Banner
Allocation universelle : Philippe Van Parijs
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 26/04/2012 – 22:19

Je n’ai jamais réclamé à l’ami qui me l’avait emprunté il y a 15 ans  « Qu’est-ce qu’une société juste ? »  de PVP – surtout je n’ai pas eu le courage de  racheter ce pavé … et encore moins celui de le lire !

Alors il y a des séances de rattrapage. Désolé, mesdames, vous ne verrez pas le bel Einthoven  « live » mais nous pouvons retrouver son dialogue avec Philippe Van Parijs.
Alors que l’on continue à s’interroger sur l’idée d’un revenu inconditionnel, il convient de revenir aux sources. On pourra lire   « L’allocation universelle », coécrit avec Yannick Vanderborght (difficile à trouver – épuisé) et « Ethique économique et sociale ». Ces questions sont d’autant plus brûlantes que le désespoir des classes défavorisées et l’injustice des situations d’exclusion se sont traduites comme on l’a vu lors du premier tour des présidentielles. (Click ci dessous pour la suite…)

__________________________________________________________________________

Notes d’écoute

Existe-t- il une étique économique ?

Il existe une tension entre les termes. Une entreprise qui applique une éthique n’est-elle pas menacée de disparition au profit de concurrents moins scrupuleux ? La solution passe par une inflexion de nos institutions pour  que les valeurs auxquelles nous sommes attachés soient respectées par les acteurs économiques. Notons « hors enregistrement » que Platon se posait déjà cette question de savoir si l’absence d’éthique ne serait pas plus profitable que son contraire…

EXPOSE   : 3 approches classiques sur ce sujet : libertarisme, libéralisme, libéralisme égalitaire

Le libertarisme : « une société juste est une société libre » – c’est la pensée néo libérale. La liberté fondamentale de chacun ne peut être remise en question par l’intérêt collectif.
Il y a liberté de choix  souveraine, droit individuel absolu sur soi-même et sur des objets extérieurs à partir d’une appropriation originelle de la terre.
 Cette conception purement formelle de la liberté inclue le droit de faire quelque chose sans en avoir la capacité et les ressources. Un seul individu pourrait ainsi concentrer dans ses mains l’ensemble des biens au détriment de tous les autres réduits alors à l’esclavage.

Le libéralisme  implique ressources et capacités requises pour exercer ses droits.

Aux origines : John Locke (1632-1704) : « Dieu qui a donné aux hommes la terre en commun leur a donné aussi la raison. Bien que les bêtes et les fruits de la nature soient donnés en commun, il faut que qu’une personne s’en approprie une part pour en tirer avantage. »  Cette pensée a inspiré le « libertarisme de gauche ».

La conservation de la vie peut venir borner ce droit à la propriété. On peut s’approprier les biens de la nature mais il faut en laisser « suffisamment et d’assez bonne qualité » à la disposition de la collectivité. 
Locke a ainsi inspiré – avec Fourrier – une première idée de l’allocation universelle.
En effet, à partir du moment où une grande partie de la terre est déjà dans les mains des possédants, cela donne droit pour tous les autres à une compensation, un revenu faute de possession. Comment définir et répartir ce « bien » ? Faut-il se limiter à ce qui est nécessaire à la conservation de la vie ?  Nous sommes tellement nombreux sur la terre qu’il devient inimaginable pour un nouvel « appropriateur » de laisser « assez et de l’assez bon » pour tous les autres – mais la liberté des uns est néanmoins limitée par celle des autres. D’où des règles de distribution et d’acquisition de la propriété. Cependant le droit de propriété ne suffit pas pour les plus démunis. Comment dès lors répartir une liberté réelle ? C’est ce que propose le libéralisme égalitaire de John Rawls (1921-1971).

Le libéralisme égalitaire

Nous nous nous reconnaissons dans une communauté d’hommes et femmes libres et égaux. En découlent des principes de justice,  des institutions qui traduisent cette égale liberté, la  distribution équitable des biens premiers naturels – impartiale par rapport à la « vie bonne » choisie par chacun et impartiale aussi par rapport aux intérêts de chacun.

