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Faut-il sauver l’industrie automobile française ?
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 08/07/2012 – 16:41

D’abord, tout va mal, toujours, pour l’automobile. Puis tout va bien à nouveau – et puis mal. Peugeot est dans la tourmente avec une baisse de 13% pour les ventes du premier semestre et des bruits de prise de participation de l’état. Pourra-t-on sauver Aulnay-sous-Bois ? Certains pensent que Peugeot n’a même pas assez d’argent pour fermer cette usine… Renault est un peu  moins à la peine. La production mondiale aurait fléchi de 13% sur 6  mois  et PSA en a particulièrement souffert (embargo sur l’Iran oblige). Mais d’autres évaluations annoncent une progression mondiale de 5.7% pour 2012 (qui crie « au loup ! » ?).

Quand on sait que 80% de la valeur ajoutée vient de la recherche et développement il ne faut pas trop s’étonner de voir les sites de production délaissés. Sans la pression des syndicats les délocalisations de production (déjà considérables, pensez à Dacia) seraient encore plus massives.

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Délocalisations ?

Bien sûr cette industrie perd régulièrement des emplois en France. Préférez-vous rapatrier les chaînes de montage de Tanger en France – et inviter ces braves marocains (ou roumains ou turcs) à immigrer pour travailler en France ? Ah ben c’est que ceux-là on n’en veut pas trop ici…

Bref, non seulement l’information est rare, parcellaire et peu claire sur cette industrie qui emploie tout de même 600 000 personnes en France (emplois directs et indirects) mais encore nous nageons dans les contradictions.

Deux vérités s’imposent quand on y réfléchit un tant soit peu. D’une part le marché mondial est immense. La Chine ne souhaite pas tant importer des vélos que construire sur place des voitures de luxe comme la Citroën DS9. D’autre part les pays émergents se bousculent sur des chaînes de montage locales pour au moins assembler sinon bientôt concevoir des modèles low cost. Faut-il s’affliger à ce point de voir ces pays prendre leur destinée en main, fournir du travail à leur population ? Ou préfère-t-on laisser les jeunes sans avenir et désespérés rejoindre les rangs d’Al-Qaïda, ?

Ceci dit bien sûr une baisse massive d’effectifs productifs est à craindre sur notre territoire – ce n’est pas le seul secteur concerné.

Essayons non de donner des leçons ou de nous hisser au-dessus des analystes professionnels (lesquels n’ont souvent de remarquable que la souplesse de leur retournement en direction du vent) : essayons d’y voir un peu clair. Essayons en tout cas de rester cohérents. Nous ne pouvons pas à la fois prôner sobriété et décroissance et dans le même temps nous insurger contre les régressions de notre propre pouvoir d’achat – la sobriété porte aussi le nom de rigueur, d’augmentation des axes et impôts, de réduction du pouvoir d’achat.

Masochiste ? Hé bien non ! Je préfèrerais serrer un peu sur mes dépenses mais vivre dans un monde meilleur avec plus d’espoir et de sérénité. A condition que les plus démunis ne soient pas éjectés du train de vie minimum et décent – ce qui est bien le danger.

Soutien

Combien nous a coûté le soutien à l’automobile ? Un milliard pour la seule prime à casse de 2008 à 2010, près de 8 milliards d’aide au total sous le gouvernement précédent. Si on ajoute à présent les 2 milliards nécessaires à Peugeot, c’est à peu près le coût du parc éolien offshore de 3 GW au large des côtes bretonnes.

Par rapport à l’automobile, les énergies nouvelles ont plusieurs avantages. Elles sont d’abord 10 fois plus mobilisatrices de main d’œuvre que les énergies fossiles. Une main d’œuvre peu délocalisable. Ensuite, contrairement aux voitures, elles ne polluent pas une fois mises en service, et elles apportent une économie à l’importation de ressources énergétiques.

Autre caractéristique : les temps d’installation sont courts – notamment pour le solaire. Ah mais là on importe des panneaux chinois. A qui la faute ?

Retournent ?

Est-ce à dire qu’il faut abandonner l’automobile ou profit de ces nouvelles industries vertes? Ce n’est pas à l’à peine repenti de la bagnole que je suis que vous ferez dire cela. D’abord on ne transforme pas d’un coup de marteau piqueur magique une usine de voitures en usine de panneaux solaires ou d’éoliennes. Ensuite on l’a vu : la recherche et le développement dans ce secteur automobile sont une richesse qui débouche non seulement sur des marchés mais aussi sur des solutions qui freineront les émissions de CO2 (voitures hybrides ou électriques). Il n’est plus à démontrer par ailleurs que la création et la recherche dans un domaine aussi complexe requièrent une masse critique (importante) de production nationale. Certes l’automobile aujourd’hui est emblématique de nos contradictions : véhicules quasi monstrueux, surpuissants et voraces d’un côté, puis des compactes d’une sophistication et d’un coût stratosphériques, puis des voitures low cost initialement prévues pour le tiers monde mais qui sont une aubaine pour les classes moyennes inférieures et pour les blasés de l’auto. De plus le jour où le consommateur s’éveillera, il faudra pouvoir lui proposer des véhicules entièrement novateurs, probablement électriques ou tout au moins hybrides – d’une complexité qui laisse encore beaucoup d’eau à courir pour nos bureaux d’études. Il serait naïf de croire que les BE chinois paieront beaucoup moins cher que nous leurs ingénieurs dans un proche avenir – ce qui nous laisse une chance raisonnable de survie.

