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Fin de conférence à Doha
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 12/12/2012 – 21:02

Nous en avons parlé – un peu. Nous n’en dirons pas beaucoup plus suite à la signature de l’accord de Doha – un accord qui ne concerne que 15% des émissions de CO2 alors que le précédent accord – celui de Kyoto portait sur 30%…

De plus ce nouvel accord est assez vague et peu contraignant. Tout au plus a-t-on sauvé l’honneur. Plus grave est de constater que, en dépit de l’espoir suscité par ses déclarations à l’issue de sa ré élection, le président Obama s’est montré en la circonstance hostile et arrogant – ce qui met fin à cette éventuelle ouverture plus sensible aux problèmes de la planète.

On a pu voir surtout un affrontement d’intérêts nationaux, une absence de volonté politique, l’exacerbation des égoïsmes partisans et nationaux.

La situation est d’autant plus absurde que le montant du budget recherché – 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 … couvre tout juste le prix des dégâts de l’ouragan Sandy aux seuls USA – sans compter le coût de la sécheresse et autres dérèglements. On ne répétera jamais assez que différer les mesures contre le dérèglement climatique coûtera plus cher si l’on attend !

Pour autant cet accord à minima a été passé en force alors que la plupart des représentants africains étaient déjà repartis – billets d’avion, chambres d’hôtels… – et au prix du mécontentement de l’Ukraine, la Biélorussie, le Kazakhstan et la Russie. Cet accord a également mécontenté les USA qui ont mené une vigoureuse campagne vent debout contre cette démarche.

Néanmoins – je cite Le Monde – pour les pays en développement et les émergents, l’enjeu de Doha était avant tout de pérenniser le protocole de Kyoto, seul  traité international contraignant les pays industrialisés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Grâce à l’Union européenne (UE), ils l’ont obtenu.

L’essentiel est l’objectif de réduction des émissions de CO2. Selon le GIEC ce ne sont pas les 10 à 15% correspondant aux engagements des pays signataires qu’il faudrait viser mais autour du double pour avoir une chance de contenir l’élévation de la température moyenne autour de 2°C.

Reste que le calendrier est fixé pour les prochaines étapes :

  • Le prochain rapport du GIEC sera prêt en 2014.
  • Un projet d’accord devra être prêt fin 2014
  • La prochaine conférence se tiendra à Paris en 2015.
  • Elle visera un accord multilatéral contraignant

D’ici là je ne doute pas que nos mouvements écologistes – qui ne se réduisent fort heureusement pas à leurs représentants à l’Assemblée Nationale – auront renforcé leurs arguments et leur mobilisation. Car, comme le souligne Le Monde, quelles est la « réalité » ?

  • les énergies renouvelables bien que de plus en plus concurrentielles, représentent un investissement coûteux, à l’heure du charbon et du gaz bon marché
  • le développement du solaire est l’occasion non d’une coopération mais d’une guerre commerciale entre l’Europe, les Etats-Unis et la Chine.
  • Aucun pays n’est prêt à mettre en péril la compétitivité de son économie en acceptant de négocier des objectifs plus ambitieux
  • les engagements actuels mettent la planète sur la trajectoire d’un réchauffement de 4 degrés
  • ces 4 degrés  « déclencheraient une cascade de changements cataclysmiques », selon la déclaration de la Banque mondiale, le 18 novembre.

Vous le voyez, la France accueillera la réunion  de 2015

En attendant je vous recommande la lecture de deux très bons articles du Monde :

Après Doha, la négociation sur le climat est affaiblie  LE MONDE | 10.12.2012 Par Laurence Caramel
et
Climat : la crise économique a bon dos Le Monde 08/12/2012

A suivre sans découragement et avec détermination!

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Comprendre les causes de cette inefficacité

Nous en serions restés là si, encore une fois, le Bulletin de notre ambassade à Washington, n’avait attiré notre attention sur les travaux de trois chercheurs qui se sont penchés sur les raisons de l’inefficacité de ces conférences. Pires : elles auraient tendance à « limiter plutôt que renforcer » la coopération internationale.

Climat : réformer la gouvernance pour faire avancer les négociations ?

Dans une étude publiée dans Nature Climate Change, H. Schroeder (université d’East Anglia), M. Boykoff (université du Colorado) et L. Spiers (PricewaterhouseCoopers LLP) estiment que l’architecture de ces conférences est « antique » et « injuste. Ils préconisent plusieurs réformes urgentes :

Composition des délégations :

  • Les délégations étatiques ont fortement grossi : 757 représentants pour 170 pays en 1995 à 10 591 personnes pour 194 pays en 2009
  • Sur représentation du G7 et des  émergents (Brésil, Chine, Inde, Mexique,…) au détriment des petits pays en développement vulnérables (Bhutan, Cambodge, Gabon, Maldives, Somalie,…)
  • Les élus au Congrès américain, qui avaient été très présents à Copenhague ne se déplacent plus beaucoup
  • Les pays les plus pauvres malgré l’aide de certaines ONGs, n’ont pas les moyens de se préparer et de suivre l’ensemble des débats
  • « Négociations par l’épuisement »  – de plus en plus de réunions et négociations en parallèle, jusqu’au dernier moment.
  • Bien ou mal, de plus en plus d’acteurs non-étatiques se rendent aux COPs
  • Les décisions par consensus pénalisent les pays les plus pauvres et vulnérables
  • Blocage récurrent des négociations en raison du principe de « responsabilité commune mais différenciée »

Propositions :

  • limiter la taille des délégations
  • permettre une large représentation des gouvernements et de la société civile
  • plus grande place aux acteurs non-étatiques

Les auteurs suggèrent que les négociations et les événements parallèles soient davantage liés pour davantage d’échanges d’idées et leur traduction en politiques innovantes.

Remarque : faut-il (je crois qu’on le doit) voir ici la reconnaissance de la place de plus en plus grande des industriels et des financiers dans ces négociations ?  Il conviendrait de ne pas les laisser là comme ailleurs imposer leur logique qui est précisément à l’origine des problèmes ?

Une autre étude, réalisée par World Resources Institute  en 2011, synthétise de nombreux travaux sur les réformes nécessaires. Elle préconise de développer, de manière complémentaire, différentes approches, dont les approches dites « volontaires » :

  • accords et stratégies multilatérales au sein du Forum des Economies Majeures, du G20
  • stratégies bilatérales
  • initiatives de types partenariats ou coopération, menées par différents acteurs
  • prise en compte des enjeux climatiques dans l’ensemble des domaines, au niveau local, national (au sein de l’ensemble des ministères) et international (Banque Mondiale, OMC, PNUD,…).

Ces approches et recommandations constituent le début d’une réaction à l’impasse des multiples discussions et forums « mondiaux ». Certains points – comme la limitation des délégations et les règles de vote – méritent qu’on les reprenne. D’autres demandent par contre que nous les analysions aussi en termes de risque démocratique et de gouvernance plutocratique que nous ne connaissons que trop.

En tout cas nous tous, simples citoyens ou membres d’organismes environnementalistes, devons là encre nous impliquer dans cette réflexion. Il n’est plus temps de nous en tenir à la critique : le temps de reconstruire est arrivé – et il y a urgence. Ne restons pas à la traîne d’idées dont nous conterons plus tard de dire qu’elles étaient rétrogrades, dangereuse ou tout simplement mauvaises. Le train du futur ne nous réserve que des places de 3e classe, il n’est ni confortable ni rapide – mais nous ne pouvons pas nous permettre de la manquer sous prétexte qu’il n’est pas conforme à nos rêves. Les rêves ne vivront que si nous survivons, souvenons-nous-en.

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