Comme nous n’avons pas reçu que la terre en héritage. Nous avons reçu la technologie, l’électricité, le développement effectué par les générations précédentes et il convient de mieux répartir aussi cet ensemble d’héritages

Le débat

 Ne risque-t-on pas de pénaliser ceux qui travaillent ? Ce serait plutôt le contraire. Par exemple on a vu que supprimer les allocations familiales aux couples aisés revient  à taxer le travail des mères de famille qui seront souvent encouragées à ne pas reprendre une activité. La taxation c’est en effet aussi ce qui est retiré pour chaque euro supplémentaire gagné !

Faut-il distinguer justice et morale ? La morale est une conception de la « vie bonne » mais la justice doit respecter la diversité personnelle de cette vie.  La morale ne s’oppose pas à ce que l’on rémunère par exemple l’activité essentielle qui consiste à avoir et à  élever des enfants. Il doit y avoir d’autres choix possibles pour chacun. Ainsi pour les retraites : liberté de se former, de se » recycler »,  de changer de métier – de travailler ou non plus longtemps suivant ses choix personnels. Le problème actuel est davantage le départ anticipé massif de beaucoup de personnes exclues du système de production.

Démotivation ?

Comment concilier l’allocation universelle et inconditionnelle sans contre partie et l’incitation à travailler ? Le RMI offre un filet dont on a du mal à sortir. L’AU incite au contraire à travailler car tout salaire vient s’ajouter lui aussi inconditionnellement au revenu disponible sans diminution de l’AU.

Universalité de l’allocation ? Cette universalité s’entend pour tous les membres de la société au même titre et périmètre que le suffrage universel. A quelle échelle ? Une petite échelle donne beaucoup de cohérence mais avec un risque de déséquilibre, d’immigration-émigration. Même si le niveau national est le plus facile à envisager, un élargissement au niveau européen devra intervenir dès que possible – avec dans un premier temps des spécificités de pouvoir d’achat sans égalité en terme absolu.

Quel rapport entre justice et communauté politique ?

Il conviendra de dépasser une solidarité étroitement associée à la communauté politique. C’est ainsi que  pour partager la capacité d’absorption du CO2, l’idée consiste à vendre au plus offrant le droit à polluer. Les plus riches – les plus pollueurs – vont payer davantage. Les sommes seront redistribuées d’une manière égale entre tous les membres de l’espèce humaine. 

L’idée présentée par PVP reste équitable au sens de Locke. Même si elle se traduisait par une taxation importante de la Chine et de l’inde, cette mesure n’impacterait pas significativement leur développent : ramenée à une somme par individu, cette taxe resterait faible. Au niveau de ces nations, elle serait incitative pour la modernisation écologique. On paierait le vrai prix des décisions économiques.

Quelle contrepartie pour les « pauvres » ? 

PVP répond : « Et vous, accepteriez-vous l’emploi dont on parle là » (emploi pénible et peu qualifié) ? Evidemment non. Donc cela donne une petite marge de négociation aux plus pauvres. Il faudra payer davantage ces emplois ou améliorer les conditions de travail. L’AU ne constitue donc pas seulement une redistribution de revenu : c’est une redistribution de pouvoir entre les plus riches, les plus éduqués – et les plus démunis.

L’allocation universelle, sous toutes ses variantes et ses appellations, continue à nous surprendre, nous interroger. Nous avons beaucoup de mal à nous libérer de l’idée que c’est le travail qui justifie nos revenus, directement. Pourtant nous assistons impassibles à la distribution de salaires monstrueusement inégaux – et nous pouvons légitimement douter que ceux qui atteignent les plus hauts revenus travaillent 200 ou 300 fois plus que les ouvriers sans qualification.

 Encore une fois cette conception « saugrenue » n’est pas seulement idéaliste : elle constitue un premier pas essentiel vers un monde moins injuste et plus apaisé – peut être une dernière chance, qui sait, avant l’orage ? Peu à peu, il faudra nous y faire. A moins que nous préférions les grands soirs à l’issue indécise … 

Laisser un commentaire