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The Wall
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 26/12/2013 – 19:25

C’est malheureusement le souvenir lancinant de ce merveilleux album des Pink Floyds qui me revient en cette fin d’année. Sacré décalage …1979 ! Bien que : Roger Waters le rejoue en 2013 !

Mais comment ne pas penser à un mur ? Un mur à abattre, un mur qui nous isole les uns des autres et qui, en, dépit de l ‘immédiateté d’une communication universelle – nous enferme dans nos craintes, nos doutes.

Bien sûr, l’histoire de Pink n’est pas la nôtre. Nous n’avons pas eu un père abattu durant le blitz sur Londres. Mais nous sommes, pour les moins jeunes d’entre nous, des enfants de ce monde ancien et rigide, surprotecteur et répressif. Alors nous avons cru abattre des murs. Alors aussi – outre le fait que certains de ces murs étaient des « murs porteurs » (et le ciel nous est parfois tombé sur la tête) nous avons oublié de construire d’autres murs plus utiles. Alors enfin, ce sont d’autres que nous qui les ont construits…  à leur avantage.

Nous avons fini par manquer de musiciens, de peintres, de romancier, de poètes qui nous tirent vers d’autres horizons. Ce n’est pas faute pourtant de déconstruire : nous avons abattu bien des barrières – idéologiques, culturelles, morales, économiques. Mais rien n’est venu. Comme dit The Wall : Is there anybody out there ? Y a-t-il quelqu’un de l’autre côté du mur ?

On ne nous écoute pas ?

Tout çà parce que « on ne nous écoute pas ». Ou mieux : « on ne nous aime pas ». Soyons sérieux deux minutes, en cette fin d’une année bien peu glorieuse. Qu’avons-nous dit ? Nous croyons avoir parlé quand nous avons décalqué, en l’inversant, le discours dominant. Il ne suffit pas d’imprimer le négatif d’un mirage destructeur pour en faire une prophétie rayonnante. Il faut encore changer d’image.

Ainsi, désolé pour ce triste constat : il ne suffit pas de dire « sortons du capitalisme » pour s’économiser les centaines de pages d’un Piquetty (Le capitalisme du XXIe siècle) ou d’un Sapir (« Les trous noirs de la science économique), voire … Marx et Adam Smith… Je sais : vous n’avez pas le temps. Et vous croyez que nos dirigeants ont le temps ? Pas plus que nos représentants. Personne ne lit ce qui nous interroge. Nous nous en remettons à des rapports, des résumés, des échos. Nous ne sommes même pas des chauves-souris capables de nous diriger par ces échos. Nous sommes des abeilles prisonnières derrière la vitre – et derrière elle luit un soleil radieux et trompeur.

 Anorexie

J’ai fait récemment une expérience troublante. J’ai fait l’acquisition d’un livre scolaire de classe terminale pour la philo. Il me tombe des mains. Comment nos enfants pourraient-ils trouver l’inspiration pour se hisser vers les Grecs anciens, les grands stoïques romains, les penseurs du Moyen-âge – sans même aller plus loin ? Une succession de textes découpés en étroites biopsies ne constitue pas un menu très roboratif et pas très appétissant non plus. C’est à mon avis ce qui se passe aussi avec l’information moderne.

A force de vouloir tout savoir sur tout, nous oublions de nous arrêter, de regarder simplement comme un Pierre Rabhi ou plus humblement un auteur oublié (et peut être illisible)  comme Henri Vincenot. Vincenot n’était pas Giono, il avait moins d’ambition et moins de folie, de cruauté, d’orgueil et de vertige. Alors il s’asseyait au bord des forêts et des friches, sur les pentes des collines de Bourgogne, et il témoignait innocemment d’un monde en cours de disparition et qui à présent en effet a disparu. Ces mystères très ordinaires nous apprennent beaucoup sur nous-mêmes, et aussi, étrangement, nous aident à changer.

 Les pistes de l’oubli

Parce que, voyez-vous, nous pourrions passer en revue nos espoirs, les pistes prometteuses que nous avons tenté de reprendre ici, sur ce site. Nous nous sommes égarés, parfois. Nous nous sommes trompés, aussi, mais le plus souvent nous avons simplement été déçus, comme tant d’autres autour de nous. Il faudrait être clairs là-dessus, et c’est le plus difficile. Pour une part au moins, je dirai même une large part, nous méritons en effet cette déception – excès d’arrogance, de certitude, mais également notre propre absence d’écoute des voix inaudibles, celles des gens de tous les jours, qui eux aussi se trompent et sont tour à tour aveuglés, éblouis ou intoxiqués – mais qui n’en demeurent pas moins eux-mêmes, des témoins et des acteurs (et des victimes souvent) de ce monde qui tourne mal.

