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Le Président, l’écologie « de droite » et le gaz de schistes
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 18/11/2012 – 12:28

Compliqué. D’abord nous n’allons pas faire de politique. Donc nous avons attentivement revisité la conférence de presse que notre Président du 13 novembre. Commençons par là parce qu’il n’y a (presque) rien à dire. Impeccable exercice de style du pouvoir ? Oui, à mon avis. Si l’on se sent l’âme sociale-démocrate même le fond est presque parfait (les sociaux démocrates ont sans doute une âme ).

Certes les options prises par le gouvernement pour redresser les finances, mieux encadrer les banques, aider les entreprises … et ne pas trop aggraver la situation des plus démunis auraient pu se situer un peu plus à droite ou (surtout) un peu plus à gauche du curseur. Nous n’en discuterons pas.

Question de point de vue

Si l’on reste dans une logique de développement conventionnelle les commentaires ne peuvent tomber qu’à la marge de ce discours. Nous ne cessons de le répéter : toute politique organisée autour de la croissance … sera inévitablement un échec, rattrapée par la crise environnementale, par le prix de l’énergie et par la raréfaction des matières premières.

De plus, en effet, ces politiques en France ne peuvent se passer d’un élément paradoxal : l’arme nucléaire – seule supériorité que nous ayons encore face aux autres pays européens – à l’exception il est vrai de l’Angleterre (mais l’Angleterre est-elle encore dans l’Europe ?). Et donc oui : les centrales atomiques sont AUSSI « nécessaire »s à l’intérieur d’un « paquet » nucléaire où la recherche des uns est payée par les clients des autres… Je veux bien que l’argument soit discutable, mais ce qui n’a pas été beaucoup discuté c’est le prix du maintien en état de marche de cette industrie jusqu’en de 2050 et au delà.

Addiction au carbone

Ce qui a fait l’objet d’une pirouette également c’est « l’addiction au carbone » – (« je ne suis addicté à rien » s’est contenté de répondre le Président dans un sourire).

Et bien justement oui, M. le Président, vous êtes – et nous avec vous – addicté à ce point au carbone que cette simple question nous fait seulement sourire. Parce qu’une autre impasse de notre politique, c’est précisément l’accumulation du CO2.

Gaz de schiste

Heureusement, François Hollande est plus catégorique sur les gaz de schistes. C’est « non » tant qu’il s’agira de les exploiter par fracturation. C’est clair et net. Tellement clair venant d’un politicien dont on aurait tord de sous-estimer l’adresse, qu’il est bon de rappeler que le débat change progressivement de nature sur ce sujet. A présent les partisans du GDS n’hésitent pas à reconnaître plusieurs risques. En général ils soulignent un de ces risques pour dire que ce n’est pas si grave parce justement des progrès très significatifs sont en cours.

Je sais : je vous fatigue avec ma propre opposition à cette énergie. Même s’il serait utile d’en rappeler les raisons je vous laisse le soin de revisiter notre site. Je me contenterai donc de vous recommander la lecture de cet article du Monde signé Marie-Béatrice Baudet, Jean-Michel Bezat, Stéphane Foucart et Hervé Kempf.

Autre analyse encore plus objective, s’il se peut, ce mémorandum fourni par notre Ambassade de France à Washington, Mission pour la Science et la Technologie

Il est fondamental en effet de ne pas nous retrancher sur nos seules convictions. Il importe de voir à la fois les avantages de cette énergie, ses inconvénients, les progrès en cours sous la pression des citoyens américains et leurs limites. Au final on ne fera que rajouter du CO2 et des GES - on aura bien du mal à seulement limiter les fuites de méthane bien plus dévastateur pour le climat. Ensuite nos hommes politiques auraient dû remarquer que la superficie de la France n’est pas celle des USA et que la mise en exploitation de milliers de puits équivaudra à la dévastation définitive de nos plus beaux paysages – adieu tourisme, ressource N°1 des devises et première industrie de la notre pays.

Corinne Lepage, un autre centre (ou l’autre centre?)

Bon, on ne va pas insister. Nous allons tendre non pas l’autre joue mais l’autre oreille, celle de droite, à des avis qui devraient être différents des nôtres – et dont vous découvrirez qu’ils sont étonnamment proches (ce dont nous pouvons nous inquiéter ou nous réjouir selon notre penchant).

Pour ma part je me réjouis d’entendre une parole qui, pardonnez-moi, sonne juste, empreinte de bon sens, d’honnêteté et de courage, celle d’une femme, Corinne Lepage interviewée sur France Culture le 15 novembre dernier à écouter sans faute

Je ne commenterai pas afin de ne pas prendre sur votre temps d’écoute – et aussi parce que je ne peux qu’approuver la très grande part de son exposé. Et attention, Messieurs les animateurs des Matins de France Culture : le monde bouge, revoyez vos lunettes et recevez avec un peu plus de courtoisie les annonceurs de ces temps nouveaux. Ou alors c’est de la surdité pour Couturier ?  Et bonne chance à Corinne Lepage pour son projet de nouveau parti … centriste. Centriste mais ferme soutien à Jeremy Rifkin, la troisième révolution industrielle, un parti (ou une femme?) favorable à un développement respectueux de la planète, à la sortie du nucléaire et fermement opposé au GDS à travers un argumentaire particulièrement solide. Favorable aussi au rôle de l’état et hostile aux abus de l’industrie et de la finance.

Je le répète : écoutez Corinne Lepage – vous verrez que nous ne sommes pas seuls à dénoncer aussi la désinformation, prôner le développement prioritaire des ENRs où nous prenons un retard industriel … et en faveur d’un tribunal pénal international. Pardon : c’est de la naïveté politique ? Peut-être. Ou alors ne serait-il pas possible pour une fois de réunir les bonnes volontés au delà des clivages. On peut y rêver… si c’est pour déboucher sur une remise en cause des fausses évidences qui continuent à décider pour nous.

Au fait qui est Corinne Lepage? Fondatrice de la CRIIGEN (vous savez : les rats OGM…) , cofondatrice du MODEM (certes…), avocate des collectivités locales contre l’Amoco Cadix,  puis l’Erica, avocate des collectivités locales et associations qui s’opposent à l’installation des centrales nucléaires en particulier les collectivités locales allemandes et luxembourgeoises à Cattenom, et suisses à Creys-Malville, puis pour la sécurité des travailleurs, elle, ancienne « jupette », appelle à voter Hollande – j’arrête là. On va penser que je roule pour son futur parti. Non, je pose simplement la question : sommes-nous si nombreux et si sages que nous puissions ostraciser ceux qui sans penser comme nous sur tout pensent comme nous sur l’essentiel du changement de paradigme et s’engagent concrètement. Ensuite, oui, vient la politique. Là je n’ai ni conseil ni avis ni expertise. C’est pourquoi je finis comme j’ai commencé : nous n’allons pas faire de politique.

 

 

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