Banner
Exemplarité des gaz de schistes
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 10/04/2013 – 09:20

Si vous consultez (nous le recommandons) sur ce lien le suivi des nouvelles de la technique et de la science, vous aurez sans doute remarqué qu’une demi-douzaine de sujets pour le mois de mars concernent les gaz de schistes.

Je vous propose – en ces temps agités – de nous intéresser à ce qui visiblement est sorti des écrans radar de la presse et de la TV…. mais qui y reviendra, n’en doutons pas, pour nous parler du trésor sur lequel nous dormons (enfin : ceux que l’indignation, le chômage et la précarité n’empêchent pas de dormir).

Merci de suivre les liens pour plus de détail sur les articles…

1 - Soutien gouvernemental à la fracturation hydraulique en Espagne

Tout d’abord le gouvernement espagnol a décidé « d’encadrer les techniques de recherche d’hydrocarbures non conventionnels par fracturation hydraulique en les soumettant aux procédures d’évaluation d’impact environnemental ». Il faut traduire l’administratico-espagnol – cela signifie : autoriser l’exploitation des gaz de schistes.

En effet, un rapport récent estime que les réserves de gaz de schiste présentes dans le sous-sol espagnol (principalement le Pays-Basque et Cantrabrie, le sud des Pyrénées, la vallée de l’Ebre ou du Guadalquivir), correspondent à 39 années de la consommation actuelle du pays

 

Vous imaginez combien je suis impatient de voir s’ériger des derricks dans ces vallées… De plus, la fracturation hydraulique au pied du massif de Pyrénées – non exempt d’activité sismique – risque de nous créer de belles surprises. En outre cette région est le réservoir naturel d’une grande partie de l’eau disponible en Espagne – qui en manque déjà.

 

 

2 - Gaz de schistes aux Etats-Unis : recherches en vue de minimiser l’impact environnemental

C’est bien vers les USA qu’il convient de nous tourner afin de suivre l’actualité sur cette technique largement utilisée à présent sur ce territoire.

Une étude récente rassemble les avis de 215 experts (universitaires, industriels, membres d’ONGs et de l’administration) sur les risques liés à l’exploitation du gaz de schiste et à la fracturation hydraulique.

Les risques qui font le plus consensus sont :

  • la qualité des eaux de surface, notamment le risque de dispersion du fluide et des eaux utilisées pour la fracturation et les difficultés liées à leur stockage.
  • Les émissions de méthane qui contribuent fortement au réchauffement climatique
  • la qualité des eaux profondes (aquifères)
  • la perturbation des habitats autour du site d’exploitation.
  • les perturbations pour les populations locales, en particulier les ondes sismiques, ont été identifiées comme prioritaires par les experts de l’industrie et du monde académique mais pas par les experts gouvernementaux ou ceux des ONGs.
  • D’autres risques sont diversement évalués – notamment les risques d’accidents et leur impact.

L’autorité en charge de la prévention de ces risques doit être le gouvernement d’après les ONGs, le monde académique et le gouvernement alors que la moitié des experts de l’industrie estiment que l’industrie devrait assurer ce rôle .

3 - Gaz de Schistes : de la géopolitique à l’atome

Quelles sont en fait les raisons de cet engouement (40% de la production totale de gaz sec aux Etats-Unis)? Pourquoi cette véritable ruée vers les gaz de schistes ? Ce document revient d’abord sur cette question et rappelle les avantages de cette ressource :

  • la majorité des pays dépendent des importations pour répondre à leurs besoins en gaz
  • le gaz naturel traditionnel reste encore relativement abondant, mais les réserves sont limitées à quelques régions de la planète et il coûte cher à transporter
  • le gaz de schistes est plus globalement réparti

En revanche il faut noter la forte diminution du taux de production des puits après leur mise en service. Pour assurer le rythme de production initial, il est nécessaire de maintenir un rythme de forage très important, complexe et très coûteux. A cela s’ajoutent des nombreux problèmes environnementaux.

Par ailleurs le faible coût de production du gaz de schiste peut nuire au développement des énergies renouvelables. Ce prix encourage ensuite une croissance de la consommation d’énergie mondiale – le taux actuel dépasse celui de  l’accroissement de la population.

Globalement, les gaz de schistes n’ont pas fait reculer le charbon. De 2008 à 2012, la part du charbon est passée de 25 à 30% de la consommation mondiale d’énergie et celle des énergies renouvelables a baissé, passant de 9 à 8%.

Pour limiter les risques liés à cette exploitation,  la compréhension de ce qui se passe au niveau moléculaire est primordiale, notamment en ce qui concerne les réactions entre les molécules qui constituent le ciment des puits d’exploitation.

En effet, un problème majeur de l’exploitation des gaz de schiste concerne les fuites importantes de méthane qui seraient de l’ordre de 9%.dues à la mauvaise cimentation des puits d’extraction. Ce problème est rendu délicat du fait de la température qui augmente de 30 degrés par km de profondeur.

