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Refaire Histoire : les abeilles et le Président
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 02/01/2014 – 10:25

Mais d’abord … Meilleurs vœux pour 2014 !

(Pardon pour ce petit emprunt au Monde)

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Oui… mais quels vœux ? Ceux de notre Président ? Si vous les avez manqués, allez, on vous offre ce lien si vous insistez…

 Personnellement je préfère de beaucoup ceux d ‘Ariane Mnouchkine délivrés par Mediapart

Sur ce lien 

(http://www.dailymotion.com/video/x192nea_les-voeux-de-l-an-2014-d-ariane-mnouchkine_news?start=0)

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« D’abord une fuite périlleuse, et ensuite un immense chantier. »

Je ne décrypterai pas. C’est calme, serein, puissant. Ici le mot «émotion » prend un coup de jeune avec cette déjà ancienne figure emblématique du nouveau théâtre.

Elle dit aux  jeunes qu’ils ne débarquent pas sur une planète hostile et désespérée mais dans un monde immense à construire. Et dans ce monde, le premier chantier est celui de la démocratie. Ces vœux mériteraient d’être gavés non sur nos disques durs mais à l’ancienne, dans le marbre. Ils nous feraient de l’usage pour les décennies à venir… Parce que, comme  le dit Edwy Plenel, nous avons besoin de rêve, d’imaginaire, de hauteur pour retrouver le chemin du fol espoir.

 

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… et refaire Histoire !

Voila pour les vœux. Pour l’instant.

C’est avec l’interview (France Culture) du jeune philosophe Christophe Bouton (Université de Bordeaux 3  philosophie) que je vous propose de poursuivre notre réflexion. Il vient de publier Faire l’Histoire aux éditions du Cerf. Autant dire que formulée ainsi, l’introduction de ce billet trahit une prétention outrageuse.

Le problème est tellement gigantesque, encore une fois, qu’une approche, fût-elle aussi brillante, n’y suffira pas. Mais rassurons-nous : il ne s’agit que de la première partie de 5 entretiens dont quatre restent à venir. Rendez-vous d’abord sur http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4767328

« Comment refaire Histoire? Le collectif à l’épreuve de l’individualisme »

C’est avec une grande modération, un grand calme, que ce constat tout universitaire déroule tranquillement nos incapacités, nos enfermements, nos échecs. Je ne décrypterai pas. A vous de vous de voir. C’est fluide, intelligent, posé – et redoutablement lucide.

 

Sur les épaules de Darwin

Et puis Noël m’a apporté deux formidables cadeaux complémentaires. Le premier est un gros rhume dont le Père Noël aurait pu faire l’économie. Le second cadeau va parfaitement avec le premier : 800 pages de Jean-Claude Ameisen : « Sur les épaules de Darwin » . Comme çà, ceux qui disent qu’on ne parle ici que d’inconnus seront un peu rassurés.

Evidemment, je ne vais pas me lancer dans une exégèse de ces deux petits pavés (« Les battements du temps » et « Je t’offrirai des spectacles admirables »).  Alors j’ai retenu une série de chapitres sur les abeilles.

Vous savez comme nous sommes ici : on saute sur l’abeille à bras raccourcis pour la sauver, dénoncer les grands groupes, les pesticides et tout çà. Là, cette fois, rien ou presque rien. Fluide. Mais dans le même temps, ce détachement, cet éloignement de la panique qui nous prend à la gorge parfois, cette approche à la fois poétique et scientifique, aboutit à une très belle œuvre de vulgarisation (au bon sens du terme).

Les sinus encombrés, les bronches envahies, c’est bon pour l’apaisement. J’ai lu très vite de vastes plages généreuses mais générales, il faut bien le dire – chacun aura son filtre. De nombreux sujets que je trouve passionnants retracent cependant de façon claire, précise et accessible les multiples découvertes les plus récentes sur ce que nous croyons savoir de la nature. On nous montre finalement que depuis les grands poètes, depuis l’antiquité, nous restons fidèles à une observation riche, infiniment attentive et profonde du ciel, des oiseaux, des fourmis, des abeilles. Et nos chercheurs modernes, munis d’une instrumentation toute-puissante, de moyens considérables, confirment souvent les intuitions des anciens – jusqu’aux pré socratiques.

 Les abeilles

Il est évidemment question de Maeterlinck – mais aussi d’Aristote. Et il faut reconnaître à JC Ameisen le mérite d’un exposé limpide des découvertes les plus récentes de la neuroscience avec des précurseurs comme Karl Von Frisch et des mathématiciens comme  Turing et toute cette école allemande qui poursuit inlassablement ses observations des abeilles pour, notamment, décoder leur perception de l’espace, des couleurs (savez-vous quelles ne voient pas le rouge ?), des odeurs, mais aussi du temps – leur système de navigation, leur horloge interne et surtout leur système de communication. Une communication dont Maeterlinck avait pressenti le fonctionnement démocratique mais dont les travaux les plus récents accentuent les aspects les plus étonnants.

