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Développement durable … de la démocratie
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 23/06/2013 – 16:17

Il y a une façon de nous poser la question d’un gouvernement efficace capable de prendre les décisions fortes et difficiles qu’implique l’état de la planète et la place que nous y tenons . Il  y a une façon d’y répondre en disant que la démocratie n’est plus adaptée à l’urgence de la situation.

Alors, bien sûr, quand on nous invite à une réunion sur :

« Quelle refondation démocratique pour notre république »

… on reste sceptique. Pas bien clairement l’urgence, non ?

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Mais bon: le débat est à l’initiative du Monde Diplomatique, les conférenciers ont un solide CV – l’un est l’ancien président de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée Nationale, l’autre ancien président de l’Université Paul Sabatier à Toulouse… Et à vrai dire j’étais déjà sur place.

Heureuse surprise : le lieu de conférence (« Espace des diversités et de la laïcité ») est flambant neuf, confortable, superbement équipé – la gauche s’embourgeoise peut-être mais çà vaut mieux que les chaises pliantes ! Mais bien sûr, ce n’est pas l’essentiel…

Pas une raison pour s’endormir. Pas une raison non plus pour vous épargner l’écoute in extenso de la conférence et du débat qui a suivi.

Ces idées du Monde Diplomatique finissent par convaincre au moins sur un point : nous ne sommes plus en démocratie.
La constitution de la Ve république, mais aussi ses dérives – cumul des mandats, corruption – tout cela a été dit. Une autre idée du MD ne cesse de faire l’objet d’exégèses : le déni démocratique du référendum sur l’Europe de 2005. On a beau avoir – comme moi – l’œil rivé sur les éoliennes … ces objections finissent par déranger.

Et si, par cas, le peuple n’était pas constitué de 70 millions d’abrutis ?

En soulignant quelques points marquants, j’espère vous donner l’envie de consacrer une heure (voire deux !!!) à l’écoute détaillée.

J’ai bien aimé le propos en guise de conclusion de Philippe Rulié (cercle Condorcet) et de Jean-Clause Martin :

« Ce n’est pas qu’un combat social. Le combat philosophique, le combat des idées est fondamental. S’il y a eu la révolution française, c’est aussi parce qu’il y a eu le combat philosophique du XVIIe et XVIIIe siècle. Or une fraction substantielle de la gauche a abandonné ce combat-là. L’humanisme est un combat fondamental aujourd’hui . Comme le dit Montaigne « tout homme porte en soi toute l’humaine condition ». Chacun porte quelque chose – « malheur à vous qui vous pensez sages « . 

D’où l’importance décisive de l’éducation et de l’information puisqu’une très faible part des citoyens est toujours susceptible de creuser l’écart dans des débats indécis – et qu’elle est en soumise à des manipulations. Philippe Rulié rappelle à ce propos l’expérience extraordinaire de l’éducation nouvelle – apprentissage de la démocratie et de la responsabilité.

Néanmoins la démarche proposée comporte à mes yeux deux points discutables  D’une part je persiste à penser que l’exposé des alternatives (économiques, politiques, sociales) doit précéder et engendrer le débat. D’autre part, même si d’autres alliances sont possibles, la dimension européenne est la plus logique, acceptable et efficiente pour constituer une union – éventuellement sans le Royaume Uni – suffisamment homogène et puissante. En l’absence d’une masse critique de cet ordre, des politiques alternatives nationales comportent de sérieux risques d’asphyxie (« le socialiste dans un seul pays » n’a pas donné de très bons résultats). De plus, la proposition de remettre des pouvoirs de production aux mais des politiques mérite à tout le moins réflexion. Et vous, qu »en pensez-vous ?

La conférence

Les questions

 André Bellon

http://www.pouruneconstituante.fr/

 

Première référence : Le rapport Jospin sur la moralisation de la vie politique.

Un rapport « parfait » : moralité, dévouement des députés, parité parfaite hommes-femmes, etc.
Petit défaut : ce parlement merveilleux n’aurait servi à rien.

La démocratie est née de la création du parlement en tant que pouvoir politique, en France mais aussi en Angleterre. Or le parlement est soumis à un président d’essence bonapartiste d’une part et à des instances européennes qui s’imposent à nous. L’antithèse serait l’Islande où la liberté d’agir est vue comme la résultante de la non-adhésion à l’UE et à l’euro.

Nous ne sommes plus en république – et fort peu en démocratie.

