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Les énergies vertes de Bretagne
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 03/07/2012 – 14:03

Le 22 juin 2012, le « Magazine de la rédaction » de France Culture invitait Joël Spaës, rédacteur en chef de la Lettre « Enerpresse », spécialiste des énergies vertes et Pierre Radanne, ancien président de l’ADEME (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) à propos des énergies vertes.

Le sujet portait en priorité sur le région Bretagne. Reportage de Jean-Marc Chardon. A écouter ici

Dès la présentation je suis désolé de constater une accroche sensationnaliste qui ne favorisera pas une vision claire. A quoi bon parler des craintes de marchandisation de la nature à propos des éoliennes ? Notre très modeste site dans un article récent commençait au moins par faire le départ entre les industries de l’énergie verte et les spéculations sur les services rendus par la nature – abeilles, forêts, etc.

Ensuite viennent les attentes en termes d’emplois – en rappelant au passage que le solaire a perdu entre 7 et 10 000 postes de travail en 1 an (1/4 de ses effectifs).

Principales données du projet offshore Bretagne

 

On retiendra pour le projet offshore : 10 milliards d’euros pour 3 GW installés – on compte alors environ l’équivalent de 2 réacteurs nucléaires. De l’ordre de 600 éoliennes si on généralise le type évoqué pour St Brieux) : un engin de 5 MW reposant sur des fondations en treillis métallique de 50m, avec un mat de 90m, un rotor de135m de diamètre.

Le positionnement de l’offshore au large de la Bretagne semble à priori judicieux puisque cette région importe 90% de son électricité – mais ‘est évidemment le gisement de vents qui a aussi présidé à ce choix. Il faut écouter attentivement ce qui est dit de l’organisation industrielle qui sera en charge de ce projet pour bien comprendre ce qu’on entend par économie verte quand il s’agir d’un projet concret.- notamment pour les PMEs.

Craintes des pêcheurs

A partir de là, les craintes pêcheurs. Mais de combien de pêcheurs parle-t-on, et leur bilan écologique justifie-t-il leurs objections ?

A voir…Ce serait un autre débat mais encore faudrait-il distinguer la pêche côtière (200 à 250 bateaux de petite taille) et ne pas la confondre avec les flottes dévastatrices de type « Super U » en butte aux dénonciations de Greenpeace ! En tout cas cette concertation est en cours.

Elargissement

Au delà du champ d’éoliennes, c’est aussi l’élargissement de ces compétences en direction par exemple de l’hydrolien. Les retombées sont aussi pour les ports qui recevront les installations de montage et de maintenance.

Dans le débat, les chiffres son encore une fois nébuleux. Un chiffrage grossier ? Je dirais de l’ordre de 30 000 emplois au maximum : ce n’est pas ainsi que va se résoudre la question du chômage. Notez que cette évaluation toute personnelle rejoint celle du syndicat des énergies renouvelables qui parle pour l’ensemble éolien offshore plus hydrolien  pour le France entière de 36 000 emplois. Et 20 000 emplois supplémentaires pour l’éolien terrestre. Certes les prolongements sont évoqués de façon qualitative dans l’émission – et à juste titre. Et c’est bien de développement qu’il s’agit et c’est une bonne nouvelle. Cependant l’emploi de demain sera nouveau, redéployé – mais encore il restera rare. Certains n’en annoncent pas moins 60 millions d’emplois dans le monde pour les énergies renouvelables. Pas complètement délirant si l’on pense que la France représente 0.7% des 9 milliards d’individus sur le planète en 2050 et même avant…

L’émission déplore à juste titre la politique de stop and go par exemple sur le solaire. Le solaire qui est considéré avec condescendance dans bon nombre de milieux mériterait une analyse un peu plus approfondie.

Marchandisation ?

La fin de l’émission s’oriente sur la « marchandisation de la nature », l’autre volet de l’économie verte.

De fait l’économie ne s’intéresse aujourd’hui qu’à l’activité de l’homme. Elle exclue la nature : le travail des abeilles n’est pas comptabilisé dans le PIB. De même les pollutions ne sont pas comptées en quelque sorte en négatif. D’où une extension souhaitable des analyses comptables. Se posent alors de nouvelles questions comme la brevetabilité du vivant avec des risques d’accaparement des biens communs par les entreprises.

La présence aussi importante des multinationales au sommet de Rio n’est pas le fait du hasard et l’ONU compte sur des services privés pour faire progresser le verdissement de l’économie. Pierre Radanne considère pour sa part que cette situation résulte du fait que « le XXIe siècle est le contraire du XXe siècle ». Au cours du siècle dernier le prix des ressources n’a cassé de baisser. Les entreprises qui veulent survivre dans le XXIe siècle s’intéressent donc (comme nous l’avons exposé ici d’autres fois) aux nouvelles règles et contraintes (dont la démographie et l’épuisement des ressources bon marché).

