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Création monétaire et BCE – La vision d’ATTAC
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 01/09/2012 – 14:01

Poursuivons notre transcription des débats de l’Université d’Eté  ATTAC susceptibles ( ?) de nous éclairer (si possible) sur les arcanes de la monnaie.

1 – Dominique Pilhon : « Introduction » …

Ecouter ici

Qui crée la monnaie, qu’est-ce que la monnaie, comment est-elle créée, pour quoi et pour qui, quelle est la situation actuelle (privatisation de la monnaie) ?

Pour l’essentiel la monnaie est créée par les banques commerciales – en France 8 banques principales. Les banques centrales ont pour fonction de refinancer les banques. Le SEBC et la BCE constituent un fédéralisme financier.

Nous utilisons deux types de monnaies :

  • Scripturale (nos comptes en banque, dépôts bancaires)
  • Fiduciaire : gérée par la BCE – les billets et les pièces

L’essentiel de la création de la monnaie correspond aux crédits, créances, dettes qui circulent de compte à compte.

Les banques ne peuvent pas créer de la monnaie à l’infini. En fait, les crédits sont motivés par des dépenses, la création monétaire est dite « endogène ». Cependant les banques se sont approprié cette possibilité de création monétaire pour financer des opérations dangereuses et socialement contestables. Elles prêtent à des fonds spéculatifs des sommes considérables au détriment de l’appareil productif et des particuliers alors que c’est l’état qui devrait détenir le privilège de la création monétaire.

Fin des années 70, début 80, en France, nous étions dans une situation particulière : le trésor public contrôlait une grande partie de la création monétaire (environs 50%). La Poste était un compte spécial et les fonctionnaires étaient payés directement sur leur compte postal – ce qui donnait à l’état une grande indépendance par rapport aux banques. Il existait aussi la Caisse des dépôts et consignations (actuellement partiellement privatisée), la CAEC – caisse de financement des collectivités locales devenue DEXIA, le Crédit Foncier, le Crédit National (pour les entreprises). Ces organismes appliquaient des taux d’intérêt bonifiés, l’état prenant à sa charge l’écart avec le taux du marché. Les effets ne furent pas que positifs – sur-endettement des agriculteurs par exemple.

Ce circuit a constitué un élément moteur dans la reconstruction de la France après guerre.  A présent on a tout privatisé : CAEC devient DEXIA, les PTT sont devenues La Poste qui est train de devenir la Banque Postale en dépit d’un référendum.

La stratégie de privatisation a permis aux banques capitalistes de s’arroger la création monétaire et le crédit. Dé privatiser la monnaie permettrait de revenir à un système qui s’était révélé extrêmement efficace auparavant.

L’inflation

Les banques et la BCE créent beaucoup de monnaie et on est pourtant menacés par une déflation. Les prix chutent  (mais pas pour l’énergie et pas pour l’alimentaire). C’est qu’il existe une autre forme d’inflation : celle du prix des actifs – l’immobilier, les actifs boursiers. Cette inflation est alimentée par ces prêts que les banques accordent de façon excessive vers ces types d’actifs sans que les autorités monétaires interviennent pour les réguler. Il est vrai que dans le même temps la concurrence internationale tire vers le bas les prix de nombreux produits.

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 2 –Esther Jeffers  (et Dominique Pilhon) Rôle des banques centrales

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Un des rôles de la banque centrale à partir des années 70  a été de surveiller la stabilité monétaire avec une BCE  indépendante des états de façon à limiter le risque de création monétaire – l’inflation étant  contraire aux intérêts du capital financier car érodant la rente financière. Ce mandat est aussi celui de la FED mais celle-ci a en plus pour mission de veiller à la croissance et l’emploi. La BCE se cantonne essentiellement une politique monétaire conventionnelle – taux directeurs, crédits, taux de change alors que des politiques « non conventionnelles son largement appliquées par la FED et Banque d’Angleterre.

Il existe  3 types de politiques non conventionnelles.

  • L’assouplissement quantitatif. – QE ou Quantititative Easing par exemple quand la BCE rachète directement des titres sur les marchés financiers.  La FED a acheté massivement au trésor américain.
  • Le credit easing – assouplissement du crédit par rachat sur le marché des titres de crédit privés et des obligations.
  • Les anticipations. La banque centrale annonce ce qu’elle va faire et comment elle va le faire suffisamment en avance pour influencer les marchés.

La BCE comme stipulé dans les traités ne peut pas soutenir les états. Néanmoins, depuis peu, elle rachète des titres sur le marché secondaire (déjà été émis et qui circulent entre les mains des investisseurs). Elle fait de l’open market – prend des titres et cède en échange des liquidités. Ou bien elle émet des appels d’offre et les banques peuvent emprunter auprès de la BCE  à des taux réduits de très long terme pour des montants qui récemment ont été de  1000  milliards et on arrive à des durées de 3 ans.

Bien que les capacités d’émission de la BCE soient en théorie illimitées, on fait pression pour brider ses interventions alors qu’en Angleterre ou aux USA les banques centrales rachètent des titres de la dette des états sur le marché primaire en vue de faire baisser le taux d’intérêt. C’est ce qu’on se refuse à faire en Europe. Le rachat sur le marché secondaire a constitué une « entorse » insuffisante : il faudrait racheter sur le marché primaire.

