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Revenu d’existence
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 18/04/2012 – 17:25

Autrement dit :

Dividende territorial : Joseph Charlier, Belgique, 1894.
State bonus : Dennis Milner, Royaume-Uni, 1918.
National Dividend : C.H. Douglas, Royaume-Uni, 1932.
Basisinkomen : Jan Tinbergen, Pays-Bas, 1934.
Social dividend : George D.H. Cole, Royaume-Uni, 1935.
Basic income : George D.H. Cole, Royaume-Uni, 1953.
Demogrant : James Tobin, États-Unis, 1967.
Borgerløn : Niels Meyer et al., Danemark, 1978.
Allocation universelle : Collectif Charles Fourier, Belgique, 1984.
Bürgergeld : Joachim Mitschke, Allemagne, 1985.
Reddito di cittadinanza : CGIL, Italie, 1988.
Revenu d’existence : Henri Guitton, France, 1988.
Dividende universel : Christine Boutin, France, 2003.

Rappel utile : présentation générale (excusez la pub du début) sur ce lien 

A propos des journées sur le revenu d’existence à Toulouse les 13 et 14 avril 2012-04-14 Organisation : Alternatives Humanistes
Programme :
Carole Fabre – Histoire d’une métamorphose
Patrick Viveret Un revenu d’existence pour une nouveau pacte social
Ricardo Petralla  Un revenu d’existence pour Europe Sociale
Frédéric Bosqué :  les Groupes pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence
comme réponse de la société Civile

Nous n’évoquerons que quelques unes des grandes lignes des idées exprimées. L’objectif est moins une restitution de cette (très longue) rencontre que d’évoquer l’enchaînement des idées, l’apport de nouveaux éclairages.
On nous pardonnera aussi (ou pas ?) d’éviter la redite de la critique du système actuel avec ses effets d’exclusion, de misère et de stress – cette critique est utile mais notre objectif est plutôt ici la recherche de solutions.

Il ne sera pas facile de limiter le format de ce billet. Difficile aussi de résister à l’envie que nous a donné ce colloque d’approfondir la question du RE…. Alors, pardon pour la longueur… et merci pour le temps que vous nous accordez !

Commençons par citer Philippe Van Parijs :

« Pour certains, l’allocation universelle constitue un remède décisif à de nombreux fléaux, à commencer par la pauvreté et le chômage. Pour d’autres, elle n’est qu’une absurde chimère, économiquement impraticable et éthiquement répugnante. Mais qu’on incline à la défendre ou à la pourfendre, la nécessité d’y réfléchir s’impose désormais à quiconque s’efforce de repenser en profondeur les fonctions de l’État social face à la « crise »  […], à quiconque nourrit l’ambition d’offrir une alternative radicale et novatrice au néolibéralisme. »

 (voir le livre en ligne « L’allocation Universelle » de Yannick Vanderborght et Philippe Van Parijs sur ce lien. Ce document très complet retrace l’historique et les débats sur ce sujet.

 Ne nous leurrons pas : le contexte pour penser à de vraies réformes sociales ne peut être pire. Les financiers prennent d’ores et déjà position : l’après élection en France est là. Il faudra payer les fonctionnaires, emprunter dès le mois de septembre. Certains voient la France comme la prochaine cible de la tourmente de l’euro.

Carole Fabre a présenté ce projet comme la lente éclosion d’une idée – une chrysalide d’idée. Son exposé reprenait l’essentiel des thèmes développés dans le cadre de TEDx Bordeaux.

   

Utile rappel des articles 2 et 25 des droits de l’homme – « libres et égaux » mais aussi « un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être, celui de sa famille… »  . Que ferions-nous avec cette assurance ? La liberté ! Se libérer du travail c’est aussi se libérer pour le travail. Impossible ? En Namibie l’expérience prouve le contraire, redonne leur dignité et leur dynamisme aux habitants. C’est le FMI qui a stoppé cette initiative alors que les économistes la jugent possible. Des applications sont en place au Brésil et en Alaska. En Allemagne une pétition nationale dans ce sens a recueilli 120 000 signatures ; le SPD songe à l’inscrire dans son programme politique.

 Le RE est aussi une réponse à la finitude du monde (nous en avons souvent parlé). Il est temps d’admettre que le plein emploi et le lien entre travail et revenus sont rompus sous le triple effet de la productivité, de la mécanisation et de la démographie. D’ailleurs le travail ce sont aussi les multiples activités bénévole et solidaires – qui échappent déjà au salariat et qui existent pourtant.

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Patrick Viveret s’est brillamment exprimé sur la base de sources que nous citerons ici en vue d’explorer une logique libérée du … libéralisme. Avec cette intervention, c’est tout un pan de la pensée sociologique que nous sommes amenés à revisiter et – rassurez –vous – ce billet n’y suffira pas.

Pour comprendre Patrick Viveret il n’est pas inutile de l’écouter d’abord (il faut encore une fois… du temps) sur la question du « bien vivre » qui relie crise financière, crise économique, crise écologique et crise sociale mondiale (cliquez sur l’image). Cette conférence est assez proche de l’intervention de Toulouse.

