Banner
Election présidentielle : R.A.S.
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 03/04/2012 – 16:38

RAS : Ce communiqué laconique durant la guerre d’Algérie couvrait au moins un drame. Ici non. RAS ou plutôt RAD (Rien à Dire).

J’aurais voulu ne rien dire. Mais je ne le peux pas. J’espère ne pas vous choquer.

Le silence écologique

A ceux qui croient que le trou d’air d’Eva Joly s’est transformé en un silence sidéral sur le seul mérite d’un accent étranger et d’un look inclassable il est encore nécessaire d’ôter cette dernière illusion. Et à ceux qui se rallient (pardon pour cette incursion politicienne) à Jean-Luc Mélenchon pour son éloquence (indéniable) et sa radicalité révolutionnaire (à ré examiner) je me hasarde à recommander le long et corrosif article de Fabrice Nicolo sur Reporterre.

La démocratie, c’est compliqué – un peu comme la vérité : peut-être que çà n’existe pas, ou peut-être ne l’atteint-on jamais. Mais l’effet majeur que je vois à cette campagne est l’occultation, le silence assourdissant sur 3 sujets majeurs :

  • La dette et les moyens d’en sortir (bien que le président sortant prétende détenir cette fois une solution qu’il a cherchée en vain depuis 5 ans et que Bayrou en fasse depuis 6 ans au moins son cheval de bataille)
  • La justice sociale – reconnaissons les accents sincères de Mélenchon et un début d’approche par le PS avec la fiscalité.
  • L’impasse écologique et énergétique

Démocratie directe?

Que l’on évite de parler de la dette est concevable pour les deux principaux protagonistes puisqu’elle elle se traduira par une augmentation des impôts – ce qui ramène le débat sur le second point : la justice sociale. C’est autour de ce point que se concentre la dynamique de la campagne – non pas, curieusement, entre les deux finalistes présumés – mais au profit de JL Mélenchon qui rafle la mise d’une « indignation » paradoxalement surdiplômée.

Ce sujet mérite qu’on s’y arrête. L’analyse du discours de ce 3e homme inattendu (pour beaucoup) révèle à quel point l’incantation, la répétition des mots clés des vraies questions suffit à produire un double effet secondaire.  Mais d’abord la stratégie d’appel se base encore une fois sur « la parole au peuple » et « la démocratie directe », la « consultation ». Ces choix sont très respectables mais soulèvent deux objections – deux effets secondaires, donc.

  • La première objection est historique : l’expérience de Ségolène Royal aurait dû nous rendre méfiants non par rapport au peuple mais par rapport à ce renvoi des prises de décision vers le peuple « éclairé ». Or le peuple, compte tenu du système d’information et des média d’une part et d’autre part de ses conditions de vie – aura du mal à se faire une idée sur ces grands sujets même après un débat pour lequel les groupes industriels et financiers disposeront d’un appareil communicationnel terriblement efficace. C’est aux responsables politiques qu’il revient de parler, d’expliquer et de proposer – ce qui veut dire exposer – mais surtout « s’exposer ».
  • La seconde objection c’est que la promesse d’une telle consultation est le niveau zéro de la promesse électorale – c’est la fameuse idée de créer une commission quand quelque chose cloche dans quelque organisation que ce soit. Le résultat est démobilisateur – puisqu’on va en parler … – et révélateur du fait que ni la réflexion ni la discussion n’ont eu lieu en amont. On peut le comprendre pour un parti comme le Front de Gauche qui fait face à une montée en puissance très rapide difficile à maîtriser. On peut moins le comprendre pour le PS qui aurait eu les moyens et le temps de lancer le débat en interne et grâce aux solides relais des institutions locales qu’il contrôle largement. Mais le résulta est le même : « la question est entendue ».

Le social

Le développement durable s’entend avec une forte dimension sociale. Et là je partage assez largement l’analyse (certes très à charge) de Fabrice Nicolo (auteur, rappelons-le de « Qui a tué l’écologie ? »). Le « toujours plus » social apporte évidemment un mieux à ceux qui ont « toujours moins ». Le nombre de personnes sous le seuil de la pauvreté concerne en France plus de 8 millions de personnes selon la définition européenne (en dessous de 60% du revenu médian).

Mais alors l’augmentation du SMIC comporte le piège d’un glissement vers le haut de l’ensemble des salaires avec pour effet évident l’accélération de la consommation (et souvent des importations superflues – écrans plats, électronique de confort). Lorsque cette revendication est soutenue par les éléments les plus radicaux (et dynamiques) de la campagne, on n’a progressé ni dans la résolution du financement, ni dans celle des inégalités mondiales, ni pour finir dans le sens d’un frein à la surconsommation d’objets, de matière première et d’énergie. Il faut trouver autre chose. Voir notre article précédent?

