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La transition énergétique : kelkoo ?
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 18/07/2013 – 17:39
Cet article reprend des données fournies par le N°326 d’Alternatives Economiques

Ce n’est évidemment pas en France que nous nous pouvons évaluer un bilan des premières mesures pour la transition énergétique. Dans le monde, la Chine a pris la tête des investissements dans ce domaine avec le groupe des émergents et loin devant l’Europe :

Les investissements mondiaux dans les ENRs :

2006 : 100 Md$  2011 :277 Mds$  2012 : 244 Mds$ – alors que le prix du photovoltaïque a baissé de près de  20% par an).

Notons que par rapport à 1% du PIB mondial (600 Md$) que l’on considère comme permettant d’échapper à la catastrophe climatique, nous sommes loin … mais pas infiniment loin.

En 2012, avec 112 Mds,  le Sud a pratiquent rattrapé le niveau d’investissement du Nord (souvenez-vous du GIEC qui diagnostiquait une implantation plus rapide et plus rentable dans les pays faiblement équipés).

La Chine concentre le quart de la puissance totale installée (90 GW, soit à mon sens l’équivalent d’au moins 40 à 50 réacteurs nucléaires).

L’Europe, engluée dans la crise, investit moins. Cependant, un pays fait figure de pionnier, et c’est, bien sûr, l’Allemagne.

« Oui mais » …

«  Les ménages paient au prix fort cette initiative et les Allemands se ruent sur les centrales thermiques afin de pallier les intermittentes des ENRs – donc plus de CO2 au final. Et en plus ils sont bien contents d’importer notre électricité nucléaire. » – Voilà ce que nous entendons répéter en boucle.

Quelle est la réalité ?

Fin 2013 l’Allemagne produisait 23% d’électricité « verte » (16.4% en France) avec une progression 5 ou 6 fois lente).

L’Allemagne a arrêté 8 réacteurs et programme sa sortie du nucléaire en 2022. Résultat ? Elle bat en 2012 des records d’exportation !

Dès 2020 l’Allemagne devrait produire 50% d’électricité ENRs.

Pour cela (?), l’équivalent de notre CSPE (contribution au service public d’électricité) vient d’être portée là-bas à 5.3 cts par KWh(contre 1.35 chez nous). Le KWh est facturé 26 cts en Allemagne pour les ménages – 14 en France. Sur ce montant, l’état allemand perçoit 47% (29% en France). C’est le résultat d’un facteur dont il n’est jamais question :

LA POLITIQUE énergétique nationale

Avec un prix du KWh double du nôtre, les ménages allemands ne dépensent pas davantage que nous pour leur chauffage et leur électricité (moins de 5% dans les deux pays). Pourquoi ? Bien sûr grâce aux économies d’énergie et à l’efficience énergétique.  Nous dépensons en moyenne par ménage près de 30% de KWh en plus que nos voisins.

Mais pour les gros producteurs d’électricité en Allemagne, il se greffe un effet d’aubaine.

Le mécanisme est simple : l’apport massif d’électricité renouvelable se traduit par un prix « de gros » en baisse (marginalement, elle ne coûte pratiquement rien). De plus, le prix très bas de la tonne de CO2 contribue lui aussi à cette baisse. Le prix d’achat de l’électricité « verte » étant fixé par l’état, il s’ensuit mécaniquement … que le coût de la compensation augmente.

Le DIW (Deutsches Institut für Wirtschaftsforschung, Berlin  – German institute for economic research) estime que si les baisses de coûts étaient répercutées sur les clients finaux, le prix de l’électricité pourrait baisser ! Mais non : les grands opérateurs se contentent d’augmenter leurs marges (qui s’en étonnera ?). D’ailleurs ils ne sont pas les principaux promoteurs de cette ENR qui est au contraire portée par 650 coopératives de production qui, avec les communes et les agriculteurs, détiennent plus de 50% des installations de ce type.

De leur côté, les gros consommateurs industriels … ont bénéficié d’une baisse des coûts de 22% en moins de 5 ans – une électricité qui devient meilleur marché que ce que paient nos industriels. Par conséquent, le coût des ENRs repose entièrement sur … les particuliers et les PMEs.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Obnubilés par nos centrales, nos éoliennes et nos panneaux solaires, nous perdons de vue un autre paramètre. En France comme en Allemagne, il va falloir profondément moderniser le réseau de distribution. Des deux côtés, le coût est estimé à 20 Md d’euros (sur 10ans). A titre de comparaison c’est à peu près l’investissement ENRs de l’Allemagne en 2012.