Il rappelle que pour Keynes en 1929 il s’agissait de changer le mode de répartition des revenus et de parier sur l’injection de pouvoir d’achat. Bien que nous ne soyons plus dans une économie en croissance rapide, la question ne doit plus être posée en termes de rareté de l’offre.

Entre temps le monde a changé. Nous sommes passés d’une économie nationale à une économie mondiale, d’une économie de la production et de la main d’œuvre à une économie de la connaissance et de la communication « pollinisatrice ».

La valeur ne se crée plus sur des pôles isolés : elle requiert à présent que les idées et les savoirs circulent de pôle en pôle, s’enrichissent de ces contacts, de ces compétences multiples. C’est aussi pourquoi on ne peut imaginer qu’un pays fonctionne sans cette fluidité. C’est en quoi les associations ont un rôle central : sans elles, plus d’échanges, plus de contact – et le pays ne peut plus vivre.

 

Deux options « alternatives » sont proposées : (voir lien : un article de Mejed HAMZAOUI)
 

 1 – Une économie plurielle et solidaire : pas de petits boulots ou de secteur réservé aux chômeurs mais hybridation entre l’économie privée, publique et associative et non monétaire :

  • “ tiers secteur” (A.Lipietz, G. Aznar), “économie quaternaire” (J-M. Ferry, R. Sue), “économie solidaire”(B. Eme, J-L. Laville)
  • économie informelle” (S. Latouche), “économie d’insertion”,
  • “nouvelle économie sociale” (J. Defourny, J-L. Monzon Campos, Rifkin,)

2 – Dissocier le revenu par rapport au travail sur une base individuelle et sans condition de revenus, de situation matrimoniale et sociale + dérégulation du travail. Plusieurs variantes : inconditionnalité forte (IFO) ou faible (IFA).

  • Précurseurs : Thomas More (1516) à Thomas Paine (1796), Charles Fourier (XIXe siècle)
  • allocation universelle (Jean-Marc Ferry et Philippe Van Parijs) – IFO
  • revenu de citoyenneté (Alain Caillé et Ahmet Insel) IFA
  • revenu d’existence inconditionnel (Yolan Bresson, Anthony Atkinson),
  • impôt négatif (Milton Friedman)
  • ou encore social dividend (James Meade).

.

 Le revenu d’existence peut être considéré comme un droit d’accès à l’héritage commun de notre civilisation. Les richesses accumulées, qu’elles soient matérielles ou emmagasinées en savoir et savoir-faire, et que nous recevons sans aucun effort des générations antérieures, définissent pour chacun un droit égal pour y accéder. Contrairement à la vision de Harribey que nous citons, ces richesses sont aussi un flux et pas seulement un stock (par exemple le savoir-faire agricole ou le savoir mathématique appliqué).

La question qui se pose est celle de la fin ou non du travail. La réponse ébauchée lors de colloque penche pour l’évolution du travail vers une participation active à la société – que ce soit par un emploi productif ou par des actions de lien et de solidarité.

Contrairement à ce qu’avançait JM Harribey en 1990 le travail productif est en recul constant et les aspects « non productifs » se développent (santé, éducation, culture) sans toujours faire l’objet d’une rétribution. Ce recul du travail productif est logique et salutaire dans un monde aux ressources finies et ce développement du social l’est aussi afin de surmonter les tensions du monde moderne – importance des associations, notamment pour la vigilance environnementale et la solidarité. La pleine activité doit alors remplacer le plein emploi.

 Il est bon d’examiner en parallèle les apports d’un revenu d’existence inconditionnel et les écueils qu’il renferme. Obnubilés par la dette publique et par la logique économique, il faut raison garde sur ce terrain économique : actuellement les deux tiers des revenus sont des revenus de redistribution. D’autre part l’injustice actuelle donne lieu à des marges et aménagements suffisamment puissants pour alimenter le RE.

L’argument principal en faveur du RE est la restauration de l’estime de soi. La générosité de la mesure, la libération de l’angoisse de l’exclusion et de la misère ne doivent pas nous cacher plusieurs risques. Le premier – quoi qu’on en ait dit et entendu lors de ce colloque – est la démotivation pour le travail. Mais le second tient au sentiment d’exclusion. Les individus dont le revenu proviendrait uniquement du RE se sentiront-ils partie prenante de la société ? Ne resteront-ils pas des exclus, des sous citoyens ?

En fin de compte, ce qui justifie, outre les considérations éthiques de justice sociale, le revenu d’existence aux yeux de ses partisans, c’est le recul du travail dans la production de richesses et de valeur.

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L’intervention du politologue et économiste italien Riccardo Petrella se situe dans l’esprit qu’on retrouve par exemple sur ces vidéos  (on peut commencer à t=6 mn). Ne vous privez pas du charme et de l’éloquence de cet extraordinaire orateur !

Petrella est un opposant déterminé à la marchandisation de la vie, à sa technologisation.

