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Nouvelle Donne ou quoi ?
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 12/12/2013 – 17:23

Depuis le 5 décembre et pour un temps probablement limité, nous parlons de Nelson Mandela comme il le mérite – comme d’un héros. Il le fut à plus d’un titre. Nous ne tenterons pas un hommage bien pâle à côté, par exemple, de cette formidable mobilisation de France Culture pour les 24 heures qui lui ont été consacrées.

Mais la vie reprend son cours. Il y a deux manières de reprendre le cours de la vie. La première, bien connue : « au suivant ! » – le prochain événement, le prochain deuil, le prochain drame. Pas de problème : le monde entier nous ouvre ses colonnes en première page des journaux et des annonces du JT. L’autre manière, c’est quand même de marquer un temps d’arrêt, une sorte de minute du silence. Alors, dans ce silence, on entend l’écho de ce destin exceptionnel – le destin d’un grand résistant. Cela nous parle, cela nous concerne. Le message est riche et profond.

Une attitude de Mandela m’a frappé : lorsqu’il arrive au pouvoir, il met en place de grands projets sociétaux, culturels et économiques, il se bat immédiatement contre la haine, contre l’injustice, pour la tolérance – mais aussi contre la pauvreté et le sous-développement. Et quel est sur ce volet sa référence principale ? T.D. Roosevelt (même si par la suite l’ombre – ou la tentation –  de Chicago a dissipé bien des espoirs).

Des gens se battent chez nous aussi sur ces bases. Nous connaissons bien, nous croisons parfois le Collectif Roosevelt soutenu par la signature de plus de 100 000 citoyens et citoyennes.

Logiquement (ou pas) ce mouvement se prolonge depuis le 28 novembre par le parti « Nouvelle Donne » lancé par Pierre Larrouturou, fondateur du mouvement Roosevelt à la veille des élections de 2013. Auprès de lui : Susan Georges, Jean Gadrey, Patrick Pelloux, Cynthia Fleury, Bruno Gaccio

Nouvelle Donne ?

Nouvelle donne ? Oui et non. Le même Pierre Larrouturou avait lancé un mouvement du même nom en 2001 auquel le choc du 21 avril avait mis fin par un ralliement au PS.
Depuis, et maintenant avec la fondation de ce parti, les idées restent inchangées. Depuis 12 ans Larrouturou et son complice économiste Dominique Méda militent  :

-  Contre le mythe de la croissance
-  Pour la semaine de 4 jours
-  Priorité la lutte contre le chômage.
-  Séparation des banques de dépôts et banques d’affaires
-  Agir vite pour diminuer très fortement nos émissions de gaz à effet de serre.

  • Etc.

Il cite Jaurès :
« Il faut dire des choses simples, simplement, jusqu’à ce que tout le monde comprenne que ça peut marcher, qu’il n’y a pas de piège, que des solutions existent. »

Avec ce parti, Larrouturou espère échapper aux pièges dans lesquels se sont engouffrés les Verts (auxquels il a un temps adhéré) : la négociation avec le PS pour quelques places de députés et de ministres – au prix de la perte de la cohérence et de la démocratie interne.

 Nouvelle Donne s’appuie sur 20 propositions et deux idées simples :

  • La crise vient d’un partage de plus en plus inégal des richesses.
  • Aucune sortie de crise n’est à attendre tant que le chômage restera à un niveau aussi élevé et que la part des salaires restera aussi faible.

Alors quelles actions ?

 Economie :

  • Créer un impôt européen sur les bénéfices des entreprises
  • Financer la vieille dette publique à 1%
  • Boycotter les paradis fiscaux.
  • Rendre l’impôt plus simple et plus progressif

Emploi :

  • Recours au chômage partiel pour éviter les licenciements
  • Sécuriser les chômeurs et les précaires (y compris les artisans et patrons de PME)
  • Politique du logement utilisant les 34 milliards du Fonds de réserve des Retraites
  • Refuser le dumping social intra-européen.
  • Lancer un grand Plan européen Énergie Climat Pouvoir d’achat
  • Nouveau partage du temps de travail

Finance :

  • Séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires
  • Création d’une Autorisation de Mise sur le Marché pour les produits financiers (idée soutenue par Joseph Stiglitz)
  • Limiter la taille des banques
  • Interdire les parachutes dorés
  • Ouverture du CA des banques
  • Taxation dégressive sur les bénéfices financiers (taxer les échanges court terme et à grande vitesse)