C’est au moment de changer de monde – de créer une nouvelle ruche – que ce fonctionnement est fascinant. Cela pourrait nous concerner …

L’essaim se sépare de l’ancienne ruche – laisse en place un certain nombre d’ouvrières et de princesses – et s’accroche à une branche d’arbre. De là, les abeilles en charge de l’exploration – non pas les plus jeunes mais les plus expérimentées, souvent anciennes – s’en vont explorer 70 km2 autour de l’essaim. Ensuite, chacune revient et dessine sur l’extérieur de la masse de l’essaim la description du nouveau site, son orientation, sa distance, voire sa nature – ceci grâce un langage dont nous venons de décoder plus précisément les signes – des allées et venues sur des lignes qui représentent l’orientation par rapport au soleil et suivant un rythme, une durée, qui représentent la distance. Bien sûr, au début, personne n’est d’accord et les chemins décrits sont nombreux. D’autres abeilles – exploratrices ou  butineuses – vont reconnaître le site. Si elles le trouvent dangereux, alors, lorsqu’une autre abeille le décrit, elles font le signe du « stop ». Mais elles le font aussi si elles préfèrent un autre site. Des vagues d’explorations minutieuses (une exploratrice passe facilement 30 minute sur chaque site) se traduisent par une conférence à la surface de l’essaim. Peu à peu, le nombre de sites décrits se réduit et puis un jour il n’en reste qu’un – et l’essaim se déplace à l’unanimité de ses dizaines de milliers d’individus suite à la décision concertée des éclaireuses.

On a fait l’expérience de proposer deux sites parfaitement équivalents. L’essaim ne s’est pas scindé, il a fait le choix d’un des deux sites et il est resté uni.

Une tête petite mais bien faite

Evidemment, ces bestioles ont un gros avantage sur nous : leur cerveau est  100 000 fois moins complexe que le nôtre… Mais il semblerait que leur démocratie soit quelquefois plus efficace que la nôtre. Nous sommes sans doute tellement convaincus, chacun d’entre nous, de posséder une intelligence formidable, que nous plier à la majorité est un supplice et rechercher l’unanimité une folie. Oui, nous en sommes au point où en effet notre démocratie délégative est vilipendée et discréditée, et le rôle des anciens et des experts complètement perverti et lui aussi privé de tout respect, de toute écoute sérieuse – non sans raison parfois.

Diversité

Jusqu’ici nous pensions que toutes les abeilles – butineuses, exploratrices, gardiennes, nourrices  - étaient issues de la même reine et d’un seul père – celui qui avait fécondé la reine au cours du vol nuptial. Et, bien entendu, il en résultait une société parfaitement homogène et pacifiée. Jusqu’à ce que, récemment, les chercheurs s’aperçoivent qu’en fait la reine était largement polyandre lors de son unique mais intense escapade. Elle s’unit non pas à un mais  à une ou deux dizaines de mâles – lesquels décèdent aussitôt, d’ailleurs. Elle conserve ensuite ce sperme tout au long de sa vie et les œufs qu’elle pond sont répartis pour le père entre ces différents « donneurs » – sans compter des dérives et mélanges divers.

Les chercheurs ont donc tenté l’expérience d’une ruche homogène : l’insémination artificielle à partir d’un seul donneur. Résultat : la ruche, trop homogène, est incapable de réguler sa température en été, sa production est moindre, sa vulnérabilité est telle qu’aucune de ces ruches n’est capable de survivre à l’hiver. Juste pour dire, au cas où cela pourrait nous parler.

 Et nous ?

Nous, si fiers de notre tolérance et de nos convictions universalistes et antiracistes, sommes-nous au clair avec cette diversité ? En ce moment de désarroi un grand nombre d’idées surgissent, défendues par l’un ou l’autre de nos petits groupes de discussion : la réduction du temps de travail, l’économie de la transition, la maîtrise de la démographie, le revenu universel inconditionnel, le découplage des revenus et du travail, le service civique, la sortie du capitalisme, l’économie solidaire, la décroissance, l’énergie…. Sommes-nous prêts à les entendre, à débattre, à tracer et retracer les épures de ces projets, à les replonger dans la perspective à la fois des grands penseurs de notre temps et des temps anciens – et dans celle des dernières découvertes scientifiques ? Peut-être. Je l’espère. De là à dégager une unanimité … ce n’est pas gagné ! Mais une chose est sûre : notre Parlement, lui, en est incapable.

Notre Parlement et notre Sénat sont incapables d’exercer ce grand rôle d’exploration, de discussion, d’exposition et de décision qui puisse s’apparenter à la démocratie des abeilles. C’est probablement une question de constitution, d’institutions – mais c’est encore plus certainement un enfermement où la peur, le confort, la faiblesse de représentation des couches actives et des chercheurs jouent un rôle crucial.

Pour ma part en tout cas je continue ma terrible dérive vers ce Montaigne qui nous recommandait une révolution à petits pas. C’est énervant, je sais. Mais des petits pas e avant valent mieux que le piétinement des atermoiements ou des exaspérations, non ? Mais au lieu de renverser le capitalisme, je crois possible de l’utiliser – je dis bien utiliser – de même que le régime parlementaire de représentation indirecte peut « marcher » à condition qu’on lui confie un vrai rôle. Et peu importe si la dernière fois qu’il a marché ce fut pour actionner la guillotine. La première fois que le bon ingénieur Diesel a fait tourner son moteur, il a seulement obtenu l’explosion de sa machine. Mais le principe était bon : çà marchait. Alors remettons sur le métier une vraie démocratie qui hériterait des expériences des 5 républiques précédentes mais serait au moins capable de produire des vœux devenus à présent invariables d’un règne à l’autre : effort, patience, résignation – et allègement des impôts et des charges pour les entreprise (ou pour les actionnaires ?). Là ce n’était  pas la peine de changer de président, désolé.

Alors, pour finir : « Vive (M)Ariane !!!

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    LE  livre  LCA  …(lien)

 

Une Reponse »

  1. La reproduction chez les abeilles et le melting-pot qui en résulte ne confirme-t-il pas la nécessité d’un minimum de diversité économique? Vive la polychromie!

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