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Martine, reviens !
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 29/01/2014 – 14:02

Ringard ? Evidemment. Mais dites-moi : de quoi, de qui parler ? Où entendre une simple parole d’espoir ? Pas sur ma radio fétiche, France Culture, en tout cas. Là, le discours est même apocalyptique exalté. Voyez l’invitation de Nicolas Baverez sur cette chaîne le 27 janvier 2014.

Vous en voulez ? En voilà :

« Nous sommes en 2040. La France est au bord de la faillite. Le siège de l’Unesco a quitté Paris pour Berlin. Même Airbus a abandonné son siège de Toulouse au profit de Hambourg. Après avoir été sauvée par l’Europe et l’Allemagne en 2025, le pays s’enfonce dans la faillite. 65 % des jeunes sont au chômage, le franc a perdu 80 % de sa valeur et les institutions politiques de la VIème République ne peuvent plus rien. C’est un béninois, Alassane Bono, premier africain à diriger le FMI, qui dirige la mission censée sauver la France. Ce pourrait être le scénario d’une superproduction hollywodienne ou d’un film d’anticipation primé aux Césars. Pour l’instant, c’est la semi-fiction imaginée par Nicolas Baverez dans son dernier ouvrage, Lettres béninoises(Albin Michel, 2014). »

La totale ici en lien.

Nous, si nous disions cela, on nous traiterait de marchands de peur, pour le moins. Là, non, bien sûr. Tout le monde semble prêt à s’embarquer pour ce naufrage – on se délecte presque de cette sinistre fresque. Il faut dire aussi : où trouver le lumière ? Notre autre béquille, Alternatives Economiques, semble bien atone à son tour. On parle de pragmatisme, on se dit qu’il faut bien finir par rejoindre la troupe des moutons européens et mondiaux qui bêlent avec les loups. C’est dur d’être seul, surtout quand on est petit. Hé oui. Alors, on devient « pragmatique ».

D’accord mais.

Mais alors « on » va se tourner vers le diable, le FN en l’occurrence. Ce qui commence à m’énerver, c’est effectivement de retrouver chez le FN à peu près tout ce que nous-mêmes, avec d’autres bien sur comme les Économistes Atterrés et Attac ou encore les Comités Roosevelt, voire Nouvelle Donne – préconisions. Evidemment, cette récupération reste une manœuvre, de la poudre aux yeux et une feinte. D’accord là encore MAIS. Les arguments (très pertinents) avancés par exemple pour contrer la proposition de sortie coordonnée de l’euro semblent s’appliquer beaucoup plus sévèrement dans cet aval FN que dans l’amont de cette théorie (par exemple chez Jorion)  où cette hypothèse était avancée et soutenue avec semble-t-il beaucoup plus de compréhension. Attention : ne croyez pas que je rejoigne en aucune manière un courant FN dont je préfère ne pas dire tout le mal que je pense par une horreur de l’extrême qui s’applique d’abord à mon propre discours – ou alors par le début d’une  véritable peur au fur et à mesure que ce parti semble progresser inexorablement vers le pouvoir et plus seulement dans l’opinion ?

Rigueur envers nous-mêmes

Ce que je cherche à dire c’est que nous ne pouvons pas réserver au FN des contre arguments que nous nous sommes gardés d’exprimer lorsque les mêmes mesures (en très gros, certes) étaient formulées par des penseurs de gauche.

Pour reprendre la sortie de l’euro, ou bien c’est une idée maudite ou bien c’est une hypothèse envisageable et donc à équiper d’un harnais de sécurité et de garde fous.

Heureusement, reste la question des immigrés, sur laquelle les positions ne peuvent se rapprocher. Les contre-vérités flagrantes comme leur soi-disant poids mort économique et social ont de longue main été contrées et le rejet des étrangers n’a pas beaucoup de partisans auprès de mes amis. Mais c’est aussi nous en remettre à des sortes d’externalités à défaut de trouver un discours « interne » plus large et convaincant. Validons toutefois le fait que la fermeture et l’ostracisme ne sont pas dans notre camp. C’est déjà çà.