Il y a plusieurs façons d’envisager l’avenir de l’automobile – et l’une des plus intéressantes est peut-être celle de Rifkin qui en fait l’un des 5 piliers d’une révolution industrielle. Comment vivre sans l’auto ? Comment résoudre aussi à la fois l’expansion démographique et l’architecture de villes tentaculaires ?

C’est la vie…

Derrière tout cela il y a des usines, des équipes, des hommes et des femmes plongés dans l’incertitude et la crainte de la précarité. C’est la vie. Mais comme dit le poète la vie n’a pas le même goût vue par en dessus ou par en dessous. Il y a une certaine différence. Dans mon enfance on enfermait des pigeons vivants dans des boites blindées d’où n’émergeai que la tête du pauvre volatile. Le jeu alors consistait à abattre la bestiole sur les fêtes foraines à l’aide de carabines approximatives qui donnaient pour un temps quelques chances à l’animal. Pour lui, c’était une sorte de loterie. Un peu comme le banquier qui transforme son activité en en super casino où il se ménage, lui, toutes les chances de gagner. C’est normal : c’est lui qui possède la carabine. Il peut perdre, aussi. Mais pas autant que le pigeon. Depuis 1929, il meurt rarement – le pigeon presque toujours. Alors certains « pigeons » ne supportent plus la tension et les pressions sur leur travail. Ils se suicident bêtement – c’est un peu regrettable pour la fête. Nous en reparlerons…

Que faire ?

Toujours est-il que la « réforme » du système productif est inévitable. Le tout est qu’elle devrait s’effectuer dans ce fameux climat de flex-sécurité. De cela on ne parle pas. On ne parle pas non plus de l’impossibilité du plein emploi et on n’appelle pas un chat un chat avec les projets sur la CSG et autre « progrès » de l’équilibre. L’équilibre à trouver c’est celui qui nous permettrait de monétariser les conditions sociales et le respect des droits de l’homme lorsque nous ouvrons nos frontières – oui : « protectionnisme ». Pour cela il faudrait être forts – pour cela nos bombes atomiques ne nous servent à rien (et nous coûtent une fortune avant le cas échéant de nous coûter la survie de l’espèce humaine). Pour l’instant l’équilibre à trouver reste celui de faire accepter aux 10% les plus aisés l’effort en faveur des victimes les plus fragiles de ces bouleversements. Encore faudrait-il deux conditions. D’abord la transparence et l’efficience de cette distribution, ensuite la construction d’un récit qui obtienne une adhésion très large autour d’un projet non pas budgétaire mais civilisationnel. Problème : si l’on va sur cette voie, on perd les prochaines élections faute des 10% du haut. Autre problème : si l’on n’y va pas, on les perd aussi à cause des 10% du bas.. A vous de choisir, chers élus. Vous avez les mains aussi libres que possible dans le meilleur système démocratique disponible. On peut aussi réunir les 10% du haut et du bas avec le « marais »  dans une solution que tout le monde comprendrait : la force suicidaire.

On vous rappelle que certains fous d’en bas se disent qu’un revenu inconditionnel universel aurait le mérite de nous permettre de redéployer nos activités avec cette introuvable « souplesse » dont on nous rebat les oreilles. Irréaliste ? Et vos solutions, sont-elles réalistes ? Oui, tant qu’elles n’existent pas…. Autrement il vous faudra repenser le sens du travail, inventer une nouvelle finance, renverser le cours d’une histoire absurde – être des hommes, en somme. On pourrait croire que certains d’entre vous en rêvent, parfois. On pourrait… On verra. Vite. Bon courage à ceux-là.

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2 Reponses »

  1. C’est une excellente analyse.
    Le côté positif de l’affaire est que s’il n’y a plus d’industrie automobile ici, le passage à d’autres productions sera peut-être facilité. Sinon, il faudra bien trouver une autre organisation sociale pour faire vivre les familles. La production locale d’énergie partagée, le développement du maraîchage périurbain, sous forme de coopératives authentiques, pourraient être des pistes. D’ailleurs nous avons un ministre de l’économie sociale: c’est lui qui devrait monter au créneau pour commencer l’écriture d’un nouveau « récit »!

  2. [...] http://dtwin.org/WordDD/2012/07/08/faut-il-sauver-lindustrie-automobile-francaise/comment-page-1/#co… [...]

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