Démocratie

  • En finir avec un monarchisme constitutionnel
  • Redéfinir le rôle du Premier ministre et du parlement
  • Non-cumul très strict des mandats y compris dans la durée
  • Construire un vrai statut de l’élu
  • Renforcer le pouvoir de l’Assemblée
  • Instaurer une Loi d’Initiative Citoyenne (L.I.C.) : tout texte ayant recueilli 300.000 signatures
  • Référendum si demandé par plus de 300 000 signataires

Europe

  • Passer à un fonctionnement parlementaire
  • Négocier un Traité de l’Europe sociale
  • Ce n’est pas à 28 que nous pourrons construire cette Europe. Sans doute est-ce avec 8 ou 9 pays qu’il faut avancer.

Gandhi disait : « un arbre qui tombe fait beaucoup de bruit, une forêt qui pousse le fait en silence » . Nous sommes une forêt qui pousse, à la différence près que nous, nous allons faire un peu de bruit quand même

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Voilà pour l’exposé. 

Bien des amis de LCA seront séduits par ce … catalogue. Mais est-ce seulement un catalogue ? Et si cela en est un, il manque bien des dimensions : la transition énergétique, la politique agricole, la politique de santé, la politique étrangère, l’urbaine, la politique industrielle …  De quoi faire un second catalogue.

Les fondateurs de Nouvelle Donne sont de bonne souche – mais assez peu nombreux. Il reste à voir deux choses :

  • le pouvoir d’agrégation de ND
  • et l’attitude des jeunes.

Sur ce dernier point, ce n’est pas que chez les jeunes que prédomine l’idée que les partis politiques ne seraient plus la solution. Vous entendez ce que vous dites ? Vous parlez de « révolution » ? Bravo ! D’autant que les « révolutionnaires » sont déjà dans la rue. D’ailleurs ils portent des bonnets phrygiens – ou peu s’en faut. Ils disposent aussi de camions de 35 tonnes, de tracteurs et autres arguments de poids et  aussi d’une section aérienne – les pigeons. Et ils se reproduisent ! Ce ne sont pas des homosexuels, ceux-là !

Ah ben non, ce ne sont pas nos troupes ? Dommage… C’est celles que nous aurons en face. Enfin, pas moi : trop vieux pour la castagne. C’est que la révolution s’oppose à la jacquerie, comme le rappelle Régis Debray.

Faiblesse ?

La faiblesse de ND pourrait venir de ce qu’en l’absence d’un idéal religieux, les gens ne seront mobilisés que par des héros du genre de Mandela ou Gandhi ou des hommes baptisés par le feu comme les grands résistants. Et encore … je suis optimiste. L’homme providentiel s’est un temps appelé Hitler…
Une accumulation de bonnes intentions ne construit pas un idéal parce qu’il lui manque un ingrédient essentiel : la simplicité. Si nous nous en tenons au débat complexe (ô combien nécessaire) sans le dépasser, il ne reste que l’émiettement sur un terrain préparé de longue date par les dominants, un terrain pour lequel ils disposent d’une masse illimitée de penseurs, d’universités, de laboratoires, de journaux et de chaînes de TV.

Vous allez me dire que je prêche pour l’ignorance et la barbarie ? Non, tout au contraire. Ce qu’il faudrait ce serait une ou deux idées simples, solidement ancrées dans 2 ou 3000 ans d’histoire de la pensée. Ce n’est bien sûr pas ici que vous les trouverez. Le drame c’est que c’est à présent à chacun de trouver une voie – hélas individuelle, unique, différente . Quoi d’étonnant à ce qu’une population d’exclus cherche dans l’islam cette idée forte – un islam qui est leur terrain propre, leur domaine réservé. Quoi d’étonnant à ce que les déclassés de tout poil cherchent dans un intégrisme catholique un axe de pensée et de valeurs quand ils sont au contraire l’avant-garde de l’écroulement du monde ancien ?

Contre-feu

Le contre-feu n’est pas seulement le recensement des remèdes à l’injustice et à la folie suicidaire actuelle. Encore faut-il le rattacher à des pensées à la fois opératives comme la simplicité volontaire et spéculatives comme nous en inspirent la lecture des grands anciens. Cette lecture nous révèle une continuité spirituelle qui n’est pas un syncrétisme. Elle nous aide à comprendre à quel point nous pouvons trouver « eau et gaz à tous les étages » comme disait Marcel Duchamp. C’est-à-dire à tout moment une action mais aussi un dessin moral, une tension vers le bien commun. Exactement ce qui manque au monde actuel.

