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Collegium International : Bernard Miyet
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 30/07/2012 – 17:27

Pour faire suie à notre article précédent sur le Collegium International et sa publication du  livre « Le monde n’a plus de temps à perdre » nous nous étions promis de nous retrouver autour de l’article de Bernard Miyet : « Décennie 80 : le démantèlement de la gouvernance mondiale. Un rapide coup d’œil sur la biographie de Bernard Miyet pourrait atténuer notre enthousiasme pour son article (affaire SACEM) mais l’intérêt de ses écrits me semble pouvoir dépasser cette péripétie … salariale.

Cet énarque de 66 ans peut se prévaloir d’une carrière diplomatique et d’une expérience internationale : Direction à l’ONU 1976 à 1979, Consul général à Los Angeles en 1986, représentant permanent de la France à Genève de 1991 à 1993 notamment.

Dans le chapitre qui lui a été confié dans le livre collectif que nous citons, Bernard Miyet s’interroge d’abord sur l’ampleur et la persistance de la crise financière. Livrer banquiers et spéculateurs à la vindicte de l’opinion ne suffit pas. Encore une fois se trouve dénoncée ici la vision friedmaniène de l’école de Chicago qui a déclenché une phénoménale création de « fausse monnaie », laquelle s’est emballée avec la généralisation des robots algorithmiques et les bulles spéculatives qui s’en sont suivies. Cette doxa a gagné les milieux politiques souvent peu familiers avec la finance et a été puissamment relayée par les media dans un climat de déresponsabilisation découlant du recours généralisé à l’assurance des risques – titrisation ou CDS. Il en est résulté un renchérissement du crédit et finalement ce sont les contribuables qui ont dû régler la facture des défauts de paiement. Pendant ce temps comme on le sait financiers et multinationales ont organisé la planète en vue d’un double objectif : le profit immédiat et la puissance maximale. Dans ces conditions la création spéculative a pris le pas sur la création de produits.

Les media n’ont fait que suivre ces théories d’autant plus docilement qu’ils sont pour une grande part détenus par les mêmes milieux d’affaires.

Nous connaissons bien les règles de ce jeu : libéralisation généralisée des échanges, remise en cause de toutes les réglementations  « antiéconomiques »,  liberté totale de la circulation des capitaux, prévalence absolue du respect de la concurrence, mise à l’index des institutions internationales « dépassées, incompétentes et renégates. »

La marginalisation du système onusien

Toutes les tentatives de réforme suite à la Charte de 1974 relative au nouvel ordre économique international ont échoué du fait de l’opposition des pays riches. Pour échapper à l’ONU les pays de l’OCDE sont parvenus à marginaliser la CNUCED  et le dialogue Nord-sud fut un échec. La CNUCED n’a pu concrétiser ses ambitions – comme fixer les droits et obligations des multinationales au moyen d’un code de conduite. Stéphane Hessel, ambassadeur auprès de l’ONU, confie en 1979 à Bernard Miyet la réalisation de deux projets dans ce cadre : transfert de technologies et droit de la concurrence. Concrètement : stabiliser les cours des matières premières cause de l’endettement des pays sous-développés. Les pays occidentaux ne tardèrent pas à briser ce cercle de travail. Par contre ils ont favorisé des instituions moins dérangeantes comme le FMI, le GATT, la Banque Mondiale, le PNUD, l’UNICEF ou le PAM – dirigés depuis l’origine par les USA pour échapper à la CNUCED devenue « incontrôlable ».

Cette opération s’est récemment heurtée à la montée en puissance des BRICS. De ce choix résulte la dégradation de la coopération internationale : crises financières à répétition, désindustrialisation massive, déséquilibres commerciaux, dégradation de l’environnement, flux migratoires incontrôlés, dettes publiques et privées, épuisement et pression sur les prix des matières premières, constitution de monopoles et d’oligopoles.

A titre personnel j’objecterai qu’il est un peu rapide de parler de désindustrialisation en même temps que de l’épuisement des ressources – il faudrait préciser les zones touchées car au fond la consommation a bien continué de croître fortement comme on le sait – mais dans un climat d’inégalités croissantes, de déclassement et de paupérisation.

Une fois l’ONU marginalisée, et pour dépasser le cadre trop étroit de l’OCDE, de nouvelles instances des « maîtres du monde » ont été mises en place hors de toute démocratie comme le G20.

Entre 1980 et 1990 les ambitions émancipatrices et civilisatrices des diplomates se sont réduites à affronter les conséquences d’une décennie perdue. Désormais les media ne parlaient plus que l’action des ONG d’un côté et des inquiétudes des occidentaux face aux multiples crises : on parlait plus de développer les pays du Sud.

La finance folle et débridée

Le FMI porte la responsabilité des politiques d’ajustements structurels brutaux imposés aux pays du Sud. L’Europe a favorisé l’adoption du Code de libéralisation des mouvements de capitaux pour l’OCDE qui a ouvert le marché financier du court terme contrairement aux règles de Bretton Woods et même à la doctrine du FMI. Ce fut ensuite Clinton qui abrogea en 1999 le Glass-Steagall Act de 1933 (séparation des activités bancaires de dépôt et des activités d’investissement). On peut y voir la manifestation de l’intrication des pouvoirs politiques et financiers américains. *

Malgré les efforts de la France, le FMI n’a pu jouer aucun rôle d’encadrement. Ce rôle a dès lors été dévolu aux agences de notation qui jugent mais ne sont pas responsables de leur jugement car elles relèvent du régime des media. A ce titre leurs avis (et notations) sont considérés comme de simples informations : les agences sont invulnérables. Pendant ce temps les USA et le Royaume Uni régissent en grande partie les mécanismes du marché et ne sont prêts à céder ce rôle à personne – et surtout pas à une instance onusienne. Les paradis fiscaux font le reste.

Qui va payer ?

Libre mouvement des capitaux et maximisation des profits à court terme se traduisent par une lourde casse industrielle et sociale. La création artificielle de monnaie déconnectée de la production de biens matériels explique l’explosion de des prix immobiliers – comment résister à une plus-value de 10% par an ?

Le prix à payer va être lourd et durable pour les classes moyennes.  Les hommes politiques sont pour leur part souvent trop préoccupés en vue de se réserver un recyclage dans les conseils d’administration des multinationales pour s’attaquer vraiment aux origines de cette crise. Il leur reste la possibilité de dénoncer les « fraudeurs «  de la Sécurité Sociale…

Seule l’ONU pourrait revendiquer une légitimité face à ces questions –  et c’est précisément là que les dirigeants occidentaux s’opposent à lui donner ce rôle. En attendant, les réactions au fil de l’eau sans vision stratégique tentent de colmater les brèches. Il serait temps pourtant de faire preuve de courage, d’ambition et de solidarité.

 Conclusion

Encore une fois, rien que nous ne sachions déjà. Il reste à espérer que de hauts fonctionnaires comme Bernard Miyet qui se trouvent à présent beaucoup plus proches du pouvoir conservent leur détermination généreuse et visionnaire. Nous avons vu par le passé beaucoup de ces esprits brillants se dissoudre dans le confort de positions politiques. Encore une fois aussi la dénonciation ne suffit pas. A vrai dire c’est pied à pied que ces batailles se jouent à présent que l’intérêt général a perdu tellement de terrain : nous en sommes réduits à nous battre dans un champ de ruine – mais des ruines d’une incroyable complexité. C’est en quoi le rappel du mécanisme finalement assez fruste qui a déclenché ce cataclysme reste plus que jamais nécessaire et, espérons-le, fécond.

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