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Les 39 heures, Sandy et Notre Dame des Landes
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 07/11/2012 – 16:26

C’était « avant »… Avant le rapport Gallois. Donc, on y reviendra. Et c’était juste avant aussi la ré élection d’Obama…

Nous, Français, sommes toujours prompts à critiquer nos cousins d’Amérique – ceux-là sont d’incorrigibles idiots, incultes et indécrottables conservateurs. Il est vrai que  l’aveuglement américain face aux risques climatiques est désolant, tout comme le refus des USA de tout accord multilatéral contraignant. Evidemment, nous ne pouvons qu’être excédés par la myopie et l’obscurantisme de l’aile droite des conservateurs américains – comme nous ne pouvons qu’être sidérés par l’emprise de la religion sur l’opinion publique là bas. Les créationnistes se joignent aux Tea Parties pour nous décourager d’essayer de les comprendre.

Hanna Arendt a très bien décrit l’originalité de la démocratie américaine et sa profonde méfiance de l’Etat Fédéral. La révolution américaine n’a pas été la révolution française, de même que la constitution américaine diffère de la nôtre.

Le courage

Alors quand Obama s’étonne qu’aucune question ne lui soit parvenue sur le changement climatique durant sa campagne, nous par contre, ne nous en étonnons pas. En revanche nous pourrions reconnaître que les efforts réels de ce président en direction des énergies renouvelables et de la recherche se sont déployés dans un contexte  profondément hostile : désinformation et lobbies, éducation en perte de repères, individualisme fondamental de la vision américaine de la liberté … Toujours est-il qu’Obama a dû faire face aux  groupes ultra puissants de la banque et des pétroliers (et du charbon) et ce avec d’autant moins de marge de manœuvre qu’il ne disposait pas de la majorité au Sénat et qu’une partie des fonds de sa campagne précédente provenait de quelques-uns uns de ces mêmes groupes d’intérêts.

Alors raison de plus pour saluer la prise de position du maire de New York, Michael Bloomberg, (ex) républicain et milliardaire, en faveur du président sortant avant sa ré élection. Les raisons de ce ralliement sont « les mesures importantes », prises ces quatre années par le président Obama, notamment « pour réduire le bilan carbone ». C’était la meilleure réponse possible à l’ouragan Sandy qui a fait 85 morts aux Etats Unis et 51 à Haïti. Le coût de ce cataclysme pourrait atteindre 50 milliards de dollars – entre nous : 8 fois le prix du projet éolien offshore en Manche. Une comparaison qui donne encore une fois raison aux économistes qui estiment que ne rien faire coûtera bien plus cher que d’agir dès aujourd’hui contre le changement climatique. Et bien sûr il y a les morts. Alors, qu’un milliardaire au faite de sa gloire et de son pouvoir prenne aussi nettement position en faveur du bon sens est tellement inhabituel qu’on est tenté de donner un nom à cette attitude : le courage. Est-ce abusif?

Comme nous sommes très avisés et civilisés, politiquement éveillés, nous trouverons vite les mauvaises raisons de ce ralliement. Alors appliquons aussi notre sagacité à notre propre pays afin d’expliquer tout aussi brillamment les prises de position de notre gouvernement.

Le « non-tabou » déclaré puis le repenti sur les 39 heures

Personne n’est neutre, et la presse de gauche ne l’est pas davantage quand elle « découvre » l’étendue du désastre de la désindustrialisation de la France qui relègue notre taux d’industrialisation en queue de peloton des pays européens. C’est un vrai problème, très profond et très grave. Mais précisément parce qu’il ne s’agit pas de compenser quelques points par rapport aux pays où le travail est moins cher mais bien d’un rapport de 1 à 3 pour le moins, cette polémique sur le temps de travail m’exaspère. Elle m’exaspère d’autant plus que dans ses propres rangs le PS aurait pu demander son avis à Michel Rocard qui préconise, lui, une réduction massive du temps de travail :

« Nous travaillons quelque 38 milliards d’heures en France chaque année. Vu le nombre de chômeurs – près de 2,9 millions – il est urgent de passer à 41 ou 42 milliards d’heures collectivement », relève-t-il. « Mais pour que chacun ait sa place sur le marché du travail, il faut tomber à moins de 35 heures par semaine. Et c’est d’autant plus nécessaire que la durée de vie s’allonge ».

D’ailleurs Michel Rocard a été récemment plus radical encore (32 heures?)…

Nous ne reviendrons pas sur les thèses similaires de Rifkin et Jackson (voir nos articles).

Ce nouveau cafouillage gouvernemental m’a, en ce qui me concerne, convaincu d’une chose : le gouvernement a perdu tout repère. Autant ses mesures fiscales et financières peuvent à la rigueur relever des nécessaires compromis d’un parti au pouvoir, autant les voltes faces et les contre performances communicationnelles permanentes sont l’image, à mon sens, d’un tragique désarroi.

Ce qui nous attend

Ce que j’en arrive à penser n’est plus seulement que ce gouvernement n’ose pas, c’est que ce gouvernement n’a aucune idée de ce qui nous attend.

Ce qui nous attend – autant nous le dire clairement – c’est une réduction générale du nouveau de vie qui va surtout frapper les classes moyennes. Sans tomber dans un gauchisme revanchard, j’ai l’audace de penser que l’on peut rouler dans des véhicules autres que des 4×4 à plus de 40 000 euros, que l’on peut loger une famille dans moins de 200 ou 300 m2, que l’on peut passer ses vacances ailleurs qu’en de lointains hôtels 5 étoiles de l’autre côté de la Terre. Mais ce que l’on ne pourra pas longtemps soutenir, c’est que les revenus des classes moyennes soient à ce point disproportionnés par rapport aux revenus moyens dans la planète (sans parler des inégalités en France).

