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Vers un printemps français ?
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 29/03/2012 – 13:33

La campagne présidentielle et les tragiques évènements de Toulouse ne justifient pas ce titre : «un printemps français ».

Les problèmes de dette publique un temps écartés  recommencent à  pointer leur nez avec l’Espagne : desserrement des contraintes de déficit en 2012, grève générale, coalisation des gauches, situation électorale en bascule en Andalousie…  donnent de sérieux coups de canif au rempart hyper libéral en cours de reconstruction. C’est tout le château de cartes européen qui risque encore une fois de vaciller.

Bref, les nouvelles ne sont pas bonnes. Et pourtant…

Les français ne sont pas des veaux

En cette veille d’un scrutin majeur pour la France, loin de se crisper sur des affrontements partisans et en dépit d’un matraquage anxiogène et culpabilisant des media – les français ne cessent d’étonner par la multiplication des propositions, des projets, des espoirs de changement audacieux et novateurs – mais avec quelle audience ?

Alors tentons ici de relayer cette richesse d’imagination et d’ouverture tellement à l’opposé de l’image d’atonie et de renoncement dont on nous affuble dans la presse, à la radio et sur la TV. Non, mon Général, les français ne sont pas (que) des veaux!

Peut-être le premier signe est-il apparu (rendons-leur hommage) avec les décroissants – d’où notre lien vers http://www.scoop.it/t/objection-de-croissance/ mais aussi une dizaine d’occurrences de ce thème dans nos articles.

De son côté, la « toute-évidence » des thèses économiques officielles est sérieusement mise à mal par des prises position en faveur d’un pouvoir démocratique, politique et financier européen – voir par exemple notre billet sur l’Europe  mais aussi par les analyses de Paul Jorion, Jacques Sapir, des Economistes Atterrés – Philippe Askenazy – et combien d’articles de Mediapart, du Monde Diplomatique, de Libération ou même du Monde !

Les ingénieurs aussi

Le monde de la technique se pose de plus en plus de questions sur l’énergie; le pic pétrolier est évoqué jusque dans les très hautes et paisibles sphères de l’AIEA, et on ne s’arrête plus aux seules critiques (du nucléaire aux gaz de schiste). Les rapports du GIEC, les propositions de Negawatt, celles de Solagro – construisent patiemment un sous-continent en lutte contre le « tout-fossile ».

Evidemment, nous ne vivons pas dans un monde virtuel. Même s’il est bon de rappeler que des philosophes de la dimension d’Hannah Arendt et des essayistes comme Ellul, Toffler et avant eux Illich ont depuis longtemps pressenti l’impasse d’un  monde hyper technique et sans repère moral, la réalité aujourd’hui c’est la précarité et le chômage qui n’épargnent même plus les classes moyennes.

Foisonnement des idées

Les propositions se multiplient avec par exemple des monnaies alternatives plus (projet de création de banques et monnaies régionales) ou moins (SEL, SOL) ambitieuses. Cependant un nouveau courant fort se fait jour : la création d’un revenu universel inconditionnel – une vielle idée de Michel Rocard reprise actuellement par Edgar Morin et Ricardo Petrella notamment – grand meeting à Toulouse les 13 et 14 avril.

Aucun de ces thèmes n’est évoqué sérieusement (à part, partiellement, par JL Mélenchon) au cours de la campagne présidentielle. Pourtant à la première étincelle, ce sont bien ces espoirs et ces frustrations que devra affronter la classe politique au pouvoir – quelle qu’elle soit.

Un point de croisement de ces pistes alternatives se trouve donc représenté par le revenu d’existence (BIEN commme disent les anglo-saxons – Basic Income Earth Network). Plusieurs études récentes donnent sérieusement à réfléchir à ce sujet. Je me permets de reprendre ici 4 liens recommandés par un ami de La Croissance Autrement :

LE REVENU DE BASE

Expliqué dans ce film par Daniel Häni et Enno Schmidt, le modèle «bâlois» propose un financement par un impôt unique sur la consommation, géré par l’Etat via le fisc : Voir le film (1h36) 
Objection : la profonde réforme requise pour la TVA (qui passerait à 50%) est à peu près impossible dans le cadre de l’Europe actuelle (absence d’un pouvoir politique et économique fédéral fort).