La république c’est d’abord des citoyens. La parole et les idées de n’importe quel citoyen a autant d’importance que celles du citoyen d’à côté. Or Alain Touraine nous dit qu’il n’y a plus de citoyens mais seulement des consommateurs – quand ce ne sont pas des débiles légers.

Le référendum de 2005 est très révélateur. Les déclarations des hommes politiques à ce moment-là sont assez désolantes (par exemple : « ceux qui n’étaient pas favorable au traité de Masstricht ne devraient plus faire de politique » – Jacques Delors).  Par contre, lors des débats publics, les citoyens ont montré un degré d’information et de maturité surprenant, bien à l’opposé des « abrutis qui ne savent pas pourquoi ils votent ».

Donc, deuxième composante de la citoyenneté et de la démocratie : l’esprit critique.

Les « mérites » de la Ve république seraient la stabilité et le consensus. Et justement : pas de démocratie sans conflit ! La démocratie est l’art de résoudre les conflits, pas de les empêcher. Et certainement pas sur les seuls problèmes de société. Le débat doit s’exprimer autour des thèses économiques – alors que le dissensus dans ce domaine est actuellement vécu comme la pire des choses. Nous sommes passés de « l’économie politique » d’il y a50 ans à « la politique économique ». Le dieu économie a ses prêtres – les économistes officiels – Minc, Attali, BHL. Cette économie n’est pas une science et elle repose sur un corpus axiomatique parfaitement insuffisant – écraser le voisin – qui rassemble les égoïsmes e les individualités pour créer l’intérêt public. L’esprit critique n’a plus de place en présence de ces « lois » – comme la règle d’or.

Troisième caractéristique de la république : la souveraineté populaire

Le peuple ce n’est pas le populisme – encore moins la populace. Le peuple est un corps politique constitué dont les membres se reconnaissent comme tels. Le peuple contre la peine de mort, contre les immigrés ?  Serions-nous hors du peuple ? Qu’il vote mal ce n’est pas prouvé. Les sondages ne constituent pas un débat politique. On détruit cette souveraineté à coup de traités européens comme le TSG, le traité de Lisbonne, les agences de notations…

Notre traité constitutionnel parle du gouvernement du peuple par le peuple et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Quoi d’étonnant à ce qu’à l’incertitude ambiante réponde la violence et la domination bonapartiste de ceux qui « savent » et qui n’écoutent personne ? En parallèle il s’établit un discours sur la fatalité : président, ministre, député … personne ne peut rien à rien.

Personne ne devrait pouvoir rien décider sans un mandat de la collectivité pour dépasser cette impuissance. Après le « coup d’état » du traité de Lisbonne, il faut que les citoyens reprennent en main leur propre citoyenneté, le bien public qu’est la vie politique. En ce sens le processus qui devrait mener à la Constituante est aussi important que la Constituante elle-même . C’est ce qui est proposé par les cercles locaux pour la Constitiante dans un large esprit d’ouverture.

Sénèque nous dit « Quand vous aurez désappris à espérer, vous apprendrez à vouloir ».

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 Jean-Claude MARTIN

http://www.oser-la-democratie.fr/

 

Que reste-t-il de certain pour la démocratie ? Des lois et un vote qui permettent de constituer un parlement.

Que faire ? Favorables à une constituante, nous n’allons pas dire ce que devrait être la constitution !

Actuellement nous dérivons vers une démocratie libérale à l’anglo-saxonne. Le mot même de démocratie n’existerait pas sans ce petit trait de plume qui unit demos et cratos. Ce petit trait est un terme d’appartenance, mais surtout de possession. Possession des pouvoirs par le peuple. Cette  » possession « , on peut en jouir tout le temps, on peut la louer, la prêter, la donner en usufruit, donner des mandats pour qu’on la gère pour nous. On voit là tous les cas possibles de la démocratie qui seraient la démocratie parlementaire, ou présidentielle ou la démocratie directe.

 Démocratie directe

Ce n’est pas sans poser de problèmes mais ceux qui sont opposés à tout progrès dans ce domaine  ne manquent pas de dire : « Il y a deux sortes de démocraties : la démocratie parlementaire et la démocratie directe – et la démocratie directe çà ne marche pas, c’est de l’utopie. »

Pourquoi n’existerait-il pas une démocratie dans laquelle le peuple prend de temps en temps des décisions qui prévalent sur tout le reste – et l’exécutif doit suivre. Et à d’autres moments il y a des élus du peuple qui le suppléent. Le degré maximum de démocratie c’est quand le « peuple maximum » (le plus grand nombre de citoyens) possède et exerce le plus souvent le plus profondément les pouvoirs de gouvernement les plus étendus.

