuse. En notre faveur ? Nous ne détenons pas la vérité sur la démocratie : nous la cherchons. C’est sans doute ce qui constitue la différence. Elle est ténue et fragile précisément parce que nous restons tentés par le confort d’un héritage immuable, intangible, alors que la démocratie n’est qu’une construction permanente.

Bien sûr, lorsque le monde change aussi radicalement, lorsqu’il va devoir changer de façon encore bien plus profonde et radicale, il est normal que certains s’attachent sinon à ce que rien ne change, du moins à embarquer le plus de briques du monde ancien dans l’arche du changement. Je dirai même qu’il est souhaitable que le débat s’installe sur le choix des valeurs à conserver et de celles qu’il faudra dépasser ou qui sont délétères pour le devenir de l’humanité.

Mais encore une fois : prenons chez ceux que nous nous désapprouvons quelques leçons.

Ceux-là sont ce qu’ils sont, certes, mais ils appellent mieux que nous à une action concrète, mobilisatrice, non violente, profonde. Ils savent mieux que nous faire un usage intensif des réseaux sociaux. Ils manifestent dans les rues, « assis en silence, dans la paix, le calme et la détermination», comme le stipulent les SMS qui fixent les rendez-vous à l’improviste.

Ce mouvement qui se dit a-politique et a-confessionnel  a aussi donné naissance au manifeste pour une « Ecologie humaine » lancé le 21 mars et relayé par le site http://www.ecologiehumaine.eu/

Là on peut trouver des textes … en faveur, par exemple, de l’Economie Sociale et Solidaire.
Voilà pour l’avocat du diable.

Diable

Le diable, pour « eux », c’est sans doute nous. Diable si nous considérons que deux personnes qui s’aiment peuvent se marier sans porter atteinte à l’avenir de l’humanité. Diable si nous considérons qu’un enfant peut très bien grandir entouré de l’affection de deux personnes du même sexe. Diable si nous considérons que l’on peut, en s’entourant de toutes les garanties de sagesse et d’éthique, accéder à la volonté de ceux qui en fin de vie souhaitent abréger une existence devenue trop douloureuse et dénuée de sens.

Mais ils sont à leur tour nos diables. Plus que la façade relativement bienveillante des sites, ce sont les commentaires sur ces blogs qui révèlent la violence et la haine.

Je rêve d’un monde où nous pourrions nous rencontrer sans nous ostraciser. Mais je suis naïf. Les jeunes, aussi bien Hitler que Pétain ou Staline en avaient fait des pionniers tout aussi idéalistes. Pour dialoguer à partir de points de convergence, comme, précisément, l’écologie et l’ESS  il nous faudra pour le moins une très longue cuillère faite de références et de culture avant de pouvoir dîner avec ce diable-là qui s’appelle aussi beaucoup moins aimablement « hommen » à d’autres moments.

Bernanos au moment de la guerre d’Espagne n’était pas si éloigné de Malraux, et pourtant … Mais c’était Bernanos … et Malraux.

Tous ensemble ?

Alors, tous unis ? Oui, mais au risque de finir noyés dans la masse des agités si nous nous endormons sur nos certitudes. Non si nous allons plus loin que ces sympathiques veillées de jeunes gens.

D’un autre côté nous avons les Indignés. Je pense que l’effacement relatif  des Indignés tient pour une part à l’insuffisance du travail « holistique » de leur mouvement : on ne construit pas une lame de fond sans un océan de culture et d’histoire, sans l’étendard d’une beauté défendue et revendiquée, sans un souffle où Victor Hugo et Jaurès nous manquent. C’est ce qu’ont compris les veilleurs en faisant feu (de camp) de tout bois.

Démocratie encore

Alors se pose à nouveau la question de la démocratie. Le texte proposé par JM Masson est remarquable et nous invite à visiter – site contre site – le site de Biosphère comme une bouffée d’air insolent de liberté et de réflexion : http://biosphere.ouvaton.org/.

Encore un site ? Tous pourris ? Soyons sérieux ! Donnons-nous la peine de suivre l’extraordinaire parcours de ce modeste texte.

« La démocratie, même dans les pays dits démocratiques, démontre chaque jour ses insuffisances en matière de gestion de l’urgence environnementale. Il est donc nécessaire que la démocratie devienne écologique en élargissant le point de vue des citoyens et des décideurs dans l’espace et dans le temps. Si chacun d’entre nous n’intègre pas dans sa pensée et son action les acteurs encore absents de nos délibérations (les générations futures, les non-humains…), le résultat ne sera jamais à la hauteur des conséquences néfastes qu’entraînent l’explosion démographie humaine et notre surpuissance technologique. »

L’idée générale est simple. Nous appelons démocratie la prise en compte et le débat des intérêts à court terme des hommes – sans nous soucier des intérêts du vivant dans son ensemble ni même des intérêts de l’homme dans le moyen terme.

Penseurs ? Non : refondateurs!

