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Défendre Hollande
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 24/04/2013 – 16:46

Qui défend Hollande ? Réponse : Jacques Julliard, reçu lors de l’émission de Marc Vouinchet le 22 mars 2013 sur France Culture à propos de son dernier ouvrage.

Afin de ne pas épuiser trop vite la patience et la tolérance de nos visiteurs, laissons les moins allergiques écouter ici  l’extrait de l’émission (50 minutes).

Comme les idées claires sont plus rares qu’on le croit ou qu’on le dit, relevons quelques propos de ce grand journaliste, ex directeur du Nouvel Observateur, éditorialiste à Marianne.

Stéphane Rozès

Il n’est pas inintéressant d’écouter en préalable « Le monde selon … Stéphane Rozès ».

Ce politologue enseignant à Science-Po et HEC est aussi président de la société de conseil CAP.
La gauche a-t-elle encore un destin ? Son fondement économique, politique et  idéologique est remis en cause par la période. Ce gouvernement est le plus à gauche de l’Europe – et il est très impopulaire.

La politique décidée à Bruxelles accroît les difficultés économiques et sociales et c’est la droite peu soucieuse d’égalité qui en profite électoralement.

De leur côté les peuples sont critiques par rapport au capitalisme financier, ils sont anti-libéraux –  et la gauche n’en tire pas profit.

Le compromis démocratique patiemment construit par la gauche est révolu  : prospérité pour le plus grand nombre contre la paix sociale et contre aussi la menace du communisme. La fin de cet équilibre est intervenue avec la chute du mur de Berlin, l’ouverture de nouveaux marchés à l’Est et en Asie, la dérégulation et le passage du capitalisme managerial au capitalisme patrimonial soucieux de valorisation des entreprises.

L’état s’est retiré économiquement et socialement et fait douter de l’efficacité économique de la démocratie. Aujourd’hui, c’est  le salariat hyper majoritaire qui veut la conservation des rapports sociaux – la gauche est sur la défensive. Les Français – et les Européens – sont anti-libéraux mais pas anti-capitalistes, cependant que la politique continue de relier entre eux les individus, et l’imaginaire politique préempte la question sociale. C’est pourquoi le populisme et le bonapartisme prospèrent en temps de crise. La gauche, elle, est dans la tradition de la dispute et elle est internationaliste – un internationalisme associé au libre échange qui semble affaiblir le salariat européen.

La gauche en revient donc à la République. Un nouveau compromis est en route, avec Hollande et Ayrault : compétitivité contre la préservation du modèle social. Mais il faut deux conditions : la capacité à nous réformer et la ré orientation des politiques européennes. Au lieu de l’expliquer, le président Hollande entretient des ambiguïtés et échoue à faire le récit de cet objectif.

Comparaisons et groupuscules

Bon, là, on reste dans un discours assez convenu mais pas forcément très simple. Passons la parole à Jacques Julliard avec l’espoir de quelques éclairages tranchés…

La France est-elle en 1788 ou en 1930 ? La manif pour tous est-elle le réveil des groupuscules ou une révolution de droite ?

Comparaison n’est pas raison. L’histoire ne se renouvelle jamais. Une droite sociologique mime mai 68, mais on ne fait pas les révolutions quand çà va mal. On les fait quand les classes dynamiques performantes sont tenues à l’écart du pouvoir.

Les « cathos »

Il y a des groupuscules – comme le GUD, les royalistes Action Française… – en suspension – un état que révèle le mariage pour tous. Mais ces groupuscules ne sont là qu’à leur propre compte. En 1934 , les Croix de Feu n’étaient pas un groupuscule – on les a caricaturés. La comparaison n’est pas pertinente. Ensuite il y a l’UMP. Ce n’est pas le plus important.

Mais alors, pour la première fois les « cathos » ré apparaissent en tant que mouvement ultra conservateur. Il y a eu rupture du compromis social avec la république. Les catholiques se considèrent comme une minorité brimée – une attitude proche des islamiste – et les cathos de gauche ont disparu. C’est ce qui menace de faire basculer la société française et c’est une formidable régression. La réconciliation des cathos et de la république au cours des dernières guerres , de la résistance et de la guerre d’Algérie – est en cours de disparition.