Les taux d’intérêt négatifs

Les sommes injectées par la BCE en direction des banques ne sont pas toutes redistribuées aux emprunteurs. Une partie est re prêtée par les banques aux banques centrales ! Celles-ci sont légitimées à appliquer des « frais de garde ». C’est une façon d’obliger les banques à prêter l’argent qui leur a été attribué.

Avec la crise on voit apparaître deux situations. Des pays comme l’Espagne vont très mal. En comparaison, la France a pu emprunter à des taux négatifs. On propose aux banques un  prix (par exemple 80) pour une dette de 100 qui leur sera remboursée au bout d’un temps 100 en comptant les intérêts. C’est comme si les investisseurs payaient l’état pour leur prêter de l’argent. Ils pensent en effet que la situation de la France est moins risquée que celle des autres pays car l’état français est très bien organisé et son rendement fiscal est très efficace. C’est au contraire parce que la Grèce est très mal organisée qu’elle a du mal à emprunter.

Bulles spéculatives

En temps normal la création monétaire est au final compensée par la destruction monétaire quand les prêts sont remboursés. Les banques centrales contrôlent le marché inter bancaire.  Quand il y a trop de liquidités les taux baissent et la banque centrale enlève de la liquidité – et inversement. La banque centrale assure alors seulement ce rôle de régulation de la liquidité. En échange de bons du trésor, les banques reçoivent des fonds (refinancement – prêts).

Contrairement aux affirmations des monétaristes la création monétaire ne crée pas forcément d’inflation. Entre 1990 et 2000 l’inflation était très faible avec une croissance relativement bonne et une création monétaire qui explosait. On parle d’une période de «la  grande modération ».  C’est seulement quand cette création va sur les marchés financiers que peut se déclencher l’inflation en détournant la monnaie vers les actifs – bulle immobilière.  Ce qui devrait être pris en considération en termes de stabilité ne devrait donc pas se limiter aux prix mais tenir compte du prix des actifs.

Le climat d’inquiétude actuel se traduit par la tentation d’investir les capitaux non pas là où ils sont nécessaires mais là où le risque semble moindre – notamment aux USA. Dans ce jeu deux catégories d’acteurs interviennent : les banques et les états.

En période de crise les banques peuvent perdre leurs fonds propres. Il ne s’agit plus alors de prêter mais de redonner des fonds propres. C’est ce qu’ont fait les Anglais, les Américains – et pas tellement la France. Ce n’est ni la BCE ni les actionnaires, c’est l’état qui re capitalise. L’état anglais a nationalisé ses banques principales en achetant leur capital, ce qui permet l’intervention d’administrateurs nommés par l’état. Nous n’avons pas fait cela.

Le « Comité de Bâle » de supervision des banques est chargé du respect des règles de fonds propres. Ce dispositif présente l’inconvénient de pousser les banques vers un capitalisme de plus en plus sauvage – rendements élevés pour inciter les actionnaires à alimenter les fonds propres. Il serait préférable de parler de réserves obligatoires sur les crédits (et non sur les dépôts) en modulant ce taux en fonction de la destination des prêts (production ou spéculation) et en fonction du pays. Cette politique beaucoup plus sélective impliquerait de revenir sur l’indépendance de la BCE.

Séparation des banques commerciales et des banques de dépôt

Le sauvetage des banques en France s’est fait par l’état sans contrepartie (manque à gagner pour l’état dû à l’écart entre le taux accordé et les taux du marché). S’il est légitime d’éviter l’écroulement du système, il l’est moins de garantir l’activité spéculative. C’est que le modèle de la banque universelle inspiré par le système allemand aboutit à des groupes financiers d’une taille telle qu’il leur confère une puissance de lobbying capable d’intervenir sur les décisions politiques. C’est donc un enjeu démocratique.

Un lien très utile si l’on souhaite en savoir plus sur le fonctionnement interne des banques l’enquête effectuée sous forme d’un questionnaire adressé aux principales banques par ATTAC et les Amis de la Terre. Les réponses ont permis d’établir un rapport final très précis… et instructif (parlez-en avec votre banquier…).

Voilà encore beaucoup de travail pour chacun de nous et certains de nos lecteurs vont objecter qu’il ne sert à rien d’essayer de comprendre le système actuel qu’il faut simplement renverser et remplacer. Nous verrons (nous ne sommes pas au bout de nos peines) que – outre le fait d’un rapport de force défavorable – nous ne pourrons pas plus ignorer les lois de la monnaie et de l’économie que ne l’avaient fait les économistes de l’ex URSS. Nous voyons bien que la régulation du système dans un sens plus équitable est possible mais aussi que la monnaie peut nous aider à construire ce monde différent. Le monde du troc n’est pas plus juste et pas plus stable que la monnaie qui permet précisément dans une certaine mesure d’agir sur l’avenir (voir les ouvrages de Jacques Sapir). Ce sujet, pardonnez-moi, est loin d’être clos.

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Une Reponse »

  1. […] connaissez Dominique Pilhon ? Vous l’avez croisé sur ce site.  Dominique Pillon, est président du comité scientifique d’Attac, membre des Économistes […]

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