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Hollande sent le gaz et le TAFTA
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 20/02/2014 – 17:43

Nous l’avons dit et répété ici : la bataille du gaz de schiste ne fait que démarrer. Je dirai même qu’elle n’a pas commencé.

Mais d’abord la visite de François Hollande à Washington et Los Angeles a été marquée par la volonté de hâter l’accord transatlantique.

 TAFTA

Je ne vous en avais pas parlé ? Un grave oubli !

Sur ce point nous pouvons nous appuyer sur cet excellent article de la fondation Copernic. Ce n’est qu’après que nous nous pencherons sur un murmure grandissant : le lointain écho des sirènes des gaz de schiste.

Le grand marché transatlantique se prépare par des négociations discrètes, voire secrètes, et en tout cas fort peu démocratiques.

L’objectif est de démanteler tout ce qui fait encore obstacle à la liberté économique (celle du renard dans le poulailler) et réduire à rien les politiques publiques dans les domaines de la santé, de l’emploi, des revenus, de l’environnement, etc. C’est aussi la suppression des droits de douane restants, notamment en ce qui concerne les produits de l’agriculture, secteur où ils demeurent les plus élevés.

Un des effets sera de fragiliser nos agricultures mais aussi de renforcer les capacités exportatrices de l’Europe et des USA, au détriment surtout des pays du Sud avec à la clé :

  • dumping environnemental, social, écologique et fiscal
  • dépendance des pays du Sud
  • spécialisation régionale
  • appauvrissement des sols et la pollution des réseaux hydrauliques naturels
  • cultures de rente et d’exportation au détriment des cultures vivrières

La « libéralisation » des services, ainsi que le renforcement de « la propriété intellectuelle » débouchent sur la brevetabilité du vivant, ainsi que le contrôle d’Internet pour en faire un instrument de propagande, d’étude de marché et de surveillance.

Protéger c’est gêner

Dans l’esprit de ce projet, tout ce qui protège la santé, l’alimentation, les droits sociaux, l’environnement, l’éducation et la culture, les services publics – constitue un obstacle à la liberté de circulation des capitaux et à la liberté d’installation d’entreprises. Ces freins doivent être réprimés juridiquement, soumis à des pénalités financières.

Des tribunaux spéciaux, « d’arbitrage », de forme privée, deviendraient un législateur permanent.  Tout règlement pouvant nuire à la possibilité de profit est à bannir. Les firmes et investisseurs pourront déposer directement des plaintes contre un Etat pour exiger des dommages et intérêts de plusieurs millions de dollars quand une politique publique s’opposera à leurs profits.

De nouvelles normes internationales comptables permettraient d’argumenter, en se référant à des calculs sur la perte supposée, potentielle ou avérée des firmes. Ces  pertes concernent des profits « légitimement » attendus, voire seulement annoncés par une habile propagande, relayée par les analystes financiers et autres banquiers. Les réglementations nationales seraient dès lors des entraves.

Les Parlements nationaux et le Parlement européen sont tenus à l’écart des ces discussions. Aucune information consistante ne filtre. Le mandat donné à la Commission de négocier au nom de tous les Etats membres est un blanc-seing.

Une bataille pour s’opposer à ce projet s’est engagée en France, en Europe, en Amérique du Nord et du Sud.

En France : campagne « Non au Grand Marché Transatlantique - #StopTAFTA ! (pour Trans-Atlantic Free Trade Agreement) et  L’Alter-Sommet.

La précipitation soudaine de François Hollande a d’autant plus de quoi surprendre que les Américains (et notamment le Congrès) ne semblent pas du tout aussi pressés que lui. Tant mieux : l’opinion aura le temps de se réveiller – et de défendre nos véritables intérêts.

Gaz de schistes

Hollande n’a rien dit – ou presque. Seulement, comme l’écrit le Huffington Post : « Face au boom du gaz de schiste aux États-Unis, source d’énergie abondante et peu coûteuse, François Hollande en a profité pour se renseigner lors de sa visite officielle. » D’ailleurs il aurait déclaré : « Nous réfléchissons à chercher des technologies autres que la fracturation hydraulique pour l’exploitation des gaz de schiste en France ».

François, l’homme qui murmure à l’oreille des derricks s’est extasié, lors de sa conférence de presse commune avec Barack Obama, sur la croissance économique américaine, forte, et portée par “un coût de l’énergie bas”. Ben voyons… Pour mémoire, le 14 juillet 2013 c’était : « Tant que je serai président, il n’y aura pas d’exploration du gaz de schiste en France ». Mais bien sûr : « selon les techniques d’aujourd’hui »…

Selon Libération, il aurait demandé à Barack Obama de lui faire un point sur l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis. Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius s’est déclaré de son côté  favorable à des recherches pour exploiter les gaz de schiste sans dégât sur l’environnement, par un système autre que la fracturation hydraulique. Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, a pour sa part dit le 5 février devant l’Association des journalistes parlementaires : « il ne faut pas s’interdire de réfléchir à de nouvelles techniques s’il n’y a pas de pollution en sous-sol ou en surface ».

