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Parler vrai
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 07/01/2014 – 09:45

Michel Rocard nous manque. C’est dire !

En son temps, Rocard était réputé incompréhensible, mais au moins j’avais l’impression que non, pas tout à fait. A présent, ses héritiers ont fondé Nouvelle Donne – et là pour le coup, en effet, le parler vrai devient « parresiatique ». Le pronostic électoral de Nouvelle Donne a de bonnes chances de rejoindre les rivages lointains du feu PSU… Mais ce n’est pas grave.

Ce que nous dit Cynthia Fleury lors de son intervention sur France Culture dans le cadre de l’enquête de la Grande Table « Comment refaire histoire ? » n’en mérite pas moins qu’on s’y arrête. Et ce à double titre. D’abord afin d’essayer d’y voir clair dans le projet de Nouvelle Donne – nous en avons déjà parlé. Mais aussi et surtout pour cet autre aspect de la politique qu’elle décrit comme « socratique », philosophique, où on essaie de mettre en cohérence un dire et un faire – et l’ajuster au bien.

C’est là que les choses se compliquent.

Alors, d’abord, ici un lien vers l’émission. Il est valable 3 ans – d’ici là … Trente minutes.

Ensuite, quand même, une petite transcription maison sur ce lien.

Ah, j’oubliais : Cynthia Fleury est philosophe. Ceci explique ce que j’aurai du mal à expliquer…

Au départ, il vaut mieux être prêts à accueillir dignement quelques gros mots comme :

  • Parresiatique
  • Coïncidence exceptionnelle des échelles.
  • Vertu achillienne
  • L’éthique est une épistémologie
  • opting-in,  opting-out

A part çà, çà va. On s’y fait.

J’oubliais : utile aussi cette petite mise à niveau sur Foucault :

http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article124

Mais quand j’écris « utile », comprenez une litote. Je veux dire « indispensable », essentielle ». Ce « parler vrai » là est celui qui fait boire la ciguë à Socrate. La vérité et l’éthique au risque de sa propre vie. A consommer avec modération…

J’ai l’air de me moquer, mais pas du tout. J’essaie seulement de démêler trois dimensions dans l’exposé de Cynthia Fleury : un exposé purement politique, un exposé purement philosophique et une application de la philosophie à la politique qui rejoint le sujet de l’émission «faire histoire ».

Bien des amis de LCA seront mieux à même que moi pour analyser tout ceci, que je considère avec perplexité.

La connaissance contre les sentiers battus

Le principal intérêt ne m’apparaît pas spécialement dans le projet politique. C’est dommage, mais peut-être faut-il suivre cette jeune philosophe quand elle nous invite à quitter les chemins actuels de la politique pour de nouveaux espaces de débat, à l’abri des media et des caméras, pour « parler vrai » (comme disait déjà le vieux maître Rocard).

Et au fond c’est assez logique : la République qui se fait un devoir et un honneur d’élever la culture de ses citoyens, doit à présent apprendre à les écouter. Plus personne ne se contente de la parodie des élections, qui ne sont au mieux qu’une démocratie à éclipses. Ensuite, à la fois l’amélioration de notre éducation et la mise à disposition (notamment grâce à l’open data et par les meilleurs sites d’Internet) d’une masse inégalée d’informations – font que chacun peut mais surtout DOIT se faire une idée précise du monde et de sa situation.

Comme le reconnaît Cynthia Fleury, cela demande du temps – un temps qui reste pour une part à arracher aux entreprises comme a pu être conquis un temps familial. Etre citoyen aujourd’hui est plus difficile, plus exigeant – mais indispensable.

Après, les solutions proposées sont ce qu’elles sont – elles ont le mérite d’exister. D’autres (nombreuses) sont possibles. Il reste que l’ère numérique change totalement ces possibilités, les amplifie.

Le résultat de ce discours est peut-être plus intéressant dans ses marges, ses apartés, ses glissements. Par exemple, il est utile de dénoncer la « contextualisation » maniée par les tenants du monde ancien pour discréditer un discours différent (comme le nôtre, en, toute modestie). Il est utile encore de dépasser, d’ignorer  le débat sur la décroissance, qui est un faux débat. Parce que la croissance est encore présentée de façon idéologique par les tenants d’un monde de consommation et de prédation.

Courage

Cependant, ce qui a le plus retenu mon attention est le volet sur le courage. Le courage, c’est un grand mot. Le 2 février, cette année, Toulouse célébrera dans la forêt proche de Bouconne le 40e anniversaire de l’assassinat de François Verdier qui a laissé son nom aux plus belles allées de Toulouse, et pour cause. Ce héros, chef résistant, torturé pendant 40 jours en vain par la Gestapo avant cet assassinat, oui, il fut courageux. Regardez son visage : davantage celui d’un play boy que d’un martyr. Je veux dire : son visage « avant » – parce qu’après… Il avait choisi la voie que rien ne lui imposait. Ce n’est plus  « parler vrai » qui importait : c’était se taire.

N’y aurait-il plus de héros de notre temps ?

Julian Assange ne manque pas courage, et pas davantage Edward Snowden. Et les simples citoyens syriens qui descendaient il y a 3 ans dans les rues de Tunis, de Damas ou du Caire ne manquaient pas de cran non plus. Alors, quand Cynthia Fleury nous parle de courage, on attend. On attend autre chose que le courage de se déclarer réformistes, au fond. Même s’il faut une forme de courage pour continuer à croire en la possibilité de transformer le système. Mais s’agissant d’un nouveau parti politique il ne suffira pas de se déclarer favorable à la semaine de 4 jours pour l’imposer même aux partenaires sociaux – voir ce qui se passe chez Airbus. Il ne suffira pas de se déclarer favorable aux nouvelles énergies pour renverser les résistances des détenteurs des gisements de gaz, de pétrole ou de charbon. Bref, il ne suffira pas.

C’est le risque avec les gros mots. « Courage » en est un. Il ne sonne malheureusement pas à l’identique dans la jolie bouche de Cynthia Fleury ou dans la barbe blanche de Victor Hugo ou sous la plume de Jaurès.

Dommage. Parce que, justement, il nous faudrait une vraie dose de courage pour remonter la pente. Il ne suffira pas de réclamer la taxation des industriels au moment précis où le gouvernement socialiste s’apprête à leur accorder de nouvelles aides… Et dans ce cas, le « courage », M. Larrouturou, ne consisterait-il pas à quitter le PS alors même que vous initiez votre propre parti sur des bases de plus en plus différentes ? Ceci dit sans perfidie. Vous avez dit « opting out » ?

Car attention : en ces temps de tourmente, qui ne sème la tempête risque de récolter le vent (voir ce cinglant article du Monde – qui ne fait pas exception).

Doutons, doutons, doutons … mais agissons.

 

Classement  

Une Reponse »

  1. Tout est dans la dernière ligne: une synthèse parfaite.

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