Cette tendance voudrait cette fois établir un parallèle entre la loi du mariage pour tous et le CPE en 2006. Mais le gouvernement ne peut pas reculer – ou bien sur quoi pourrait-il tenir ? Cela dit, La Croix est le seul journal qui progresse spectaculairement et il adhère à cette conception identitaire des catholiques.

Peut-on penser à 1983 ? 1983 c’est la fin de la relance par la consommation, l’augmentation des salaires mais 13% d’inflation, la chute du franc et l’effondrement du commerce extérieur. Pour Delors les entreprises nationales sont incapables de bénéficier de la relance et incapables de faire face à la concurrence internationale. François Mitterrand a choisi : c’est le tournant de la rigueur. Les militants socialistes resteront longtemps nostalgiques de « l’autre politique » à laquelle ils ont dû renoncer. C’est, d’après Brice Couturier, ce vieux rêve qui revient, alors que la rigueur s’est avérée elle aussi être un mythe, avec 4.8% de déficit en 2012 et les dépenses publiques qui continuent à augmenter, les prélèvements devenant à la limite du supportable à 45.6% l’an prochain.

Faux débat

Pour Jacques Julliard, le débat entre les partisans d’une relance à tout va et une politique « austéritaire » est un faux débat. Il n’y a pas d’austérité à l’heure actuelle et la relance est en cours : 65 000 fonctionnaires en plus, emplois d’avenir, revalorisation des retraites des carrières de longue durée… Cette relance est néanmoins insuffisante. La seule véritable trahison de Hollande c’est d’avoir cédé au grand capital – mais c’est parce que celui-ci lui prête de l’argent à un taux extrêmement bas. D’ailleurs, qui prône vraiment une sortie du capitalisme ? Personne. Pas même Mélenchon ! Tout le monde est social-démocrate. La vraie question est le choix entre colbertisme-keynésianisme ou au contraire libéralisme.

Le monde entier réclame de la social-démocratie : c’est ce que veulent les ouvriers indiens, brésiliens ou chinois – et Obama est social-démocrate. La social-démocratie est difficile parce qu’on a affaire à un capitalisme patrimonial beaucoup plus dur – ce qui est la grande différence avec les 30 glorieuses.

Europe

Dans le même temps, la gauche – de François Hollande à Mélenchon – n’a pas de politique européenne. Daniel Cohn-Bendit parle lui aussi de la gauche démoralisée. Le couple franco-allemand, qui a été le seul véritable moteur de l’Europe, ne fonctionne plus. Quant à Mélenchon, il n’est pas un parti ouvrier mais bien d’employés et de bobos et son internationalisme n’est pas en accord avec les émergents beaucoup plus mondialistes.

La France ne peut pas avoir une politique autonome – ce qui est la politique de la droite. Au contraire, l’Europe, de Victor Hugo à Briand, c’est une politique de gauche qui a besoin de l’internationalisme pour aller vers ses valeurs. La seule Europe véritable c’est l’Europe à deux ! C’est aussi la priorité absolue à la ré industrialisation afin de retrouver la parité avec l’Allemagne pour être à nouveau écoutés. Prendre la tête dans une alliance avec les pays qui vont mal parce qu’ils ont été mal gérés ne serait d’aucune utilité pour personne – ce qui n’enlève rien à la pertinence de la dénonciation de la dureté de la finance internationale à l’égard de ces pays. Il s’agit de sauver un héritage qui est celui de la quatrième république puis de la cinquième république et Jacques Julliard s’oppose catégoriquement à une 6e république – une « fumisterie » : ce n’est pas ce qui va changer la situation !

Hallali

Cette « odeur de sang »  autour de Hollande est psychologiquement et démocratiquement écœurante. Ce gouvernement est le seul depuis longtemps à se battre sur deux fronts : la droite et l’extrême gauche. C’est pourquoi la gauche ou bien est unie ou bien fait le jeu d’un futur gouvernement Copé-Marine Le Pen.