Pouvoirs

En dehors des pouvoirs de gouvernement il y a les pouvoirs attribués pour la satisfaction de besoins – par exemple par les services publics comme l’éducation gratuite, la santé , la justice, les équipements collectifs, les terrains de sport … Ces sont des éléments de pouvoir – au sens du verbe « pouvoir ». Les richesses aussi sont des pouvoirs, et leur répartition traduit un degré de démocratie.

Quand les femmes ont été admises à voter, quand les noirs en Afrique du Sud ont pu voter, on a augmenté le degré de démocratie, et même lorsqu’on est passé d’une majorité de 21 à 18 ans.

La démocratie libérale supprime ces services publics pour des raisons d’économie laisse les pouvoirs privés croître comme de véritables cancers. Les multinationales vont plus vite  que les états pour s’adapter. Nous perdons ainsi des pouvoirs. La preuve en est l’échec des plans contre le chômage malgré les aides aux entreprises – ce qui ne les empêche pas de partir à l’étranger où le profit existe.

Du fait que ces pouvoirs de production ne sont pas aux mains des politiques, on a moins de démocratie. Pour autant ce n’est pas le modèle soviétique qu’on défend – chez eux, le lien entre le demos et le cratos c’était le parti unique, une dictature qui étranglait ce lien avec le peuple.

C’est pour sortir de ces contradictions que nous proposons la préparation d’une nouvelle constitution.

Pour finir, deux citations. L’une est de Michel Debré en 1957 :

« Le problème de l’individu est de vivre d’abord sa vie quotidienne. Ses soucis personnels et ceux de sa famille l’absorbent. Le nombre des citoyens qui suivent les affaires publiques avec le désir d’y prendre part est limité. Il est heureux qu’il en soit ainsi. La cité, la nation où chaque jour un grand nombre de citoyens discuteraient de politique serait proche de sa ruine. Le simple citoyen, qui est un vrai démocrate, se fait en silence un jugement sur le gouvernement de son pays et lorsqu’il est consulté à date régulière, pour l’élection d’un député par exemple – exprime son accord ou son désaccord. Après quoi, comme il est normal et sain, il retourne à ses préoccupations personnelles qui ont leur grandeur, ne serait-ce que pour ce qu’elles ont de nécessaire non seulement pour chaque individu mais pour la société. »

Quelques années après, dans « La république moderne », Pierre Mendès France en 1962, écrivait :

« La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement un bulletin dans une urne, à déléguer des pouvoirs à un ou plusieurs élus, et à se désintéresser, s’abstenir et se taire pendant cinq ans. Elle est action continuelle du citoyen, non seulement sur les affaires de l’Etat, mais celle de la région, de la commune, de la coopérative, de l’association, de la profession. Si cette présence vigilante ne se fait pas sentir, les gouvernements, quels que soient les principes dont ils se recommandent, les corps organisés, les fonctionnaires, les élus en bute aux pressions de toutes sortes de groupes son abandonnés à leur propre faiblesse et cèdent bientôt soit aux tentations de l’arbitraire, soit à la routine et aux droits acquis. La démocratie n’est efficace que si elle existe partout et en tout temps. »

C’est pour aller vers une meilleure démocratie qu’il faut proposer au peuple par référendum la création d’une constituante. Mais à ceci près que le référendum ne doit jamais être posé par l’exécutif. Il faut que la question ait été posée à lui-même par le peuple.

Dans les cités de la Grèce antique, la Boulè (en grec ancien Βουλή, aussi transcrit Boulê) est une assemblée restreinte de citoyens chargés des lois de la cité. Son nom a souvent été traduit par « Conseil » et, plus rarement, par « Sénat ». Les individus – élus ou tirés au sort – étaient là pour recueillir les propositions de lois. Voilà une méthode d’assainissement du référendum qui fera obligatoirement l’objet d’un débat. C’est même à partir de ce débat que la boulê pourrait établir la question à poser.