Parmi les idées proposées, celles de Hans Jonas et du Principe de responsabilité (1979) gardent toute leur vigueur provocatrice et salutaire :

« Pour appliquer cette nouvelle éthique, un système libertaire serait préférable pour des raisons morales, mais les systèmes moralement bons sont des systèmes précaires ; l’Etat peut seulement être aussi bon que le sont les citoyens. De plus l’homme politique peut supposer idéalement dans sa décision l’accord de ceux pour qui il décide en tant que leur chargé d’affaires, mais des générations futures on ne peut obtenir de facto un consentement. Par conséquent « La tyrannie communiste paraît mieux capable de réaliser nos buts inconfortables que le complexe capitaliste-démocratique-libéral ».

C’est un nouvel équilibre entre les devoirs de l’individu envers le genre humain et la biosphère d’un côté, et les droits humains de l’autre, qu’il faut s’efforcer de construire avec :

  • la parole donnée aux ONGE (organisations non gouvernementales environnementales) qui formeraient une Académie du futur
  • la mise en place d’un nouveau Sénat
  • des conférences de consensus
  • une démocratie directe par tirage au sort. (les participants reçoivent une formation sur la question à traiter)
  • la fondation d’une Académie du futur à trois tiers (scientifiques, ONG, public) avec désignation aléatoire
  • une assemblée populaire chargée de la traduction locale des avancées scientifiques
  • la distinction entre science éclairante et science agissante.
  • (Voir Références *)

Radicalisme et progressivité

Refonder la démocratie suppose des objectifs de rupture radicaux. Pour autant, des avancées progressives restent possibles, crédibles, efficientes. Peut-être au fond la création d’une Académie du futur avec tirage au sort est-il le premier pas, un combat immédiat à mener.

Cette création irait dans le sens de ces groupes incubateurs du futur que recommandent Ellul et Tofler – sans doute à l’échelle des continents (l’Europe), avec par exemple l’élaboration rapide de stratégies de l’énergie et un rapprochement des protections sociales par le haut (et une fiscalité plus juste).

Comment, dès lors, nous rapprocher de l’opinion publique ?

Démontrer, expliquer, mais aussi en tendant la main, en étant fraternels et solidaires, proches, attentifs et éclairants … en devenant à notre tour des veilleurs d’un autre genre.

Nos veilleurs qui iront faire le siège de l’Assemblée Nationale quand – inévitablement – la question des gaz de schiste va se poser à nouveau, quand – inévitablement  – la construction de nouveaux EPRs sera posée, quand – inévitablement – la transition énergétique cessera d’être un serpent de mer pour devenir une urgence… Et à nous de veiller sur nos frères humains sans papiers, malmenés, expulsés.

Sommes-nous prêts ? Oui pour beaucoup d’amis de la LCA – encore faudrait-il franchir aussi une autre frontière : la barrière inter générationnelle entre ceux qui ont connu le monde d’avant la mondialisation et les jeunes d’aujourd’hui qui n’ont connu que l’hyper libéralisme individualiste.

Il faudra aussi tisser d’autres liens quasiment impossibles : entre les agriculteurs et les citadins ( le succès de l’écologie dans les grandes villes est bien le signe d’une alliance possible) et celui entre les penseurs et les rêveurs…

Savez-vous pourquoi nous aurons tant de mal à le faire ? Parce que nous sommes encore trop respectueux et trop proches de ceux qui nous représentent – et qui échouent…

Veilleurs de tous les pays, unissez-vous ?

Les hommes ont mis bien du temps pour admettre que la race blanche, temporairement dominante grâce à divers hasards, n’était porteuse d’aucune supériorité. Il faudra bien du temps pour que l’homme admette qu’il  n’est pas le centre de tout mais qu’il est au centre du grand Tout des anciens. C’est là que passe la ligne de partage décisive, celle qui relativise aussi la vie des hommes parmi le grand courant de la Vie, qui fait que l’homme peut, à l’instar de multiples exemples d’animaux sur cette Terre, décider de sa propre vie, de sa propre mort, de sa fécondité, en vue de lier avec la Terre un rapport d’unité, de beauté, de culture et d’harmonie.

Cette recherche d’harmonie se joue des conventions héritées d’une histoire bien courte au regard de l’évolution.

Oui, il est infiniment plus important de préparer une cohabitation harmonieuse et respectueuse des limites de la Planète que de nous demander si deux êtres qui s’aiment ont ou non le droit de passer devant Mr le maire. Revenons à l’essentiel … et revenons vers ceux qui voudront bien nous suivre (et précéder l’orage). Mais est-ce encore possible ? A toutes fins utiles il faudra tenir aussi dans l’autre main la balance de la justice – et la condamnation des crimes économiques et écologiques comme aussi celle des injures et appels à la haine.

C’est vrai que nous nous éloignons des résultats électoraux (préoccupants) des municipales. Nous y reviendrons peut-être. Mais où est la poule et où est l’œuf du serpent ?

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(*) Références :

L’anthologie de Dominique Bourg et Augustin FragnièreLa pensée écologique (Puf 2014) fournit une structure d’approche de cette question. Mais également :

(et j’en passe…).

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    LE  livre  LCA  …(lien)

 

Une Reponse »

  1. Merci pour ce travail de réflexion important, reste à espérer que de telles idées se diffusent et que le débat démocratique s’en empare … pour l’amender, le compléter, le critiquer (positivement :)), … et pourquoi pas, arriver à un résultat qui pourra être mis en œuvre …
    Olivier

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