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Economie verte
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 24/06/2012 – 14:06

Bon, çà se complique….

IDH

Le site Actu-Environnement nous présente ici  les travaux de la commission environnement des Nations Unies sur le PIB et ses substituts.
Jusque là tout va bien, d’autant que la France se situe en assez bonne position (14ième position pour le PIB par habitant, en 9ième place pour l’IDH et en 3ième place pour l’indice de richesse globale par habitant).

Mais,me direz-vous avec les Pieds Nickelés : « Kézako » ? Patience. On vous explique : l’IDH est l’indice de développement humain. Là c’est simple, non ?  Je recommence : on tient compte de l’espérance de vie, de l’éducation et du niveau de vie en parité de pouvoir d’achat. Ce qui donne quelque chose comme ceci (en gros : que du bonheur).

Poursuivons : IWI

A présent le PNUD édite un nouvel indice : indice de richesse globale (inclusive wealth index, en anglais). L’objectif est de tenir compte aussi de l’évolution du capital naturel, c’est-à-dire des ressources renouvelables et non renouvelables.

Alors là… J’avoue : 268 pages en anglais (protégées afin de rendre la traduction plus laborieuse sans doute). Jean Gadrey d’Alternatives économiques propose sur son blog une analyse très acerbe de cet indice. Le document original est accessible sur ce lien.

Pour ma part je vois surtout les limites de mes capacités – ne serait-ce qu’en terme de temps – et celles de la mobilisation des Amis de La Croissance Autrement (il ne faut pas abuser de ses amis!).

Alors ?

D’après moi ces questions rejoignent les interrogations que nous inspirent (si l’on peut dire) les résultats de Rio+20. D’une part « une grande déception » – mais qu’espérions-nous ? D’autre part : RIEN. Et c’est bien la question. Rien comme s’il ne se passait rien. Rien comme s’il n’y avait rien à voir et – surtout – rien à faire. Rien comme si nous ne n’y pouvions rien.

Et certes nous n’y pourrons rien tant que nous nous laisserons gagner de vitesse par les changements que nous ne percevons pas. Car un changement fondamental est en train de se produire : la main mise économique sur l’écologie. L’économie verte était plus que présente à Rio – en tout cas bien plus que les peuples et que leurs représentants officiels. Les multinationales les moins angéliques étaient là avec des moyens considérables et une visibilité de premier plan. Pourquoi ?

Pourquoi, d’abord, sous-estimons-nous systématiquement les grandes entreprises - et j’allais ajouter « et les banques » mais là je ne suis pas sûr que le raisonnement tienne ?

Pourquoi imaginer que les responsables des compagnies pétrolières et ceux de l’agrobusiness sont aveugles au point d’ignorer l’évolution des ressources et des menaces sur l’environnement ? Pourquoi les imaginer systématiquement dans un sadisme dévastateur ? Ah oui : le court terme.. Hé bien le court-terme nous en avons parlé encore récemment sur ce blog, et le moyen-terme des grands commence à ressembler furieusement à notre court-terme.

Donc, d’une part, les grandes multinationales s’intéressent à présent à tous les projets d’équipement en énergie verte, par exemple. Et pourquoi pas ?

Simplement les choses vont beaucoup plus loin et tout le monde s’y perd, tout le monde perd pied lorsqu’on commence à monétariser la nature. Et c’est bien ce qu’est en train de faire l’ONU. Le résultat sur des opérations comme la taxe carbone et autres échanges de « services » naturels – comme les zones humides ou la bio-diversité des forêts – est loin d’être convaincant : les émissions de CO2 continuent à augmenter et la bio-diversité est en chute libre.

Faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Pourtant, non, Mr Gadrey, je ne crois pas qu’il soit bon de jeter le bébé avec l’eau du bain. Et ce pour deux séries de raisons. La première c’est l’intérêt de disposer des données détaillées qui ont permis à l’ONU d’établir son nouvel indice. Cette fois je vous laisse consulter le document cité … à partir de la page 291 (vous voyez : vous gagnez du temps!). Il n’est pas vain de prendre conscience des ressources humaines et matérielles (minerais, forêts, agriculture) mais aussi des handicaps (CO2, perte de biodiversité, aspects négatifs de l’activité) par pays. Ensuite il n’est pas question d’aller déjeuner avec le Diable au bout de notre modeste cuillère mais il n’est plus possible non plus de nous contenter d’anathèmes. Que nous le voulions ou non la financiarisation généralisée est en cours et la première chose à faire me paraît consister à reprendre à notre compte les armes et les stratégies de ceux qui prétendent résoudre à leur profit d’optimistes enfumeurs l’équation du devenir le plus immédiat. Quitte à redresser le thermomètre quand il le faudra.

Nous devons encore fois suivre l’opiniâtre et modeste voie tracée en son temps par Jaurès : faire l’apprentissage des mécanismes du pouvoir avant de nous trouver en position de l’exercer – ou en tout cas d’exercer une pression efficace sur lui. En ce sens il faudra parfois en passer par les chiffres et la valorisation du vivant, qui n’est pas de notre fait mais qui existe.

Enfin…C’est mon avis. Et c’est beaucoup de travail. C’est même beaucoup de travail sur notre blog car les nouvelles se bousculent autour du sens de cette économie verte. La première remarque que je ferai consistera encore une fois à séparer le réel du virtuel – comme pour les banques, au fond. Oui la mise en place de moyens de production massive d’énergie verte représente des usines, des équipes, des projets et des réalisations de terrain. Rien ne sera parfait, ce sera coûteux et probablement chaotique parfois – et capitalistique -, mais ce sera réel, avec des hommes, des emplois, moins de pollution, plus d’espoir et, disons-le, un développement. C’est ce que je ne crois pas pouvoir confondre avec ces contorsions extravagantes qui consistent à mettre un prix sur chaque insecte, chaque plante dans la forêt équatoriale ou dans l’Afrique profonde, en chiffrant par exemple la notion de « service » pour les papillons, les moustiques ou les rhinocéros.

Conclure ?

Seulement voilà : ceci est vite dit sur le ton de la polémique, de « l’indignation » comme il est devenu courant de le décrire. Mais pour aller au bout de ce raisonnement, c’est bien notre rapport à la Nature avec un grand N que nous questionnons. Et là Serge Moscovici en appelle à Ellul et Illich (Arendt n’est pas loin) pour nous rappeler que nous sommes sortis de l’innocence, que nous avons omis de penser ce rapport en continuant à le concevoir comme au XIXe siècle sur le modèle de la domination de la nature par l’homme. Bref, la question se pose de la « profondeur » de cette écologie. Serons-nous nombreux à nous poser ces questions avec les Colibris et autres Pierre Rabhi ? Comment articuler ces projets pharaoniques de champs éoliens et de centrales solaires géantes avec la décroissance que nous n’évoquons qu’à contre-cœur ?

Caminando se hace el camino, écrivait Antonio Machado. Le chemin se fait en marchant. Ce dont il faut être conscients, c’est que le chemin se fait, que le monde ne cesse de bouger. A l’intérieur de ce monde nouveau, de nouveaux devoirs nous attendent, dont celui de comprendre où il va, celui aussi de le dire et de nous poser la question du sens de ce chemin. Et ce n’est pas le plus simple. C’est pourquoi nous en reparlerons très bientôt … quitte à fréquenter la novlangue de l’écologie financiarisée s’il le faut !

P.S. Croyez-vous que je sois moins scandalisé que vous par l’apparente stérilité de Rio? Détrompez-vous : je préfère seulement ne pas en parler (la colère n’est pas toujours bonne conseillère).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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