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L’espoir oublié de l’éducation populaire (A. Legay)
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 30/04/2012 – 18:22

« L’on me fera l’objection que face aux difficultés de l’exclusion et de l’extrémisme, je veuille utiliser l’histoire pour faire revivre une mystique républicaine et laïque de l’après guerre. Que cette démarche ne peut-être en adéquation avec le mouvement social car nous sommes dans une période d’extension ayant ces caractéristiques propres ! Et l’on dira, que l’éducation populaire n’échappe pas à cette complexité. C’est justement pour cela que je confirme m’appuyer sur l’histoire, pour parvenir avec d’autres à un enthousiasme ouvert et hédoniste, autre que mécanique et technique. »
Armand Legay, Docteur en sociologie Risques et Innovation
 Le 28 mars 1998

Nous sommes nombreux à nous inquiéter sur  l’école et l’éducation en général, ses difficultés et ses impasses, la violence et la déréliction dans certains quartiers. Faut-il se satisfaire des promesses de reconstitution de ce qui a été défait au cours de 5 années passées, suffit-il de ré embaucher 60 000 enseignants ?

« Pas si mal » ou syndrôme de la grenouille?

D’un côté, contrairement à ce que nous pensons parfois, 80% des élèves se déclarent plutôt satisfaits de l’école. En 30 ans la proportion de bacheliers est passée de 25% à près de 66%. La proportion d’élèves sans diplôme a régulièrement baissé depuis  40 ans, passant de près de 50% à 5 à 7%.

Certes cette baisse a cessé et l’objectif de 100% de diplômés semble inaccessible.  Bien sûr de fortes disparités géographiques se font jour à l’intérieur de cette moyenne. Il est vrai aussi que les quartiers difficiles sont surtout des quartiers difficiles pour l’école. Mais cinq ans d’un régime acharné à démontrer l’inefficacité et les carences de toutes les structures étatiques ont peut-être surexposé ces difficultés  au détriment de la reconnaissance du travail accompli – lequel n’est évidemment pas parfait. Surtout, l’ascenseur social de l’école est anémique depuis longtemps.

Un vide socio-culturel à haut risque

Plus préoccupant est pour nous le vote à 26% des jeunes en faveur du FN. Au-delà de l’école c’est la question de l’éducation citoyenne qui est posée. Qui se souvient de l’espoir porté par l’éducation populaire ? Notre ami Armand Legay nous rappelle avec son  document en lien le projet du CNR et l’œuvre de Jean Guéhenno pour ”mettre fin à l’avilissement, à l’exploitation d’une jeunesse par la mécanique de l’enthousiasme si chère à Vichy”.

 Qu’en  reste-t-il ? En dépit de bonnes intentions, les modes d’animation actuels dans les quartiers de banlieue – et des banlieues des banlieues – n’ont souvent qu’un aspect occupationnel ou uniquement sportif, et leur volet préventif est assez peu convainquant.

« Il ne faudrait pas moins d’un nouveau Ferry » écrivait Jean Guéhenno en 1962  – que ne dirait-il pas aujourd’hui !

 Armand Legay retrace avec émotion l’histoire de ces centres d’éducation populaire qui devaient contribuer à la formation de l’homme et du citoyen. Manque de moyens ou d’ambition, ils ont été subordonnés à la direction des sports, « comme si c’était à la tête de suivre et aux bras et aux jambes à commander ». On aboutit seulement à réglementer la vie des mouvements de jeunesse confessionnels et politiques.

L’école devait dès lors assurer seule la charge de l’éducation citoyenne. Plus tard, la loi sur la formation permanente de 1971 va « noyer dans un consommable jetable la pseudo adéquation du salariat au monde dit moderne ». » Le viol des foules à demi cultivées peut recommencer ».

On renonce alors à  une animation Socioculturelle – et sanitaire -  fille de l’Education populaire, de l’Instruction publique de Condorcet, du Mutuelliste, du Coopératisme, du Syndicalisme, de l’Action sociale chrétienne. Armand Legay voit ce renoncement (mais aussi l’intrusion du travail temporaire) coïncider avec le renforcement  la délinquance et la désintégration des familles.

 C’est Geneviève de Gaulle qui affirme : « il s’agit de prendre conscience qu’humainement, que socialement, il n’est plus possible de laisser des gens à la traîne sur le bas côté de la route du progrès. Cela appelle une véritable révolution sociale pour un meilleur partage des richesses matérielles et culturelles”.

 Ces parole ne rejoignent-elle pas notre soutien  en faveur d’une refonte radicale de l’aide sociale (projet d’allocation universelle) et d’une redistribution des richesses (réforme fiscale) ? Nos visiteurs fidèles se retrouveront  en terre connue.

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