Y voir plus clair

La situation économique est désastreuse, celle des entreprises extrêmement difficile. Bon. Les taxes sont par exemple « de plus en plus lourdes sur les entreprises ». Les cotisations sociales oui (encore qu’elles soient passé de 38% en 1994 à 33% actuellement). Mais quid des bénéfices ? Et encore, comment ne pas voir que les ré–investissements – très faiblement taxés – se traduisent in fine par l’enrichissement des actionnaires comme le rappelle Piquetty

Au fait, revenons à Piquetty, ce natif de Clichy, fils de Trotskistes devenus néo ruraux? Ce normalien, docteur en économie, nominé « meilleur jeune économiste de France – ce qui le différentie de Raymond Barre – ,  fondateur de l’Ecole d’Economie de Paris sous Villepin,  est un éminent spécialiste international pour les inégalités.

Il est trop tôt pour moi pour vous en parler. Mais le clavier me démange trop à la lecture laborieuse mais passionnante de son « Capital au XXIe siècle ». Donc, revenons aux fondamentaux.

Deux choses.

D’un côté la démonstration que la part B du capital dans le revenu national tend vers un rapport exact entre le taux d’épargne s et le taux de croissance g.    B=s/g

Ensuite – ou plutôt d’abord : a = r x B : la part a de revenu du capital dans le revenu national est égale au produit du rendement moyen du capital r (de l’ordre de 5%) par le rapport capital/revenu national qui est de l’ordre de 600%.

Croissance ?

Il n’est donc pas étonnant de voir l’Europe en tête sur la capitalisation, puisqu’une croissance faible démultiplie l’épargne. Mais surtout, pour la croissance, les courbes décennales sur le très long terme nous confirment dans notre conviction : la tendance « optimiste » à moyen terme pour l’Europe est entre 0.5 et 1% – et jamais plus 3% !!!

Ce point est fondamental.

Je le répète : avec une croissance moyenne de la productivité individuelle de l’ordre de l’ordre de 1% par an dans nos pays développés, et une démographie à peu près stable ou en croissance lente en France  – pouvez-vous m’expliquer comment nous allons « créer des emplois» ?

Compensations ?

Evidemment, nous pouvons « exporter plus ». C’est le rêve de notre Président. Si l’on se réfère à la situation de l’automobile … ce n’est pas gagné ! Et le taux de change défavorable de l’euro est plus efficient que l’allègement des charges (voir notre article précédent) Cette fois ci, Alternatives Economiques (par exemple) ne nourrit que peu d’espoirs – et nous l’avons déjà dit ici.

Par contre, ce merveilleux « pacte de responsabilité »  aurait pu trouver aisément UNE compensation claire, mesurable et immédiatement créatrice d’emplois : la réduction du temps de travail. Il faut répéter que les 35 heures n’ont pas été la catastrophe qu’on nous serine : elles ont abouti à un allègement pérenne des charges sociales pour les entreprises et à la création de deux millions d’emplois. Comme quoi les idées d’une stupide simplicité sont parfois plus efficaces que les élaborations alambiquées d’accords dissymétriques. Je peux me tromper, cela dit. Et ce ne sera pas simple : difficile à appliquer aux PME et aux artisans par exemple. Ne répétons pas les bavures et les angles morts – qui seront au passage les mêmes avec le Pacte, soit dit en passant.

Erreurs

J’y reviens. Nous nous sommes trompés en espérant un effacement partiel de la dette, un desserrement du carcan de l’euro, une réduction des inégalités. Rien de cela ne s’est produit. Par contre un début de solidarité bancaire, un meilleur encadrement des banques, un début de frémissement de coopération ont bien eu lieu. On ne peut pas toujours avoir raison. Ni tort, d’ailleurs. Simplement, nous ne devons jamais tomber dans l’arrogance qui nous tente face à l’absurdité de choix purement libéraux. La démocratie est à défendre et à respecter y compris dans ce débat.