Il rappelle pourtant ce formidable progrès qu’a représenté le lien du travail et du revenu – la fin de l’esclavage. Et on est allé plus loin avec une utopie totale : les congés payés. Et puis la fiscalisation du travail a aussi représenté au départ un grand progrès : elle a put créer un trésor commun.

Mais le travail est alors devenu cher parce qu’il payait les biens communs. La fin de la gratuité de ces biens – à commencer par l’eau mais en extension permanente – a eu pour conséquence la nécessité de dégager les ressources individuelles correspondantes. Evidemment l’intérêt est le profit qu’on peut en tirer. Donc on a dégradé le travail en faveur du capital.

Il en va de même de la monnaie. La monnaie présente deux caractéristiques : c’est un moyen d’échange mais aussi de réserve. La mondialisation s’est traduite par la dénationalisation de la monnaie, puis la désétatisation.

Cet enchaînement fait de nous des « redondants », des « en trop ». Mais le capitalisme procède aussi à son propre suicide en marchandisant la monnaie elle-même – ce qui met fin à sa fonction de réserve.

Il faut réinventer le capitalisme, car le capitalisme est mort – ce qui le rend d’autant plus violent et arrogant. Il faut remettre en œuvre la gratuité. La vie est un bien commun et vivre ensemble est la raison d’une souveraineté nationale co-responsable avec le reste du monde.

Dans ce monde, nous développons l’idée d’une sécurité individualisée et du pouvoir d’achat individuel : « il ne faut pas compter sur les autres ». Le monde est un grand théâtre à conquérir pour assurer la sécurité énergétique et alimentaire des pays riches. La sécurité collective passe alors par la puissance par la souveraine des états garants de cette sécurité.

Mais ce monde a vécu. Il s’agit à présent de lutter contre l’enrichissement inégal – source unique de la pauvreté dans le monde : « on ne naît pas pauvre, on le devient ».

Depuis 1973 la crise financière a remis en question le monde ancien. Un monde plus juste est-il né? Non!  On ne le peut pas … parce qu’on ne le veut pas. On est ainsi passé de l’objectif d’éradication de la pauvreté (1974) à celui, pour 2015, de la « réduction » de moitié de la pauvreté. C’est la démonstration éclatante de l’échec du système. Les dominants ont abdiqué. 38 000 milliards de dollars ont été affectés aux banques … alors que 1800 milliards sur 10 ans auraient été en mesure d’éliminer la pauvreté, donner l’accès à l’eau potable et à un minima nutritionnel à tous.

Même si nous débordons du cadre strict de la conférence de Toulouse, écoutons ce que dit Petrella (mn 43) sur les nouveaux objectifs de RIO+20. Ne nous leurrons pas : le mot d’ordre sera : « comment diminuer l’impact anthropique de l’activité économique tout en continuant à créer de la richesse pour les détenteurs de capitaux ?». Comment ? En monétisant le vivant. On ne fait que renforcer l’idée que la planète est un ensemble de ressources – naturelles, artificielles et humaines – que l’on peut exploiter de manière prédatrice.

Dans les solutions défendues par R. Petrella il y la pénalisation des lois qui ajoutent de la pauvreté (comme les droits exorbitants d’entrée aux universités, la privatisation de l’eau, etc.). Et c’est dans cette perspective que se situe aussi le revenu d’existence – et aussi les monnaies alternatives.

Ou alors, il faut nous résigner à l’évolution qu’on nous promet …

 

 

4 Reponses »

  1. Bravo pour cet excellent travail d’information!
    La question implicite est comment faire évoluer le système économique, comment le DIPULTER!

  2. Je pense que la question est là réellement posée de notre devenir IMMEDIAT et urgent car on voit bien à quel point tout se complexifie et que RIEN n’en sort (cf la campagne électorale…) alors même que l’on sent comme un « remous » (pas encore une vague !!!) dans la société, non seulement française mais européenne, qui va dans le sens de plus de solidarité et de partage et donc de moins de libéralisme méprisant et une forme d’inquiétude dans les pays dits émmergants qui commencent à comprendre qu’il va leur falloir composer eux aussi avec (peut- être, espérons-le) cette nouvelle donne (plus de local, moins de consommation etc.)

  3. [...] http://dtwin.org/WordDD/2012/04/18/revenu-dexistence/ [...]

  4. Rendons ce monde libre et gratuit. La peine de mort a été abolie, l’esclavage a été aboli. Notre conscience est défiée par la bêtise des médias et l’inconscience des personnes morales.
    Nous savons que cela dépend de notre générosité, de notre tolérance, de notre volonté de donner un avenir à nos enfants. Sans argent il n’y aura plus d’exclusion parce qu’il n’y aura plus de politique. Il n’y aura même plus le recyclage de l’argent des mafias. il n’y aura plus de réchauffement climatique et nous préserverons les ressources de la planète. Je suppose que les États auront besoin de quelques mois pour apprendre à partager leurs ressources, mais ils seront dorénavant au service des habitants.

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