Au fond, de quoi parlons-nous ? D’un investissement qui permet à nos voisins d’économiser déjà plus de 6 milliards par an – qui deviendront plus de 17 milliards en 2020 – tout en ayant d’ores et déjà créé 382 000 emplois.

Et le CO2 ?

L’Allemagne était bien partie en réduisant de 26% ses émissions depuis 1990 – avec un objectif de 40% en 2020.  Mais en 2012 coup d’arrêt : les faibles coûts du CO2 et du charbon ont redonné de la compétitivité aux centrales au charbon au détriment du gaz. Mais c’est vrai aussi en France (+7.3% de CO2 en 2012). D’ailleurs le faible coût du CO2 assèche aussi les subventions à la rénovation énergétique des immeubles. Comme nous le soulignions dans un article précédent, ce faible coût du CO2 est un obstacle majeur et un détournement par rapport à la transition énergétique.

Quelles leçons tirer de l’expérience allemande ?

Ici, voyez-vous, même si nous débordons parfois du cadre, nous ne sommes que de modestes contributeurs à une réflexion qui malheureusement ne bénéficie ni des apports ni surtout des échos requis pour une meilleure efficacité (si tant est qu’elle le mérite). Alors, la tentation est grande de simplifier. Donc, simplifions.

Le cartel des producteurs énergétiques continue de freiner la progression des ENRs en Allemagne. En particulier il y a confiscation des effets positifs de cette transition, sabotage de la taxe carbone et recherche de profits encore plus grands – non en se lançant dans l’économie verte (contrairement à certains scénarios) mais en adoptants une position de « passager clandestin » qui recueille le fruit des efforts engagés sans avoir ni à les entreprendre, ni à en assurer les risques.

En revanche, il faut souligner l’importance considérable des coopératives de production, le rôle des communes, des agriculteurs et  et des associations. Que je sache, l’Allemagne n’est pas moins capitalistique que la France, et donc nous pourrions être amenés à nous en  inspirer afin de bousculer les blocages et redonner aux citoyens le goût et l’envie de faire. L’exposé du bilan des ENRs semble assez clairement démontrer qu’il n’existe pas de réel risque à nous lancer dans ce type d’installation pour deux raisons. La première c’est que le coût de l’électricité produite est déjà inférieur au prix de l’énergie fossile. La seconde c’est que ce coût ne cesse de décroître alors que le prix des fossiles a de très fortes chances d’augmenter – qu’on ne me chante pas la chanson des gaz de schistes et encore moins celle du nucléaire – nous reviendrons sur ces mauvais débats mais laissons-les de côté un moment s’il vous plait.

Consultation

Pendant ce temps, la vaste consultation, le débat national sur la transition énergétique a pris fin en France et nous attendons un compte rendu. Je suppose que vous avez été consulté(e) ? Non ? Ah bon… Étonnant, n’est-ce pas ? Mais rassurez-vous : Greenpeace n’a pas non plus pris place dans ces discussions. Qu’avons-nous à faire d’ailleurs de ces grimpeurs de centrales nucléaires ? Mais voila. Pour moi, la sortie des impasses actuels – et la sortie de crise – passe par des points de fracture multiples. L’un d’eux, justement, c’est le nucléaire. Je ne l’ai pas toujours pensé, mais de plus en plus cette industrie monopolistique et extrêmement dangereuse s’avère un obstacle en bloquant les initiatives, en monopolisant les investissements, en polarisant les débats. D’autres considèrent (notre article récent) que ce sont les structures de la république qu’il faut changer. D’autres enfin, comme Emmanuel Todd, voient un clivage essentiel autour d’un protectionnisme continental. Mais rassurez-vous aussi : d’autres ne voient rien … ou alors ne voient qu’eux-mêmes. Bronzez, braves gens…

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Classement  

2 Reponses »

  1. On peut trouver un suivi des tarifs de l’électricité solaire ne Allemagne, ici :

    http://energeia.voila.net/solaire/cout_pv_allemagne.htm

    Le coût est en baisse constante pour de nouvelles installations.

    Bientôt, cela coûtera moins cher de produire de l’électricité solaire en Allemagne que de l’électricité nucléaire nouveau en France ou en Angleterre.

    Au sujet du CO2, il faut savoir que l’électricité ne produit que 20% des gaz à effet de serre (gaz carbonique, méthane et autres).

    Avec ou sans nucléaire, cela ne change pas grand chose (2%).

  2. On peut aussi se demander ce que sera le coût d’un non-recours aux renouvelables, par exemple en incluant les dépenses à venir liées aux changements climatiques anthropiques….

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