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Innovation et R&D : Que faut-il croire ?
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 21/10/2013 – 14:01

Emporté par l’élan d’une approche quelque peu euphorisante, me voici affirmant auprès de mes amis que la France dépassait l’Allemagne en termes d’investissement dans la recherche et développement. C’est en tout cas ce qu’annonçait Brice Couturier sur France Culture et que semblait devoir confirmer un ouvrage récent :

Innovation
La France contre-attaque de Karine Berger et Valérie Rabault (Odile Jacob).

Cet ouvrage ne se contente pas de faire un sort au « cost killing » par la réduction des charges et salaires (la suppression de toutes les charges ne se traduirait en moyenne que par une baisse de 5% sur coût de production). Ce livre renvoie en effet sur une enquête Reuters qui place la France en 3e position derrière les USA et le Japon parmi les pays innovants – l’Allemagne étant loin derrière. Vérification faite c’est bien le cas.

Voir l’article de Christian Chavagnieux (Alternatives économiques d’octobre)

Part de la R&D dans le PIB en % (rappel : l’objectif était de 3% à Lisbonne.

 

Par contre, pour la R&D, la situation est moins brillante

Logiquement, les résultats très honorables pour l’innovation devraient résulter d’un effort conséquent en R&D.

Les avis sont partagés. L’Atelier de BNP Parisbas expose un point de vue plutôt optimiste … contredit par un commentaire un peu abrupt.

C’est malheureusement moins de mise en ce moment. Nul doute, malheureusement encore, que ce fléchissement se répercute rapidement sur l’innovation.

Voir article INSEE  http://www.insee.fr/fr/themes/info-rapide.asp?id=15&date=20130829

Citons l’article: « L’investissement serait très fortement tiré vers le bas par le secteur automobile (-25 % après +22 % en 2012). Les dépenses d’équipement baisseraient également dans le secteur des autres industries (-6 %). En revanche, l’investissement serait quasi stable dans les industries agricoles et alimentaires et le secteur des biens d’équipement (-1 %). »

Certes, la France se place dans le peloton de tête mais elle est devancée par la Suède (9 millions d’habitants), la Finlande (5,5 millions d’habitants), le Danemark (5,6 millions) et, il est vrai-  beaucoup plus significatif – par l’Allemagne (2.82% de PIB contre 2.26% en France).

 Reste à nous poser une question : « Et alors ? »

Certains amis (ils se reconnaîtront) nous dirons que courir après la croissance est illusoire. Attention : nous ne parlons pas de croissance mais d’innovation !  Le Japon, numéro deux de l’innovation, a connu 20 ans de croissance plate ! Et l’innovation est peut-être encore moins synonyme de recul du chômage – les robots détruisent plus souvent des emplois qu’ils n’en créent (c’est pour çà qu’on les paie !).

Ensuite, c’est vrai « innover pour innover » c’est nous permettre de remplacer notre téléphone tous les 6 mois par un modèle encore plus beau et performant. Certes. Mais supposons (rêvons un peu) que la France se lance vigoureusement dans une transition énergétique. Ses résultats seront alors fonction de la qualité des équipements, des techniques et des matériaux. Il ne vient à l’idée de personne que nous aurions intérêt à nous désintéresser de leur conception et de leur production. Or ces enjeux reposent sur des milliers de défis souvent minuscules, d’innovation au niveau précisément des PME et PMI –celles-là même qui font preuve actuellement du plus d’initiatives. Car si l’innovation ralentit en France, c’est qu’elle est tirée vers le bas par l’énorme coup de frein dans l’industrie automobile.

Alors nous pourrions, certes, nuancer l’enthousiasme de Christophe Changeux – mais sur le fond il a raison. Si nous ajoutons à cela que les entreprises françaises sont souvent plus rentables que chez notre voisin favori, qu’elles sont loin d’être étranglées par les charges (en tout cas certaines – les grosses – beaucoup moins que d’autres – les petites) on peut se poser quelques questions avant de foncer tête baissée dans l’austérité ou l’auto dénigrement systématique.

On peut alors d’autant mieux se poser la question de nos retards et de notre immobilisme, de ce gouvernement de moins en moins lisible, englué dans le monde ancien. Nous pouvons aussi  nous poser des questions sur nous-mêmes, incapable de cette liberté d’imagination qui inspirèrent les précurseurs de la Révolution jusque dans la recherche des structures et des lois.

Le pouvoir de changer

Comme l’écrivait Montesquieu, « les états fleurissent plus dans le passage insensible d’une constitution à une autre qu’ils ne le faisaient dans l’une ou l’autre de ces constitutions. » Car au fond c’est bien de pouvoir qu’il s’agit, un pouvoir confisqué par les puissances financières et les minorités oligarchiques, le pouvoir actuel de l’argent et du court terme. Oui, tout cela est étonnant, notre incapacité à prendre conscience de nos forces, notre relativisme face aux dangers qui nous menacent, que nous dénonçons  … sans y croire vraiment !  Faudra-t-il passer comme le réclament les Amis du Monde Diplomatique avec Anne Cécile Robert, André Bellon et Jean-Claude Martin, par une Constituante ? Cette idée a cessé de me sembler saugrenue.

En attendant prenons conscience que le catastrophisme si couramment de mise pour décrire la situation de la France a pour résultat général – et sans doute souvent pour objet – le discrédit d’un gouvernement qui vaut en tout cas bien mieux que les nostalgies nationalismes et rétrogrades et le rabotage de l’horizon que d’autres voudraient bien imposer. Ne soyons pas naïfs : la vitrine du déclin est garnie par les arrière pensées d’un futur bien plus dévastateur !

C’est peut-être bizarre, mais pour moi, après plus de 40 ans d’activité dans toutes sortes de secteurs, il me semble que la fierté du travail collectif accompli, la fierté des réussites des gens qui nous entourent et de ce pays qui porte nos destins, tout cela fait société, nous tient ensemble infiniment mieux que les querelles dévastatrices autour de l’immigration – voir le dernier épisode lamentable de Léonarda où sombre l’autorité du premier magistrat de la République pour une cause où l’indigne le dispute à l’impuissance et à l’absurde. C’est pourquoi j’ai préféré parler d’autre chose. Ce n’est pas plus facile mais c’est, me semble-t-il, moins désespérant. L’immigration, oui, il faudra en parler. Plus tard. Autrement.

 

Classement  

Une Reponse »

  1. @la fierté du travail collectif accompli, la fierté des réussites des gens qui nous entourent et de ce pays qui porte nos destins, tout cela fait société, nous tient ensemble infiniment mieux que les querelles dévastatrices autour de l’immigration

    Exactement, Serge! C’est bien pourquoi le matraquage médiatique autour du sujet de l’immigration est une œuvre délétère: un vent mauvais souffle dans beaucoup d’esprit, un vent attisé par de petits soldats au service de causes dangereuses et qui masquent des menaces bien plus graves, comme les changements climatiques.
    Comment faire pour mettre les points sur les « i » »?

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