On évoque ici et là le  fluoropropane pour faire remonter le pétrole à la surface, sans eau si produits chimiques. Evidemment, il existerait un risque « d’incident »  (lire : explosion) entraînant la libération du fluoropropane dans l’atmosphère…. Nobody is perfect.

Comme une fleur

Personne ne semble se préoccuper du fait que, même si l’immense génie industriel français parvenait à extraire gaz et pétrole non conventionnels comme on cueille une fleur, ces cadeaux du ciel – ou plutôt des profondeurs de la Terre – présentent le léger inconvénient de dégager un CO2 dont les plus aveugles d’entre nous devraient au moins sentir le souffle avec la multiplication des tempêtes sur les rives océanes.

Cependant,  si voulez en savoir plus sur les méthodes alternatives d’extraction et que vous n’ayez pas rendez-vous avec Obama, vous pouvez vous rendre sur adresse : http://www.enerzine.com/12/16905+gaz-schistes-alternatives-fracturation-hydraulique+.html?posts_usersPage=1

Etude qui conclue :

« Les alternatives à la fracturation hydraulique tentent de diminuer significativement la consommation d’eau et/ou d’augmenter la production de gaz. Certaines très séduisantes en sont encore à un stade expérimental et demandent à être plus largement testées. A court terme, pour les opérations en cours et à venir, l’enjeu est avant tout de minimiser l’impact environnemental de la fracturation hydraulique tant pour les volumes traités que pour la qualité des eaux traitées » conclut Jean-Philippe Tridant Bel.

Inutile de rappeler (les lecteurs assidus de LCA le savent bien) que la France n’est pas les USA. Le pays est beaucoup plus petit, plus densément peuplé et tire une bonne part de son activité du tourisme. De plus, la loi du sol et du sous-sol est radicalement différente. L’article 552 du Code civil stipule que « La propriété du sol emporte la propriété du dessus et du dessous. »

Quant aux défenseurs les plus ardents de l’exploitation de ce « trésor caché » je les invite à aller en discuter avec les paysans du Larzac : c’est depuis longtemps un exercice salutaire – le grand air, n’est-ce pas… Remarquez, il y aussi les Ardéchois néo ruraux et autres « immigrés des villes ». Bon courage.

La finance

Les financiers, en tout cas les financiers américains, devraient être contents, alors que nous, obscurs rats d’écrans, nous devrions être contrits. Nous écrivions en effet en juillet 2011 : Gaz de schistes, la suite ou la fin ? où se posait la question de leur rentabilité. Ridicule ? L’article s’appuyait pourtant sur une enquête du New York Times, bien oubliée depuis . Bien oubliée mais reprise sous une autre forme par Le Monde Diplomatique (voir lien). On y apprend que le rendement d’un puits de gaz de schiste décroche de 60 à 90 % au terme de sa première année d’exploitation

La grande question se pose à nouveau : et s’il s’agissait d’une nouvelle bulle financière ?

L’épuisement des puits est beaucoup plus rapide que prévu, il faut sans cesse forer de nouveaux puits. Dans le même temps la poursuite du court terme fait que  le prix du gaz baisse à cause de l’arrivée massive d’énergie en un temps très court . La seule solution des industriels consiste donc en une fuite en avant, une forme de cavalerie énergétique et technologique. De nouveaux emprunts de plus en plus complexes pallient  des besoins de capitalisation effrénés. Est-ce du délire ? Si aucune bulle n’avait existé précédemment, nous serions autorisés à le penser.

EPR

Très humblement, il me semble que notre président ferait bien de profiter de ses heures d’avion pour lire l’envers des cartes.

Remarquez, il très occupé. Il réfléchit beaucoup. Notamment à la construction de nouveaux EPRs.

Voyez ce bel article du Monde relayé par gen42 . C’est pourtant simple : si nous avons la bonne idée de maintenir constante notre production d’électricité nucléaire, comme la consommation va augmenter, la part de celui-ci va diminuer. CQFD. A ceci près que la consommation stagne en France depuis 2011 (autour de 476 térawatts/heure (TWh). Mais bon … c’est la crise. Ça ne va pas durer. Quoique… J’en ai rêvé dès le premier jour. Hollande va le faire. Ce n’était pas un très bon rêve cette fois encore. Alors là c’est la cerise sur gâteau – d’ailleurs c’est bien ce qu’évoque cette magnifique photo, non ?

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    LE  livre  LCA  …(lien)

 

3 Reponses »

  1. D’après gen42, c’est depuis 2003 que la conso stagne, bien avant la « crise » !!!

  2. Déclinés localement ces projets ne sont-ils pas simplement une preuve d’irresponsabilité?
    http://jmmasson.wordpress.com/2014/02/20/pacte-dirresponsabilite/

  3. [...] http://dtwin.org/WordDD/2014/02/20/hollande-sent-le-gaz-et-le-tafta/ Like this:J'aime chargement… [...]

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