Banner
La transition ne passe pas !
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 26/02/2014 – 10:33

Il n’est pas faux d’affirmer que les Français sont moroses et désorientés. Savoir pourquoi est une question sur laquelle il conviendra un jour de nous pencher. Ceci s’applique aussi à LCA – ne croyez pas que nous – moi, mes amis, nos proches – soyons à l’abri du doute et du découragement. « Notre voix n’est pas suffisamment entendue ».

 Pas entendus ? Pas sûr !

De nos jours, les climato-sceptiques existent toujours, comme il existe aussi des gens qui croient aux OVNIs ou la magie noire. Mais soyons sérieux : en dépit des centaines de millions de dollars investis dans la « communication » par les industriels du fossile, qui doute encore vraiment de l’origine anthropique du dérèglement climatique ?

L’opinion est « de notre côté » y compris aux USA (à 70%). On est bien loin de la situation des années 2000, voire de 2010.

Quant à la confiance dans le capitalisme libéral, les grands coups de trompette des Reagan et Thatcher ne font plus rêver.

Il en va de même pour l’économie : ne voit-on pas la BCE évoluer (partiellement) vers le rachat de dettes souveraines, voire douteuses ? Il en va de même pour le report des exigences de stabilisation des budgets des états, et dans d’autres domaines pour l’interdiction de certains insecticides. Bien entendu, tout cela reste partiel, incomplet – voire fâcheusement bancal. Mais tout de même : le mammouth bouge bien dans le sens de nos aiguillons. Pas assez vite, pas assez, mais il bouge.

Donc, première conclusion: expliquer, parler, écrire … ne sert pas à rien.

Montagne

Bien sûr il reste la montagne du vieux monde à déplacer. Notre message se heurte toujours au même rejet, aux polémiques harassantes quand ce n’est pas la dérision (Christs verts, doux rêveurs, totalitaristes et j’en passe).

Dans le même temps, Marine Le Pen caracole en tête des sondages, tout au moins en ce qui concerne ses analyses, comme titre Le Monde du 13 février :

« Marine Le Pen, femme de paroles plus que d’action« .

Pourquoi 34% des Français approuvent-ils ses idées ? Est-il possible d’en tirer certaines leçons au lieu de nous recroqueviller ou de hurler « Au loup » ?

D’abord Marine Le Pen traite de questions qui préoccupent les Français : (étude de Mediascopie)

  • La crise
  • Le civisme
  • La lutte contre l’insécurité
  • Le made in France
  • Et bien sûr : l’immigration.

Sur ces points, elle apporte SES solutions. Et elle convainc. (cliquer pour agrandir)

Déficit de propositions

De notre côté, comme le reconnaissent eux-mêmes les Économistes Atterrés, nous ne sommes pas en déficit de dénonciation – nous nous interrogeons constamment sur les conséquences de la mondialisation du travail et la perte de savoir-faire en France, la perte de contrôle sur la monnaie. Mais nous sommes en manque de propositions. Ceci rejoint ce que dit à sa façon Bruno Latour.

Ensuite, ce n’est pas  pour rien que nous nous efforçons de faire la lumière sur la réalité de l’immigration face à des fantasmes soigneusement instrumentés en machine de guerre contre les étrangers. L’immigration est un point de clivage essentiel – l’autre point étant, comme le souligne notre ami du Triptyque économique, la totale ignorance de la question du climat au FN.

Dire que nos centres d’intérêts s’éloignent de la préoccupation de chacun n’est donc pas suffisant. Et j’ajoute : bien pire, les solutions que nous évoquons peuvent en première analyse paraître voisines de celles du FN. Et à mon sens c’est bien là une clé essentielle du succès de Marine Le Pen, alors que nos prises de position ne renforcent guère notre audience.

C’est en quoi il est essentiel de revenir sur la ligne de fracture de la « pensée Le Pen ».

Premier point de rupture : la finalité

La finalité, l’idéal ou tout au moins la ligne générale de nos réflexions est l’ouverture au monde. Nous ne rejetons pas la mondialisation en soi. Au contraire, nous sommes attentifs à des devenirs peu médiatisés comme par exemple le développement économique et surtout démographique de l’Afrique. Nous nous inquiétons du devenir de nos paysans mais aussi de celui des paysans pauvres de la Planète, pour dénoncer l’origine commune de ces maux dans un excès de financiarisation.