Que l’on hésite à s’engager sur ce débat lorsqu’on est à la tête d’un des deux partis susceptible de conquérir le pouvoir peut se concevoir – tant les esprits sont peu préparés aux thèses que, à tord ou à raisons, nous exposons régulièrement sur ce blog. Mais pas dans le cas d’un candidat caractérisé par l’éloquence et la radicalité de propos qui ont peu de chance d’avoir à s’appliquer dans l’immédiat.

Le résultat là encore est la création d’un glacis autour des vraies questions. Il ne suffit pas d’évoquer l’agriculture paysanne ou les « petits » devant les grands pour faire avancer la question des conditions de la réindustrialisation et d’une réforme agricole (laquelle pose par exemple la question de la consommation de viande – et donc de l’élevage -, ou de la consommation d’eau). Que, encore une fois, les thèses de Negawatt, les rapports et recommandations du GIEC, l’ouvrage de Tim Jackson ne soient à aucun moment cités, commentés et détaillés relève finalement d’un mépris de la capacité des citoyens à comprendre l’intrication, la complexité des sujets. Et bien entendu, silence radio sur les insupportables lourdeurs et contraintes de l’Europe – sauf à grands coups de moulinets de bras d’honneur.

Se ressaisir

L’histoire de l’Occitanie comporte l’épisode tragique de sa soumission sanglante aux « français » qui devrait ici, à Toulouse, nous apprendre combien le laisser-faire, le doux bercement de la vie facile telle qu’elle va, l’abandon des valeurs combattives ont anéanti une civilisation. Evidemment, depuis, nous sommes tous français – et c’est très bien ainsi. Seulement les français devraient se souvenir aussi que c’est par les vertus opposées qu’ils ont réalisé cette unité, par le courage, l’ambition, la persévérance et la volonté – au-delà de ces tragédies. Peut-être somme-nous tous devenus occitans ? Il n’est plus question de tueries, de batailles sanglantes et de carnages : il est question de justice, d’audace et de fermeté.  Il ne s’agit plus d’une guerre contre – contre la nature, notamment – mais d’une guerre pour l’avenir de l’humanité.

Simon de Montfort ne nous manque pas vraiment, il faut l’avouer. Mais le louvoiement de Raymond VI a gagné tellement de terrain que le lourd bateau fièrement hérité des Jaurès et de Gaulle a du mal à garder son élan.

Pas d’abstention

Je n’écris surtout pas ceci, pour dissuader nos lecteurs de voter : bien au contraire. Les institutions actuelles de la Ve république ne sont pas pour rien dans le laminage du débat au profit de la personnalisation de la campagne. Mais attention : il ne suffit pas d’utiliser les mots magiques (écologie, énergies nouvelles, agriculture fermière, réindustrialisassions, pêche responsable…). L’indignation, comme le disait César pour l’honneur, çà ne sert qu’une fois. Par contre, oui, il est insensé que les salaires des dirigeants et les profits des groupes du CAC 40 cohabitent avec des familles auxquelles on coupe l’eau ou l’électricité. Raison de plus pour que chacun de nous s’efforce de ne pas  voter idiot – en voyant bien les grosses ficelles dont il faudra ensuite tout simplement s’emparer pour les démêler.

Espérons ne pas être démobilisateurs, au final – et laissons-nous quand même porter par l’éloquence des tribuns – c’est un plaisir devenu rare… ne boudons pas notre chance. La souveraineté des peuples, la sortie des politiques oligarchiques et confiscatoires, le renversement des logiques suicidaires platétophages, le rappel des valeurs fondatrices de la république et des grands précurseurs politiques font aussi partie d’un salutaire débordement des cadres étriqués de l’hyper libéralisme. Ce n’est pas rien. L’ordre, on le sait depuis Jean-Pierre Dupuy, passe d’abord par le désordre. La liberté, c’est d’abord la vôtre : ne la bradez pas !

2 Reponses »

  1. La formule RAD est excellente. Il y a des silences lourds de sens!
    Ce silence s’explique par le DIPULT très élevé de beaucoup de nos candidats et par le phénomène du déni: on sait mais c’est trop dur de changer, alors on fait l’autruche!
    Il y a d’excellents dompteurs d’autruches dans nos contrées!

  2. [...] http://dtwin.org/WordDD/2012/04/03/election-presidentielle-r-a-s/ [...]

Laisser un commentaire