 Mais surtout : nous avons été trop simples !

Bien sûr, voila une contradiction de plus. On nous reproche un discours décourageant non par son pessimisme – là nous ne sommes pas seuls – mais par ses références, par exemple. Là je tombe en sidération. Moi qui écris sans cesse dans la crainte de trop maigres références, de trop faibles appuis pour l’escalade d’une vérité un peu dégagée des préjugés, je m’entends dire que je parle de « gens » dont personne n’a entendu parler ! J’imagine que Arendt, Latour, Rifkin, Jackson, Dorst, Ellul, et tant d’autres … rejoignent alors Socrate et Marc-Aurèle ? Faut-il qu’ « on » explose d’indignation, justement parce que « on » n’a jamais eu connaissance du nom même de ces penseurs ? De notre côté, faut-il nous étonner que tant d’amis épris de justice et de progrès n’aient jamais entendu parler du Collectif Roosevelt – et encore moins de Nouvelle Donne ? Il faut dire que Larrouturou ne nous aide pas avec son nom d’oiseau. Il aurait pu prendre un nom de scène, comme « Pierrot la Fronde » ou « Pierre Kiroule ».

Trop compliquée par ses références, notre parole ne se simplifie ni par ses détours, ni par son ambition qui risque à tout instant de faire de nous des faussaires de la pensée complexe, ni surtout par le vaste horizon des irrésolutions.

Et pourtant, c’est encore un excès de simplification réductionniste qui plombe cette parole.

Prenons un exemple.

La transition énergétique. Coût ? Disons 3% du PIB. Solution ? Augmenter les impôts. Et bien sûr : faire payer les riches. Oui mais… comment ? Et comment s’étonner que « on ne nous aime pas » ? Ce ne sont pas les dominants qui vont nous adorer en voyant ces coups de canif dans la branche énorme des lobbies sur laquelle ils sont assis. Quant aux plus modestes, ils préféreraient que cette grosse branche continue à jamais de leur prodiguer les miettes qu’ils craignent de perdre. Ou plus prosaïquement, comment changer de téléviseur si le gaz augmente ? Mais pour des millions de pauvres c’est tout simplement : comment se chauffer en hiver si l’électricité augmente ?

Alors, autre solution – par exemple – le retour au bon Keynes. La création d’une nouvelle dette qui n’entrerait plus dans les critères de stabilité de Maastricht mais dans un nouveau critère de stabilité de la Planète. Voir ce lien. D’accord … mais c’est compliqué, n’est-ce pas ? Il serait plus simple pour nous d’appeler au sac du Palais d’Hiver comme les Bolcheviks  en 1917. Mais nous n’en sommes pas là… En plus nous n’aimons pas la violence. Alors il faut bien se résigner à se creuser la tête au delà du grand Yaka, nous interroger sur la monnaie, la finance, les banques, la dette – tous sujets sur lesquels les grands média convergent autour d’idées simples qu’il est donc inutile de rappeler ici (sauf pour dire que rien ne marche ou ne marchera vraiment).

Autre exemple ? Lutter contre le chômage par la réduction du temps de travail. Oui mais ainsi nous ne supprimons pas les causes de notre retard objectif – lesquelles sont beaucoup plus profondes et tiennent aussi à notre incapacité à faire face à l’accélération formidable du cycle de création-destruction d’emplois, conséquence elle-même des bouleversements technologiques.

D’autres, heureusement, s’aventurent sur des propositions encore plus caricaturales. Ainsi, améliorer la compétitivité par la baisse des salaires est aporie qui supposerait que nos salaires s’ajustent à ceux des pays de l’Est européen (pour ne pas parler des Chinois) – ce qui anéantirait la consommation et aggraverait le chômage.

Alors , s’il s’agit de produire plus et mieux, encore faut-il savoir ce qu’on produit ! Il s’agit, si nous voulons continuer à vivre parmi les pays les plus développés, de produire ce que les pays moins avancés ne savent pas produire. Là encore : formation, recherche, innovation.

Or, réduire le temps de travail va encore accélérer ce phénomène. Ce n’est pas une mauvaise idée – c’est seulement une idée à laquelle il faut nous préparer. Ailleurs, (Attac) on lit que le système est tellement verrouillé qu’il faut attendre son explosion– mais aussi être prêts afin de proposer de réelles réformes (comme, précisément, la réduction du temps de travail).