Il y a cependant un « mystère » François Hollande. Mitterrand était capable de construire un récit, fixer un dépassement : « la France est notre présent, l’Europe est notre avenir ». Ce besoin de se projeter est réel et Hollande ne fait pas récit pour notre crispation nationale. Mais est-il nécessaire d’ajouter à ce front anti-gouvernemental alors qu’à l’évidence la France va être dans le marasme pendant des années encore? Il faut refaire un pays moderne. C’est la seule politique possible, cette fois, même s’il peut y avoir des modalités différentes – en allant plus ou moins vite dans le désendettement.

Mélenchon

En ce qui concerne les critiques de Mélenchon, il y a aussi un mystère. Où va-t-il ? Son programme est celui du général Boulanger : révision, constituante, appel au peuple ! Quand on parle de proportionnelle, il faut se souvenir que des hommes politiques aussi « modérés »  (falots ?) que Constans sont venus à bout du boulangisme en rétablissant … le scrutin d’arrondissement. Méfions-nous de l’éloquence ! Il n’est pas question de se couper de la gauche radicale, laquelle est pourtant en train de se couper du peuple – et d’elle-même. Le PC est d’ailleurs de plus en plus réticent à l’égard de la politique aventurière de Mélenchon qui devient un facteur négatif à l’heure actuelle. Encore une fois c’est l’unité de la gauche qu’il faut défendre dans un contexte de domination de la droite et il n’est pas exclu que Mélenchon règle pour son propre compte un problème personnel qu’il a toujours eu avec François Hollande.

Il n’y aura pas de solution dans les 12 ou 18 mois à venir. La France doit redevenir une puissance. Pour cela François Hollande devrait changer de gouvernement. Ayrault, en dépit de ses qualités, n’arrive pas à se faire entendre – pourquoi pas un chef de gouvernement non socialiste ?

 Commentaire

Voilà. Je n’ai pas commenté. Pourtant je serais largement d’accord avec ce courant qui ne cesse de se renforcer : non à l’hyper libéralisme mais pas de refus catégorique du capitalisme (avec quelles armes, d’ailleurs, avec quel projet et dans quel délai alors que l’heure est à l’urgence?). Je sais que des amis pensent différemment – j’espère que nous pourrons nous retrouver pourtant sur l’essentiel. Ce qui fait défaut au discours de Julliard est ce qui manque à beaucoup de ces grands politologues pleins de culture et de sagesse,  c’est de considérer en ligne de mire la transition énergétique qui focalise toute la transformation qui s’ensuit : sociale, économique et technique. Sur ce dernier point, l’Allemagne, encore une fois, est en avance, y compris et surtout sur la recherche. On ne peut pas en dire autant sur le premier point (social)  - et Julliard aurait pu insister aussi sur la régression sociale en Allemagne.  De plus, comme le démontre très bien Stiglitz dans son dernier livre, ce sont inégalités qui bloquent pour une bonne part les changements nécessaires. Vu de ce côté, les prélèvements obligatoires ne me semblent pas « à la limite du supportable ». On ne règlera rien en prenant aux riches (ils ne sont pas assez nombreux) – mais çà aiderait. Comment, autrement, faire accepter la décroissance capitaliste ? Les mesures récentes ne sont pas forcément parfaites, elles ne sont pas toutes efficaces – mais elles sont en phase avec cette question des inégalités. Raison de plus pour ne pas hurler avec les loups – je dirai presque : les chacals…

Hum… et vous ?

Au fait : où en est la grande réforme fiscale ???

Classement  

Une Reponse »

  1. Il n’ y a effectivement, dans les propos de Julliard, aucune vision globale des limites matérielles: rien sur les changements climatiques, rien sur la limite des ressources, rien sur la gestion démocratique des entreprises: je préfère les propos de Michel Rocard et Pierre Larrouturou dans « La gauche n’a plus droit à l’erreur ». Le problème t de savoir ce qu’on appelle la gauche et faire comprendre aux électeurs que de leurs choix dépendra l’avenir des générations à suivre.

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