C’est une façon de mettre fin au présidentialisme sans pour autant donner au parlement un pouvoir démesuré – d’autant qu’il faudrait aussi mettre fin au cumul des mandats. Un tel pouvoir pourrait s’étendre à l’économie. Stiglitz, ancien président de la Banque Mondiale, prix Nobel d’économie, voit dans le déficit de politique dans la gestion de l’économie l’origine des abus de l’industrie pharmaceutique et des banques notamment. Il préconise lui aussi un contrôle mondial de l’économie par les peuples. Nous en sommes loin.

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 Le débat

Les questions

Le débat est trop long pour une transcription détaillée. Pourtant il me semble important de citer les questions principales :

1 - Un débat démocratique, oui, mais sur un sujet précis et cernable par les citoyens, qui les touche – comme la qualité de l’agriculture et l’alimentation.

2 – Suite au non au référendum du 29 avril 2005, comment se fait-il qu’il n’ait pas été suivi d’une constituante ?

Pour ce point, la responsabilité des hommes et femmes politiques est claire. C’est  le système qui a bloqué cette issue. Il aurait fallu « recréer le peuple » soit par la violence (Napoléon III) soit par la démocratie : la constituante. L’idée d’un candidat du « non de gauche » qui a fait 2%  discrédite le vote, annule la force du référendum, détruit le sens de cet événement. Alors qu’on aurait pu rassembler au dessus des partis.

3 – Une constituante peut aussi briser un élan de changement comme on l’a vu en Tunisie. La démocratie directe est seule capable d’éviter les dérives et la corruption.

4 – Pourquoi si peu de mobilisation autour de ces thèmes de démocratie ?

5 – La capacité politique du citoyen ? « Il faut que la démocratie soit partout ».  Là où elle manque le plus, c’est dans la vie courante – essentiellement dans l’entreprise. Un citoyen autonome qui se sent capable de s’intéresser à la politique ? Ce n’est pas possible parce qu’il n’a pas le temps, ou bien il est chômeur, salarié maltraité, etc. Au temps de Rousseau les paysans étaient des paysans, et non pas des tractoristes. Ils avaient une certaine autonomie. Les artisans étaient indépendants.

6 – Ce qui nous manque, c’est un fil à tirer. Le chômage est le premier problème à traiter. Il faut aussi que les penseurs, les intellectuels, présentent les idées, fassent des prépositions simples, concrètes.

Ensuite l’Europe est l’espace où se posent les questions et elle semble trop vite évacuée.

Réponse :  l’Union Européenne est-elle « nécessaire et historique » ? Cette question existe. Elle doit passer par la case « peuple »  parce qu’on ne sait plus du tout pourquoi on est ensemble !

7 – Article IV de la Constitution : « Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi ».

Oui, on a le droit, …  mais pas le pouvoir !

8 – Il ne s’agit pas que d’un combat social. Le combat philosophique, le combat des idées – est fondamental. S’il y a eu la révolution française, c’est aussi parce qu’il y a eu le combat philosophique du XVIIe et XVIIe siècle. Or une fraction substantielle de la gauche a abandonné ce combat-là. L’humanisme est un combat fondamental aujourd’hui (Jean-Claude MARTIN). Comme le dit Montaigne « tout homme porte en soi toute l’humaine condition ». Chacun porte quelque chose –« malheur à vous qui vous pensez sages ». Dans la constituante, c’est la valeur symbolique de la reconstruction de la citoyenneté qui fait sa force. C’est que la confiance dans les individus a été détruite.

Un petit calcul simple permet de se rendre compte qu’en cas de débat – généralement réparti à 50/50 d’indécis entre « pour » et « contre », la minorité qui sait exactement quoi voter et pourquoi va forcément faire la décision. Mais c’est aussi une vulnérabilité quant à la manipulation de cette minorité. D’où l’importance décisive d’une bonne éducation et d’une bonne information. Notons à ce propos l’expérience extraordinaire de l’éducation nouvelle – apprentissage de la démocratie et de la responsabilité que nous rappelle Philippe Rulié du Cercle Condorcet.

 

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Une Reponse »

  1. @ « Il faut que la démocratie soit partout . Là où elle manque le plus, c’est dans la vie courante – essentiellement dans l’entreprise  »

    Exactement: c’est pourquoi le Triptyque Economique se fonde sur un développement conséquent des coopératives authentiques, à taille humaine.

    Par ailleurs, le développement du vote d’extrême-droite est symptomatique du retour de la quête de l’homme/femme providentiel(le) caractéristique des peuples désorientés chez qui tout se confond avec le risque de faciliter le passage à tous les autoritarismes!

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