Mais alors : ne rien faire ? Certainement pas mais … essayez. J’ai tenté de me rapprocher de Nouvelle Donne. Réponse (je caricature à peine) : « Nous sommes trop occupés avec les échéances électorales ». C’est sûrement vrai, d’ailleurs. Mais c’est un signe supplémentaire du dysfonctionnement profond de nos superstructures politiques. Leur pilotage absorbe l’énergie qu’elles devraient consacrer à l’élaboration de propositions crédibles, convaincantes pour le  « peuple ». Comment une telle dispersion des bonnes volontés peut-elle exister ? Comment ces « contre élites » perpétuent-elles l’exclusion à leur porte (essayez d’adhérer à un groupe local d’Attac… bonne chance !). Et nous qui parlons d’Europe, si nous ne sommes pas étudiants, quels sont nos  moyen d’échanger avec nos voisins Allemands, Espagnols, Italiens, pour construire ensemble au moins une utopie ? Est-ce cela, la communication sans frontière si elle s’arrête aux murs cette fois de Facebook ? Avez-vous essayé ? Moi ? Pas beaucoup.

Mais pour finir il faudrait être simple, finalement.

Pour ma part, je suis lassé d’analyses fluctuantes. D’abord, il faudrait pouvoir expérimenter. Je n’en vois pas beaucoup d’exemples chez nous, bloqués que nous sommes entre des corporatismes difficilement délogeables et une industrie nucléaire dont l’agonie ressemble de plus en plus à un cancer (l’EPR dont le devis initial était de 3 milliards vient de passer à 8 milliards et le chantier  fait l’objet d’une mise en demeure de l’inspection du travail à Flamanville !).

Ensuite il faudrait un fil conducteur simple.

Placer l’écologie et l’équilibre de la planète au centre de tous les grands projets ne résoudra pas d’un coup de baguette magique toutes les contradictions et les difficultés – mais on chercherait dans la bonne direction – pas seulement au pied du réverbère parce c’est là qu’il y a de la lumière !

Avec cette approche, la question de l’ensemble des énergies fossiles se révèle particulièrement claire.

Le déferlement d’arguments en faveur de l’exploitation des gaz et huiles de schistes (y compris sur France Culture) serait balayé par la claire conscience des conséquences ultimes à court terme pour le climat. Non seulement l’extraction des GDS s’accompagne d’émissions de méthane bien supérieures aux prévisions mais encore et paradoxalement le bradage du charbon américain qui découle d’une surproduction énergétique aux USA relance la consommation massive de ce dernier alors que son impact sur l’environnement est le pire.

Sous cet angle également la surpêche comme l’épuisement des ressources métalliques apparaissent pour ce qu’elles sont : la course au profit des grands de ce monde. Et sous cet éclairage, il me semble que la question financière se pose très différemment : « tout pour le long terme ! » devrait devenir la règle. Tout pour l’héritage à léguer à nos petits-enfants !

Une dette qui sauve notre survie sur la Planète (et non « la Planète » seule) n’a pas de prix et n’a de limite que notre capacité à l’absorber sur une ou deux générations. Générations « sacrifiées » ? Mouais… des sacrifices sans commune mesure, je l’ai déjà dit, avec les enfants de 5 ans dans les mines au XIXe siècle, la journée de 12 heures ou l’épuisement des ouvriers de Ford sur les chaînes de Detroit qu’on ne regrette que parce qu’on les a oubliées sous cet aspect. Oui, ce serait un sacrifice si, à chaque Noël , je ne découvrais pas dans les grandes surfaces des écrans encore plus beaux, encore plus lumineux, immenses et purs … qui engloutissent les ressources en matières premières les plus rares à seule fin de nous distiller le 20 heures de TF1 et des séries effarantes de platitude. Je le sais : c’est ce qui illumine en permanence le salon de mes amis les plus chers. Vous me direz que je choisis mal mes amis… Hé bien non, justement.

 La politique

 Point 1 : Tout parti politique qui ne place pas l’objectif du respect des limites ne mérite pas qu’on s’intéresse à lui.

Ensuite vient la notion de justice, bien sûr. Soit nous voulons tendre vers un monde « horizontal » – et pourquoi pas ? Alors on rejoint Pierre Rabhi et ses Colibris – tout en notant que les tarifs pratiqués pour les stages ardéchois relèvent d’un certain réalisme économique (ce qui est normal, admettons-le). Soit on défend l’idée d’une différentiation, une spécificité « occidentale » faite de culture, d’accumulation de travail et de savoir, de recherche, d’équipement du pays – et dans ce cas il faut cesser de nous mentir et aller vers plus d’efficience et une meilleure formation de nos jeunes.