 

Je rencontre une amie d’une grande valeur,  discrète fondatrices d’un mouvement de la Gestalt-thérapie et France – et j’en sors épuisé, irrité mais retrempé dans la réalité de ces échanges. Parce que, pour elle, seul compte l’homme (et la femme). C’est très énervant. Parce que nous pourrions penser – nous le pensons souvent, avouons-le – que seules de nouvelles idées peuvent éclairer assez d’hommes exceptionnels pour qu’ils deviennent des guides pour le changement. Mais nous dire que l’avis de chacun (l’avis pris au sens de « la vie ») est à prendre en compte – nous effraie. Nous n’avons aucune confiance en ce « peuple » prêt à voter pour l’extrême droite à combien ? 25, 30% ? Avant de lancer des anathèmes, posons-nous encore une fois cette question : pourquoi Marine Le Pen est-elle audible, et pas « nous » ? Un « nous » qui n’est pas forcément monolithique– mais le FN ne l’est pas davantage.

C’est que les idées du FN ne sont pas que mauvaises, absurdes, dangereuses. Quelques-unes nous renvoient à nos contradictions. Mais toutes sont simples. L’idée des stoïciens, si pure, si simple, s’est d’abord rangée (c’est mon avis) sous la bannière d’un grand stoïque : le Christ (qu’il ait ou non existé). On sait avec quelle efficacité s’est bâti ensuite un pouvoir chrétien bien plus opératif et profondément politique, en lien avec le pouvoir et la richesse. On sait (ou l’on a oublié) avec quel acharnement et quelle cruauté il a exterminé ceux qui, comme le cathares, prônaient à nouveau la pureté d’un détachement des richesses mais aussi une très grande tolérance – y compris financière … et amoureuse. La sobriété tuait, en ces temps-là.

L’onde de choc 

Où en sommes-nous, alors ? Bien sûr, l’apparition de ND dans l’arène politique aura le grand mérité, au moins durant la campagne pour les européennes (entre le 22 et le 25 mai 2014) d’introduire des éléments jusqu’ici absents du débat. Quand, en effet, avons-nous débattu des propositions avancées par ND ? Certainement pas avec des partis englués dans de sombres manœuvre d’accords et de « compromis ». Ce sera le grand mérite de cette initiative.

Étendre cette ambition à la conquête d’un pouvoir « évolutionnaire » réel suppose à mon avis non seulement une large audience, mais aussi la mobilisation d’intellectuels et de penseurs indispensables à l’élargissement et l’élévation du discours. Stéphane Hessel nous manquera – mais d’autres sont à même de prendre cette charge. Le feront-ils ? C’est la seconde question que se pose, à mon avis – la première étant l’accueil auprès des jeunes.

Les convivialistes

Du côté des penseurs, André Gorz trouve une actualité avec les auteurs du Manifeste Convialiste ( Alain Caillé, Marc Humbert, Serge Latouche et Patrick Viveret) – un opuscule plus détaillé étant publié aux éditions du Bord de l’eau.

Un jour, ces centrifugeuses d’idées fournirons un minerai assez riche pour qu’il permette enfin de produire la bombe qui atomisera le monde ancien. La vraie, la seule véritable compétition, est cette course entre les idées et l’autre explosion : celle des armes nucléaires.

Il faudra bien un jour ajouter un atout décisif  : la confiance. C’est très difficile. Il est beaucoup plus facile de faire confiance à la science et à la technique qui nous assurent de l’efficacité des armes : l’humain est tellement moins fiable que les machines – surtout les machines de mort !

Je n’ai pas de boule de cristal. Et vous ? Alors, désolé, mais j’attendrai que de plus jeunes, de plus forts, nous montrent quel avenir ils réservent à Nouvelle Donne et à Pierre Larrouturou. Faute de les soutenir plus ardemment, j’ose leur souhaiter bonne chance… Nous en reparlerons !

 

2 Reponses »

  1. Ces propositions vont dans le bon sens, mais il me semble qu’il manque une réflexion sur la démocratie économique et donc sur le type de structures économiques souhaitées. Le modèle coopératif authentique?

  2. Jean-Michel Masson,

    Allez faire un tour sur le site de Nouvelle Donne et celui du Collectif Roosevelt, dont ce parti est issu, vous aurez les réponses à vos attentes démocratiques.

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