Il serait pourtant simple de nous appuyer sur les évidences planétaires, les équilibres « soutenables », puis sur les valeurs millénaires de la sagesse des antiques (Romains, Grecs mais aussi Extrême-Orient). Mais là : blocage. Je le répète : l’éducation ne joue pas son rôle en enseignant uniquement le mode d’emploi d’un monde à consommer et non la beauté d’un monde à préserver. Nous avons oublié le combat des fondateurs de l’école publique pour imposer l’enseignement de la philosophie en terminal !

Alain Badiou et Aurélien Bernier

Alain Badiou apparaît sur une vidéo de Mediapart (consultable éventuellement ici tant que l’accès est libre…) en compagnie d’Aurélien Bernier auteur de « La Gauche Radicale et ses Tabous – Pourquoi Le Front De Gauche Échoue Face Au Front National » au Seuil. Il est aussi l’auteur, ne l’oublions pas de : « Comment la mondialisation a tué l’écologie », éditions Mille et une nuits, 2012 déjà cité ici.

Vous trouverez une transcription de cet entretien ici ainsi que l’audio sur ce lien.

Alain Badiou et Aurélien Bernier sont bien d’accord sur un «idéal » que vous jugerez sans doute « révolutionnaire ». C’est leur choix. Le vôtre, peut-être ? Une tentation face aux reculs de la démocratie et de la justice que nous enregistrons chaque jour, certainement. Pour beaucoup, cela s’appelle l’espoir.

Si (et c’est le cas de nombreux amis de LCA, ne nous le cachons pas) l’idée d’une sortie radicale du système actuel vous semble la seule issue face à la toute-puissance de la finance, il faut suivre ce débat.  Et si ce n’est pas si simple à vos yeux … suivez-le aussi parce que, en particulier, Alain Badiou souligne les pièges et les difficultés et propose aussi une issue.

Ce débat est vieux comme l’espoir. D’un côté il y a ceux qui, il n’y a pas si longtemps (mais longtemps tout de même) défendaient la ligne d’une avant-garde révolutionnaire et de l’autre ceux qui sont convaincus de la puissance des idées et de la nécessité d’éclairer d’abord les masses.

Remarquez, dans les deux cas … c’est bien une élite éclairée qui s’exprime. Mais peut-on le leur reprocher alors que le niveau du débat public est si tragiquement lamentable ? La fragmentation et l’inconsistance de l’information face au déferlement du changement (le dernier en date est l’Ukraine) sont le meilleur terreau pour les idées simplistes les plus appropriées à l’exploitation des désarrois. Ce n’est pas nouveau, mais raison de plus pour nous explorer d’autres voies.

Il est temps de reprendre pied sur de plus hautes pensée. Celle de Badiou (sans sous-estimer les questions posées par Bernier) me rappelle d’autres temps moins désespérants. La lumière vient de loin quand elle a traversé les années 70 avant une éclipse dont nous payons durement le prix parce que nous avons cru pouvoir comptabiliser le bonheur en dollars et en euros. C’est cette comptabilité qu’il nous faut mettre à jour. Ce débat me semble pouvoir nous y aider.

 

Classement  

2 Reponses »

  1. Il me semble qu’une différence fondamentale entre les droitiers de tout genre et surtout les extrême-droitiers d’un côté, et les progressistes, de l’autre, est la démocratie économique. Les structures d’entreprises dirigées par les actionnaires et les structures patriarcales concentrent le pouvoir dans les mains de quelques uns, alors que la véritable démocratie implique l’extension des choix à tous les acteurs. Les systèmes coopératifs authentiques sont les plus à même de satisfaire cette évolution démocratique. Pourquoi la démocratie se limiterait-elle à d’épisodiques élections souvent… formelles?

  2. [...] http://dtwin.org/WordDD/2014/02/26/la-transition-ne-passe-pas/ [...]

Laisser un commentaire