L’allocation universelle

Jacques Marseille propose de supprimer la plupart des prestations sociales – (allocations familiales, aide au logement, retraite) sauf l’assurance maladie  au profit de 750 euros « de la naissance à la mort » (375 euros pour les enfants). Le budget final reste voisin de l’ensemble des aides actuelles (mais plus simple à gérer). Ce système se veut surtout favorable pour les plus pauvres et revalorise le travail. C’est aussi un pari sur l’intérêt et la nature humaine sur l’idée qu’un individu préférera toujours cumuler ce revenu à un autre salaire, surtout quand ce salaire correspondra à un travail qu’il aura librement choisi.
=> LIRE ICI

Le revenu d’existense

Yoland Bresson propose au départ 400 euros/mois  issus d’une création monétaire spécifique (et non, comme Jacques Marseille, de la fusion de dispositifs déjà existants) qui serait gérée par un organisme financier national indépendant :
 LIRE ICI

Le salaire à vie

Bernard Friot veut rémunérer la qualification – avec une qualification minimale universelle  minimale garantie de 2000 euros/mois et une qualification maximale de 8000 euros/mois. Le financement ? En gros par le détournement total de la valeur ajoutée et sa redistribution sous la responsabilité d’une nouvelle « Sécurité Sociale ».  Ce modèle est donc le plus « révolutionnaire ». LIRE ICI

Il faudrait ajouter les travaux de Yann Moulier-Boutang et de sa revue « Multitudes » et surtout ceux – remarquables –  de Philippe Van Parijs.

Il conviendrait de mettre ces projets en perspective. D’un côté (à présent plutôt en perte de vitesse) les libéraux – comme Dominique de Villepin –  proposent des montants souvent faibles en forme de filet de sécurité, parfois associé à la privatisation des services comme l’éducation et qui reviennent parfois de fait à une subvention aux employeurs. L’autre tendance est l’héritière du Marx de « Introduction générale à la critique de l’économie politique » - pour une société où l’humanité sera sortie du salariat et où les machines seules assureront la création de richesses reversées sous la forme d’un revenu socialisé universel ».

Financement et fiscalité

Le point commun de ces réformes est la nécessité – aujourd’hui bien intégrée dans l’opinion – d’un financement. On rejoint donc la question de la fiscalité. Sauf dans le projet de Bernard Friot (100% confiscatoire) on s’appuie soit sur de la création monétaire, soit sur une réforme radicale de la TVA (cette fois-ci réellement sociale), soit enfin sur la distribution des aides existantes. On peut aussi rejoindre la réflexion très approfondie sur la fiscalité  dont nous avons parlé ici (voir lien) vers « Pour une révolution fiscale » de Landais, Picketty et Saez.

Les questions de chômage, le nécessaire partage du travail, le nécessaire ralentissement de l’économie démontré par Tim Jackson  (voir lien), la sortie de la logique de croissance et de la planétophagie ne trouvent ici que des ébauches de solutions – certaines plus réalistes que d’autres mais aucune n’étant (à l’exception des idées de Landais & Co avec François Hollande) reprises par les candidats.

Il est vrai que ces idées n’ont que bien peu de chances de voir le jour. Comme avait peu de chance d’aboutir l’idée de la journée de 8 heures de travail, la fin du travail des enfants (dans nos pays), les congés payés ou encore la sécurité sociale. Ce qui a le moins de chances d’aboutir, ne serait-ce pas, précisément, la poursuite de la croissance et du système hyper libéral actuel ?

En attendant nous aurons en tête la Bolsa Familal au Brésil, mais aussi des expériences un peu partout dans le monde – Canada, USA, Royaume Uni, Singapour, Namibie, Koweït … Pour un panorama plus complet on se reportera à l’article de Wikipedia sur le sujet.

Patience. La saison des tempêtes n’est pas terminée pour ce capitalisme-là. Il faudra bien un jour aborder à des îles nouvelles. « Il n’est si profonde nuit qu’à la fin ne voie l’aurore » nous dit un proverbe arabe – justement… Un proverbe du printemps ? Attendons … mais agissons. Ce printemps-là n’a pas besoin d’armes mais il a besoin de nous.

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