Actuellement, nous nous contentons, là comme ailleurs, de puiser dans la richesse d’une jeunesse nombreuse pour en extraire une élite comme ailleurs on raffine un minerai. La différence (ou bien la ressemblance ?) c’est que les « déchets » deviennent toxiques. Bien sûr, cette question de l’équité est la plus complexe. Mais n’est-ce pas pour étudier cette complexité que nous élisons députés et sénateurs ? Ah oui, j’oubliais. Comme ce sont à peu près les mêmes à tous les échelons de la société … Hé oui, le cumul des mandats ! Là comme ailleurs il n’est pas indispensable de renverser la table. La secouer seulement ferait beaucoup de bien. Tenez, par exemple, au lieu d’une proportionnelle intégrale, une part de tirage au sort parmi des volontaires validés pour un an ? Les anciens le faisaient bien, eux.

 Billet noir ?

Pourquoi ce billet noir dans cette période où je découvre que les maisons s’habillent de longues guirlandes lumineuses de toutes les couleurs et où les chemins de table égrènent leur strass sous la lumière changeante d’étoiles à LEDs multicolores? C’est que, tout de même, le bilan du gouvernement « socialiste » est loin de compenser le trou d’air de l’écoute pour les questions environnementales et énergétiques. Et là nous sommes responsables.

Alors, pour cette nouvelle année, formulons un double vœu : savoir nous faire comprendre … et être entendus.

N’ajoutons pas : ce n’est pas gagné ! Mais là, c’est comme pour l’effondrement du vieux système. Il faut être prêts aussi à accueillir les Mandela, les Martin Luther King et Rosa Park, les nouvelles lumières et les nouveaux résistants compris du peuple qui pousseront les aboyeurs et les enfumeurs au bas de l’estrade. Je sais : ce n’est pas très malin d’attendre des hommes providentiels – mais c’est mieux qu’en appeler à de plus sombres héros comme Lénine, Trotski et Mao Tse-Toung . Car si rien n’est fait, l’effondrement aura lieu et ce sont les loups qui déferleront avant le progrès. Ce serait à tout le moins dommage – voire … terrifiant.

Pardon encore pour ces vœux trop compliqués, trop difficiles, trop partisans et réducteurs – et trop sombres (j’espère). Je vous promets de publier les vôtres, plus lumineux et chaleureux, j’en suis sûr. Soyez assuré(e)s que telle était mon intention et que c’est vous qui avez raison d’espérer. Le pire n’est jamais certain.

Bonnes fêtes… et bonne année 2014 !
    Et le livre  LCA  …(lien)

 

Classement  

Mots-clés :

2 Reponses »

  1. Il me semble que le « spleen » est une phase absolument normal quand la lucidité tire un constat accablant de notre monde. Puis, si l’on refuse de mettre le genou à terre, vient l’heure des perspectives et des voies à défricher. Elles ne manquent pas, et le tri se fait par rapport aux valeurs humanistes inculquées par certains de ceux qui nous ont précédés. Alors si rien de satisfaisant n’émerge, pour l’instant, du maelstrom des chercheurs d’alternatives, il nous reste le devoir d’indiquer des voies en espérant que les éventuels disciples ne suivront pas… l’index..

  2. Ce qui serait le plus ennuyeux, ce serait d’en rester à ces constats partagés et qu’on ne bougerait plus..
    Ce que je crains le plus, c’est de m’éloigner de l’idée que les évènements qui se déroulent : la misère humaine qui se développe, (je me fous de la richesse) et la nature qui s’épuise, c’est tellement gros que j’en ri ais!
    Je ne rie plus.
    Je suis accablé avec deux, trois, quelques autres, comme vous deux, d’observer que l’Adour draine des eaux grasses dont les Préfets en ont tiré la conclusion qu’il fallait interdire de consommer le poisson. En voilà une exemplaire décision. Pour protéger la santé l
    Mais les lanceurs d’alerte sur la pollution chimique ? Et bien on les écoute. On les écoute puisqu’on les a invité. Et à la fin de la réunion, même qu’on vient leur serrer les mains. Et ensuite…prévoir la prochaine réunion.
    La seule chose marrante encore, c’est que l’on répond et qu’on participera à la prochaine réunion à lancer l’alerte..

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