D’autre part il faut bien voir aussi que la montée en force du capital, sa tendance à une accumulation et une concentration illimitées, n’est jamais qu’un rattrapage des concessions et des reculs de ce camp face à l’hostilité de l’opinion à la suite des deux guerres mondiales en Europe (mais aussi suite à la crise de 1929) et pour faire face au risque de voir le communisme s’installer dans nos pays. Cet équilibre ne se joue pas sans balancier. Celui de l’URSS a disparu. Il ne se joue pas sans rapport de force. Mais moi, devenu si modéré, j’ai du mal à imaginer un soulèvement populaire à un moment où ces protestations prennent la forme de jacqueries réactionnaires plus que de révolutions.

La force vitale

Mais ce n’est pas tout. La dynamique de la vie même ne se privera pas si aisément d’une forme de développement. Imaginons que nous surmontions la question de l’énergie, une énergie non polluante et abondante. Ne serait-ce pas l’annonce d’un monde totalement différent, auquel nous pourrions accéder par paliers que rien ne nous empêche de qualifier de « développement »,  de « progrès », de « croissance » vers un monde meilleur ? De même la transition vers d’autres modes similaires et corrélatifs de production et de consommation de l’alimentation constitue un idéal de développement pour lequel ne nous seront épargnés ni les travaux et les efforts de toute sorte. C’est cela, pour moi, la croissance que je souhaiterais pour mes enfants et mes petits-enfants. Le problème, c’est qu’il nous manque un radar pour cet horizon-là : un indicateur, un outil de mesure de la distance et de l’avancement de ce progrès – l’obsolescence du PIB résidant notamment dans le fait qu’il mesure des consommations et des besoins totalement différents d’une époque à l’autre.

La force principale

Au final, la diffusion des connaissances économiques apparaît comme la première marche de cet édifice.

La seule issue, comme l’écrit Piquetty, est la diffusion de la connaissance, « force principale d’égalisation des conditions sur le long terme » afin de mettre fin au décrochage des plus hautes rémunérations et plus encore à la concentration extrême des patrimoines qui menacent les valeurs de méritocratie et de justice sociale des sociétés démocratiques

Encore faut-il construire en nous-mêmes cette connaissance alors que les analyses économiques supposées nous éclairer se fondent plus souvent sur des spéculations théoriques que sur des faits établis. C’est pour dépasser cette obscurité que nous avons le devoir de nous informer différemment et de reprendre le pénible chemin d’acquérir des vérités fondamentales qui régissent la vie économique et sociale des hommes. Ces vérités sont heureusement plus simples et évidentes  que les théories fumeuses et vacillantes qui se succèdent sur nos média avant d’être démenties six mois plus tard par un nouvel avatar de la crise ou un nouveau constat d’échec de politiques qui ne reposent que sur le recul de la dignité (je ne dis pas seulement le pouvoir d’achat) des plus modestes et des plus nombreux.

Ne nous y trompons pas : cette tâche est ardue. Raison de plus pour nous y atteler, non ?

Alors oui, pour son courage et sa droiture, je préfèrerais cent fois dire « Martine reviens » plutôt que d’omettre un « t » ! Et à nous de remplir les blancs de la pensée de gauche avec les vérités qu’il nous reste à acquérir avant de les transmettre à notre tour. Aucune réponse n’est écrite, comme aucun futur, fût-il hyper libéral, n’est inéluctable. Pardon pour encore une fois un billet « politique. C’est que l’écologie, la transition énergétique et le développement durable étouffent sous le poids du « débat » économique qu’il faut bien affronter si l’on veut s’en libérer. Nous savons bien que tout est lié.

 

2 Reponses »

  1. Merci Serge pour ces réflexions. Tu as raison, le choix des éléments constitutifs du PIB doit être approfondi.
    On met aisément en cause l’impôt de nos jours, y compris dans des manifestations extrémistes de droite. Complicité entre l’ultra-libéralisme et l’ultranationalisme? Auquel cas la « Tea-Partysation » de nos contrées est vraiment en cours.
    Par ailleurs, qui remet en cause les choix stratégiques entrepreneuriaux dans le domaine des choix de production?

  2. Une perception de ce monde bien développée, Serge.
    Avec toutes ces réalités du paradis économique sur tous les continents.
    Entre autre l’époque triomphale des multinationales du pétrole qui supportent, avec leur collègue les banques, magnifiquement bien ce PIB planétaire malgré toutes les contrariétés.