Afin de faire un point précis sur ces questions l’ambassade de France à Washington a rédigé un rapport que vous pouvez télécharger à partir de ce lien :

4 –  Gaz de schistes aux Etats-Unis : recherches en vue de minimiser l’impact environnemental

Le rapport concerne les points suivants :

  • Impacts et risques environnementaux
  • la réglementation
  • La toxicité des fluides de fracturation (fortement débattue, et peu réglementée )
  • la contamination des ressources en eau potable
  • la gestion des fluides de fracturation
  • L’impact climatique
  • Une occupation spatiale des forages importante (mitage du territoire)
  • Une réglementation hétérogène

Recherches et optimisations en cours :

  • Optimisation du Fluide de fracturation
  • Minimisation du volume d’eau requis
  • Retraitement des eaux
  • Fuites de méthane (émissions de GES, contamination des aquifères)
  • Comportement de la roche
  • Impact paysager
  • Retour d’expériences et partage de bonnes pratiques

Il sera utile de nous reporter à cette étude lorsque, inévitablement et profitant éventuellement du discrédit de l’équipe dirigeante française, les lobbies remonteront au créneau.

Toutefois tout n’est pas forcément rose pour les gaz de schistes – même dans le camp capitaliste :

5 -Gaz de schiste en Amérique du Nord : une étude provocatrice prévoit son déclin dans les 10 ans

Premièrement, les puits s’épuisent très rapidement, ce qui nécessite d’intensifier le forage pour maintenir la production, ce qui limite le potentiel à long-terme

Deuxièmement, bien que les ressources énergétiques carbonées non conventionnelles existent en grandes quantités, leur exploitation nécessite d’énormes efforts logistiques et financiers qui interdisent l’augmentation de la production pour répondre aux besoins du marché

Un organisme gouvernemental états-unien, suggère que la part des gaz et pétroles de schistes va atteindre 50% de la production du pays d’ici 2040. Le Dr. Hughes affirme que ces projections ne sont pas réalistes car elles ne prennent pas en compte le fait que la plupart des puits perdent 15% de leur productivité initiale en quatre à six ans. Il faudrait creuser plus de 70.000 puits supplémentaires par an d’ici 2040 –  solution trop coûteuse et hors de portée à partir de 2019. Il  s’ensuivrait d’une forte chute de la production.

Il est vrai que le Dr Hughes a été financé par le Post-Carbon Institute une association californienne ouvertement contre le gaz de schiste. D’autres experts (serons-nous surpris ?)  prévoient une abondante production de gaz naturel sur plusieurs générations. Ils affirment que le Dr Hughes ne représente qu’une opinion minoritaire et que les résultats traités dans le rapport en question démontrent seulement que le gaz de schiste ne s’écoule pas librement.

Notons que le rapport du Dr Hughes ne nous surprend qu’à demi puisque nous avons déjà émis des objections similaires :

 http://dtwin.org/WordDD/2011/07/05/gaz-de-schiste-la-suite-ou-la-fin/

Qu’en sera-t-il ? Ce qui est sûr, c’est que la poursuite de cette exploitation renforce durablement les menaces sur le climat.

Cependant, aux USA, les jeunes étudiants se mobilisent :

6 –  USA  Désinvestir : le modèle anti-apartheid appliqué à l’industrie des énergies fossiles

Des centaines d’étudiants participent à une campagne « Divest for Our Future » pour que leurs universités cessent d’investir des fonds dans les entreprises liées aux énergies fossiles. Cette initiative s’inspire de la campagne menée dans les années 80 contre l’apartheid en Afrique du Sud.

En ces temps de déroute démocratique et de scepticisme radical, en ces temps de désespoir, pour être clair, il est réconfortant de voir surgir cette autre « indignation » sur des sites comme :

http://350.org/

qui envoie au Président Obama une lettre dont nous pourrions nous inspirer … à condition qu’il y ait un pilote dans l’avion pas seulement occupé à neutraliser d’autres gaz encore plus nauséabonds :

http://act.350.org/signup/an-open-letter-to-president-obama/ (traduction ici).

J’avoue que j’ai signé…. Ce n’est pas le Grand Soir, mais c’est quand même bon pour la planète, non ?

Evidemment, c’est un peu naïf … les Américains, n’est-ce pas, sont de grands enfants. Et nous, que sommes-nous ? Des petits vieux ? A vous d’en juger. En tout cas l’énergie perdue en polémiques et l’ironie autour des scandales de notre république ne peuvent mener qu’à deux résultats : soit un soulèvement et l’avènement d’une 6e république, soit la victoire de l’extrême droite. Si nous ne voulons ni de l’un ni de l’autre (ou plus exactement si le rapport de forces ne permet pas la première solution et si nous ne voulons toujours pas de la seconde) il serait bon de nous adresser à notre Président avec la même mesure, la même pondération et le même respect que ces étudiants américains. Mais est-ce encore possible ? Je constate ici que Comte-Sponville avait tord quand il nous conseillait de nous intéresser avant tout aux compétences de nos hommes politiques et de ne pas nous inquiéter de leur moralité. C’est l’excès de cette négligence que nous payons aujourd’hui. Nous sommes finalement plus proches de Corneille que de Racine …

Obtenir le livre 

Classement  

Une Reponse »

  1. Voilà le résultat de la navigation à vue dans le brouillard bien entretenu par les lobbies des énergies sales. Ainsi nous avançons de manière brouillonne vers une crise climatique majeure pourtant prévisible.

Laisser un commentaire