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Philippe Frémeaux : penser simple
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 16/04/2013 – 13:10

Reconnaissons-le : quelques uns de nos billets récents ne donnaient pas dans la simplicité excessive. Sans tomber dans la complaisance, il est rafraîchissant de nous replonger dans des vérités qui pour avoir été déjà dites ne perdent rien à être rappelées. Ou, plus exactement, ce qui nous paraissait il y a un an ou deux sujet à caution devient – ou devrait devenir – la base des évidences à partir desquelles réfléchir. Nos adversaires ne se privent pas de simplifier pour manifester dans les rues une « révolte » ultra conservatrice : il est temps de dire que certaines vérités fortes ne sont pas plus compliquées que certains mensonges. Elles ont pour avantage de nous libérer un temps du découragement.

Pour faire court je vous propose çi après un extrait (5 minutes) de l’interview de Philippe Frémeaux sur France Culture le samedi 13 avril 2013 par Véronique Pellerin à propos du débat sur la croissance et la rigueur.

Transcription : 

A quoi sert la rigueur si elle casse tellement la croissance que non seulement le chômage s’accroît mais qu’on ne parvient pas non plus à réduire les déficits et à stabiliser la dette ?

Pour 2012 la France a échappé à la vraie rigueur … grâce à un déficit de 4.8% et des dépenses publiques en progression en pourcentage du PIB.

Suffit-il pour autant de relancer les dépenses ?

Malheureusement non! Compte tenu de l’ouverture de l’économie française et du recul de notre industrie, toute relance massive risquerait de profiter aux importations plutôt qu’à l’emploi. En revanche on ne va pas résoudre la question de la dette en coupant massivement dans les dépenses publiques sans toucher aux impôts, voire en les diminuant. C’est non seulement injuste mais c’est aussi inefficace comme le reconnaissent désormais les économistes du FMI.

L’Allemagne en souffrira aussi

L’Allemagne doit admettre que cette relance est dans son intérêt : si l’Europe va très mal avec une crise politique et sociale, elle ne sera pas non plus à l’abri.

Peter Steinbrück reconnaît que l’Allemagne doit renforcer son pouvoir d’achat pour aider ses partenaires. C’est aussi ce que le secrétaire au trésor américain est venu dire à Angela Merkel. Sauf que Steibrück est dans l’opposition, qu’Angela Merkel ne veut rien entendre … et qu’elle est populaire. Certes, mais les syndicats réclament néanmoins l’instauration d’un salaire minimum pour mettre fin aux travailleurs pauvres. Bien sûr, rien ne contraint l’Allemagne à céder à ses partenaires politiquement affaiblis.

Quitter l’euro ?

On pourrait imaginer que l’ensemble de l’Europe du Sud y compris la France quittent l’euro – comme le suggère Georges Soros – ce qui provoquerait une réévaluation massive de l’euro-mark. Mais ce n’est pas une perspective séduisante pour la France qui emprunte aujourd’hui à 1.7% pour refinancer sa dette – des taux extrêmement bas qui exploseraient dans cette hypothèse.

Ce n’est pas une raison pour nous masquer nos propres problèmes : perte de parts de marché, recul de l’industrie à l’export. Il faut renforcer la compétitivité de notre industrie et l’efficacité de l’état afin de dégager des marges pour investir dans la petite enfance, l’éducation, la recherche. L’essentiel c’est aussi de cesser d’attendre la solution de tous nos problèmes dans l’hypothétique retour à une croissance forte et durable : celle-ci ne reviendra pas parce que notre économie est désormais dominée par les services et elle n’est pas non plus souhaitable pour des raisons écologiques évidentes.

Une vraie sortie de crise consisterait en des priorités concrètes en matière d’alimentation, de logement, de transport, d’éducation, de santé et d’emploi. Peu importe après si le PIB augmente ou pas à partir du moment où le bien être de chacun et de tous s’améliore

Ces questions et bien d’autre (10 propositions) se retrouvent dans le numéro d’avril de la revue Alternatives Economiques sur le thème de « vivre mieux sans croissance ».

Pour ma part j’ai retenu sur cette revue l’article consacré à l’emploi : « Travailler moins pour travailler tous ». Comme nous ne cessons de le répéter ici, il va bien falloir nous rendre à cette évidence que non seulement il y de moins en moins de travail mais encore que c’est plutôt une bonne nouvelle – à une condition : que les « insiders » consentent un effort au profit des « outsiders ».

Les 35 heures, contrairement à l’idée qu’on ne cesse de tenter de nous inculquer, ont permis de créer 2 millions d’emplois entre 98 et 2001, le chômage a reculé de 3 points et la masse salariale a augmenté de 20% sans baisse de profit pour les entreprises. Je sais : l’argumentaire est massivement partial, mais il faudrait pouvoir lui opposer des arguments aussi forts – et ils n’existent pas. De plus, la « catastrophe » des 35 heures se traduit par le fait que les Allemands … travaillent moins que nous ! Bref, une voie existe ici.

L’idée avancée par Alternatives Economiques est un congé sabbatique rémunéré de 6 mois tous les 5 ans ou 1 an tous les 10 ans (10% de réduction de temps de travail). Mais on ne pourra plus comme ce fut le cas des 35 heures compter sur le gain de productivité à partir d’un assouplissement dans le temps d’utilisation des machines : l’industrie a trop reculé. Il faudra donc cette fois qu’une partie de l’effort repose sur ceux qui ont emploi : sacrilège ! Comte-Sponville, qui a largement tort sur les 35 heures …aurait raison ici.

Mais bien sûr il y a bien d’autres questions à nous poser ici car nous entrons dans un autre monde : celui d’une transition civilisationnelle. Rien ne nous y oblige, c’est vrai : nous pouvons aussi préférer entrer dans une transition barbare ! A moins que vous ailliez une meilleure idée ? Qu’en pensez-vous ?

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Une Reponse »

  1. Nos esprits sont tellement colonisés par la pensée libérale que nous avons du mal à imaginer une vraie liberté de penser. Nous sommes esclaves et nos chaînes sont dans nos têtes: voici le lien où j’ai trouvé ce cri du cœur:
    http://www.terresacree.org/actualites/module-mere-comment-va-la-belle-bleue-1643/actualite-nous-les-esclaves-modernes-1-2-106878?filtre=date
    Après le cri du cœur, que faire pour commencer à changer le système? La réduction du temps de travail est une étape à lier à la réduction du temps d’exposition à l’intoxication publicitaire. Je crois qu’il convient de montrer une voie plus ambitieuse dans le cadre de l’humanisme.

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