Ce qui nous attend, c’est que nous, avec 20% de la population mondiale, nous ne pourrons pas durablement disposer de 80% des ressources de cette planète. A quoi bon le répéter ? Souvenons-nous bien que la conclusion de tout ceci se traduit par deux nécessités. D’abord celle de réduire le niveau de vie dans les pays riches pour donner aux pauvres une chance d’accéder à une vie décente. Seconde nécessité : abaisser la production de biens industriels. Or dans le même temps la productivité industrielle augmente dans les pays riches (30% en 10 ans) mais aussi chez les émergents (en Chine, chez Foxcom, 10 000 robots en activité aujourd’hui, 300 000 en 2012, puis un million en 2014). On oublie un peu vite que les robots auront besoin de matière première – alors que des produits aussi courants que le cuivre ou l’étain sont en voie d’épuisement en dépit des progrès du recyclage.

La conclusion qu’en tirent aussi bien Jackson que Rifkin ou Rocard, c’est qu’il faut baisser la production, évidemment. Et conséquence logique compte tenu de la productivité : baisser encore plus rapidement les temps de travail. Cette idée est TOTALEMENT absente des débats sur le sujet tant du côté majorité qu’opposition.

Notre Dame Des Landes

Un autre point révélateur est l’affaire à présent empoisonnée de Notre Dame des Landes (Nantes). L’ancien maire de Nantes, Jean-Marc Ayraud, défend bec et ongles (c’est à dire à coup de matraques, flash ball, gaz lacrymogènes, grenades assourdissantes et bulldozers) « son » « idée » d’aéroport.

Bien sûr on a tôt fait d’évoquer la logique du « pas dans mon jardin ». Mais quand je dis « son » idée c’est qu’une autre idée ne peut nous échapper : celle des intérêts des grands bâtisseurs, dont Vinci. Et quand je mets « idée » entre guillemets c’est que la justification de ce projet relève d’un monde ancien, avec le développement d’un tourisme économique. Gageons que justement les classes moyennes dont nous parlons auront d’autant plus de mal à y recourir que le prix des carburants (et même leur disponibilité) laisse présager des tarifs qui ne feront plus rêver. Si d’autre part la logique de priorités « hédonistes » (au sens dévoyé du terme) et l’égoïsme des pays riches se prolonge, il ne faudra pas s’étonner non plus que les destinations « de rêve » se retrouvent sur la liste rouge des pays à risque avec attentats et guerres civiles à la clé.

Pas que bêtes et méchants

Mais pour revenir à nos dirigeants, je ne fais pas partie de ceux qui les croient dépourvus d’intelligence. Ils ont suivi les meilleures écoles de la République, ils son entourés des meilleurs spécialistes, conseillés et épaulés. Alors pourquoi ? Nous, simples citoyens, nous qui ne disposons ni du même niveau d’instruction ni des mêmes conditions d’information et de réflexion, sommes-nous donc victimes de notre ignorance, de notre bêtise ? Il ne manque malheureusement pas d’esprits tout aussi brillants et éduqués que nos dirigeants pour partager nos points de vue (par exemple cette lettre ouverte du camarade de promo du Président, Patrick Warin) – sans oublier bien sûr Stéphane Hessel.

Je me refuse à ne voir qu’égoïsme et cynisme partout chez nos politiciens.

C’est peut-être que ce monde du pouvoir les propulse dans un univers tellement éloigné de nous qu’il finit par être éloigné de tout, de la Terre, de la Nature, de la sagesse, surtout.

Certains pensent que l’opinion publique, une fois éveillée, ramènera ses dirigeants à la raison (car c’est bien de raison qu’il s’agit). D’autres attendent que les conséquences désastreuses de ces politiques réveillent les consciences. D’autres enfin (ou les mêmes) pensent que l’information et l’éducation seront le contre-poison absolu. Chacun se bat et se débat dans ses doutes, ses contradictions, mais si les grands personnages qui nous dirigent avaient la perspective d’être un jour passibles de crimes contre l’humanité pour avoir pris des décisions calamiteuses (ou n’en avoir pris aucune), peut-être commenceraient-ils à agir avec davantage d’audace. Les maires de nos villages sont soumis à des responsabilités bien plus grandes alors que leurs erreurs pèsent bien moins que celles des chefs d’état, non ?

En définitive, la démocratie, le respect de tous les citoyens, le souci du long terme, l’amour de la nature et celui des hommes sont un socle suffisant pour que nous prenions tous ensemble des chemins plus solidaires et raisonnables. Ou alors nous finirons au cimetière des éléphants et non pas dans ceux que nous venons peut-être de fleurir au 1er novembre en songeant que nos anciens nous avaient décidément transmis un monde encore « durable ». Sommes-nous sûrs de faire de même pour nos enfants?

 

 

Une Reponse »

  1. Le président Obama pouvait-il ignorer cela:http://www.citizen.org/pressroom/pressroomredirect.cfm?ID=3734
    Je pense qu’il n’a pas osé aborder ce problème en raison des énormes campagnes climato-sceptiques menées par les lobbies des énergies sâles et des think-tanks ultra-libéraux associés, qui ont réussi, pour l’instant, à zombifier une bonne partie du peuple américain.

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