    Dow Jones le 30/01/2014 à 14:14 LONDRES Le géant pétrolier britannique Royal Dutch Shell (RDSA.LN) a annoncé jeudi qu’il suspendait le forage d’un projet au large de l’Alaska et a par ailleurs dévoilé une chute de 71% de son bénéfice au quatrième trimestre, en raison essentiellement de coûts en hausse et de volumes de gaz et de pétrole en repli. La major britannique a décidé de suspendre son projet en Alaska après qu’un tribunal fédéral a jugé la semaine dernière que le gouvernement américain avait attribué les licences d’exploration pour ce projet en se basant sur des « informations inappropriées ». Shell a souligné jeudi que cette décision créait « des obstacles considérables » à ses projets. Le groupe a augmenté son dividende trimestriel de 5%, à 45 cents par action. Le bénéfice hors coûts de variation des stocks est ressorti à 2,2 milliards de dollars au quatrième trimestre, contre 7,4 milliards de dollars à la période correspondante de 2012. Sur l’ensemble de l’exercice 2013, le bénéfice a chuté à 16,7 milliards de dollars, à comparer à 27,2 milliards de dollars l’année précédente. Le chiffre d’affaires du quatrième trimestre s’est établi à 109,24 milliards de dollars, contre 118,05 milliards de dollars. Sur l’ensemble de l’exercice, il s’élève à 451,24 milliards de dollars.

    Dow Jones le 30/01/2014 à 18:50 NEW YORK Le géant pétrolier américain Exxon Mobil (XOM) a annoncé jeudi un recul de 16% de son résultat net au quatrième trimestre, pénalisé par une baisse de sa production et une contraction de ses marges de raffinage, tandis que ses dépenses d’investissement ont continué à augmenter. Il n’a dégagé qu’un bénéfice net trimestriel de 8,35 milliards de dollars, soit 1,91 dollar par action, bouclant l’année sur un bénéfice net total de 32,6 milliards de dollars, soit son plus faible résultat depuis 2010.
    Le groupe a augmenté ses dépenses d’investissement, les faisant bondir de 50% sur les cinq dernières années. Exxon a dépensé au total 42,5 milliards de dollars pour ses investissements en 2013, soit le plus gros montant depuis au moins une décennie. Ces investissements ont eu des conséquences sur l’endettement du groupe, qui a doublé à 22,7 milliards de dollars en 2013.

    Et en accompagnement

    Dow Jones le 15/01/2014 à 14:01 NEW YORK Le résultat net de Bank of America (BAC) a bondi au quatrième trimestre, dépassant les attentes des analystes. Le géant bancaire américain a bénéficié d’une base de comparaison favorable par rapport à la période correspondante de l’exercice 2012 et d’une amélioration de la qualité du crédit. La banque a dégagé un bénéfice net de 3,44 milliards de dollars au quatrième trimestre, contre 732 millions de dollars à la même période de 2012. Le résultat avait alors été pénalisé par des charges liées au règlement de 11,6 milliards de dollars pour solder un contentieux avec l’agence américaine de refinancement hypothécaire Fannie Mae (FNMA). Le produit net bancaire est ressorti en hausse de 15%, à 21,49 milliards de dollars. Les analystes sondés par Thomson Reuters tablaient sur un BPA de 26 cents par action et sur un produit net bancaire de 21,24 milliards de dollars.
    Dow Jones le 16/01/2014 à 14:35 NEW YORK Citigroup (C) a publié jeudi un bénéfice net qui a plus que doublé au quatrième trimestre par rapport à l’an dernier, où la banque américaine avait été pénalisée par d’importantes charges exceptionnelles. Les résultats du groupe sont cependant inférieurs aux estimations des analystes interrogés par Thomson Reuters, alors qu’il a continué d’observer une faiblesse de son activité dans le crédit hypothécaire et les produits de taux. Citigroup a fait part d’un bénéfice net de 2,69 milliards de dollars, soit 85 cents par action, sur la période, contre un résultat net de 1,2 milliard de dollars, soit 38 cents par action, un an plus tôt.

    Tout l’avenir est devant nous.
    MB

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