Au final même les observateurs les plus « optimistes » comme Pierre Rabanne déplorent que le texte d’accord de Rio soit un mauvais texte qui « ne comprend pas le XXIe siècle ». Ni la mondialisation ni la crise financière ne sont traitées. Cependant il met en évidence l’obligation de gérer tous ensemble le développement durable sur cette Planète qui est unique et que nous habitons tous ensemble.

Ces dernières considérations feront que j’arrête ici mon billet étant donné que je prévois de le prolonger ce volet de la marchandisation… nous en reparlerons.

Un dernier mot pourtant. Nous manquons terriblement de simplicité – je le reconnais pour moi-même. Nous ne sommes que l’ombre des adolescents que nous aurions pu être.  D’un côté nous continuons à jouer avec les Mécanos enrichis de tous les atouts de la science moderne et dans le même temps nous avons oublié ces autres adolescents qui s’émerveillaient de la chaleur de l’été, du parfum des prés, du ressac des vagues e de la fragilité des falaises. C’est pourquoi nous ravalons les mots qui devraient simplement dénoncer cette course contre nature, contre la nature. C’est à cette contradiction que nous renvoie (avec une sophistication qu’il qualifie de simpliste) Serge Moscovici dans son livre « de la nature » paru en 2002. De cela aussi – de cela surtout – il nous faudra reparler.

Classement  

3 Reponses »

  1. En Bretagne, sur la Côte de Granit Rose , il est possible de découvrir d’anciens moulins à marée, avec encore une partie de leur appareillage qui servait à moudre le blé. A proximité un vrai moulin à vent…à l’arrêt depuis longtemps. De quasi-musées du bon sens!Tout cela montre que jadis on savait utiliser des énergies locales adaptées et à échelle modeste. Le gigantisme d’installations nouvelles est-il lié à la culture des deux premières révolutions industrielles? N’est-il pas possible de s’appuyer davantage sur le diffus et le local? C’est ce que suggère Jeremy Rifkin, dans la Troisième Révolution Industrielle.

  2. Je suis d’accord avec Jean-Michel… Ainsi le projet d’implantation d’un immense parc d’éoliennes sur les monts de Lacaune (Tarn) qui va largement amputer divers aspects de la vie locale: tourisme vert, agriculture et surtout déforestation qui permettait aux habitants de se chauffer !! Une association « Vent de la colère » tente de modérer ces énormes investissements d’où il ressort que l’électricité produite ne profiterait nullement à la région… A suivre

  3. Un très bon dossier sur laDépêche http://www.ladepeche.fr/article/2009/04/23/596390-la-carte-des-futures-eoliennes.html
    Les arguments contre ces implantations ? Le déboisement évoqué par ML Coquelet n’est évident sur la carte que pour l’un des 5 sites (Cuq-Servies). La nouvelle loi qui impose des projets groupés et approuvés qui a freiné l’éolien mais elle comporte des volets de protection des sites et du voisinage.
    Je ne dispose pas de tous les élément mais seulement celui-ci : nous sommes tellement en retard pour la lutte contre le CO2 que l’implantation de champs éoliens est incontournable. Ensuite il y a l’effet « pas dans mon jardin ». Lais dans mon jardin il y a le changement climatiques et la disparition de bio diversité. Nous ne devons pas tout accepter mais nous ne sommes plus en mesure de tout refuser.
    Le gigantisme est un problème : raison de plus, aussi, de réclamer des générateurs répartis et une organisation « latérale » que défend Rifkin.
    Désolé mais même si c’est pas beau (question subjective) , il n’y a pas de risque d’explosion nucléaire avec les éoliennes. Quand à l’impact sur le tourisme il n’est pas prouvé, alors que celui des redevances l’est. S’il n’y en avait pas les opposants ne pourraient pas dénoncer l’avidité des communes.
    Ne nous trompons pas de combat : celui du stockage de l’énergie, de la filière hydrogène, des réseaux intelligents – est bien plus urgent. Et personne n,’en parle en France. Il est plus tard que vous ne croyez sur l’horloge de la bombe à retardement. Lorsqu’elle aura explosé, cette fois il n’y aura plus du tout de tourisme – et plus d’arbres. Alors oui, tant pis : cassons quelques oeufs pour faire cette omelette énergétique qui ne peut plus attendre.
    PS : L’Aveyron et ses hauts plateaux est un des pays que j’aime le plus (et que je connais bien). N’empêche…

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