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Porto Allegre à petit bruit
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 28/01/2012 – 15:16

Le 24 janvier que s’est-il passé ? Sur le 20 heures de TF1 (mais ailleurs aussi) :

  • La lutte contre le harcèlement à l’école
  • Le flottement à L’UMP
  • « Si je perds… » de Nicolas Sarkozy
  • Proposition de loi sur les grèves dans les aéroports
  • Handball : déception française
  • The Artist dans la course aux oscars

Il ne manque rien, vous êtes sûrs ? Mais oui : Porto Alegre ! Ah mais c’était trop tôt, trop tard ? Ben non : le lendemain idem.

Eh bien, heureusement qu’il y a encore « l’Huma » … voir lien). Soyons justes : un article également dans l’Express. Mais pas grand-chose sur la toile… Les Alter manquent d’air ? C’est que les indignations, les révoltes et les manifestations ne suffisent plus. Il est à présent nécessaire de proposer des stratégies actives pour reconstruire en partant de ce que nous ne pouvons pas détruire.

Trou d’air pour les alter?

Porto-Alegre se veut la préparation de Rio+20 pour le social. Le manque d’écho de ce forum ne doit pas nous décourager pour cette autre échéance. Simplement la finance, l’économie et les moyens concrets de changer nos stratégies industrielles, énergétiques, sociétales et écologiques font reculer la revendication sociale, lui réservent une fois encore une place de second plan. On peut s’en désoler. Je ne le ferai pas.

L’essoufflement apparent du social précisément en Amérique du Sud tient aussi aux progrès de la démocratie et des plans d’action de gauche – extrême gauche ou centre gauche – dans plusieurs pays de cette zone qui se sont libérés de la tutelle des USA (voire du FMI) et mènent des politiques de partage et de redistribution. C’est la reconquête de ces libertés qui rend moins prioritaire la révolte contre l’oppression mondialiste de la finance.

L’autre front

Par contre les mauvaises nouvelles se succèdent sur le plan de la lute contre le CO2. Elles  rendent d’autant plus nécessaire le recentrage contre l’oligarchie des énergies fossiles. La puissance de ces groupes financiers et industriels est énorme. Le siège de Gazprom à Moscou  pour nous les européens est un monde dans le monde. L’argent du Qatar et de l’Arabie se déverse sur les peuples du Maghreb pour influencer leur politique, favoriser un islamisme conservateur, juguler les révolutions. Les pétroliers et les rois du charbon  américains corrompent la chambre des représentants aux USA.  

Les lobbies se soucient peu d’épuiser les ressources de la terre et les capacités de résorption de nos pollutions : ils accumulent des fortunes qui semblent pouvoir les maintenir au-delà de l’apocalypse dans un univers privé, différent et isolé, protégé du nôtre, un monde où seule compte l’accumulation d’une invraisemblable de richesse.

La fin de Maginot

Le monde moderne est ainsi fait, flexible, instable, multiforme, insaisissable. Les oppositions figées – nouvelles ou pas – vieillissent aussi vite que vieillirent les casemates inutiles de la ligne Maginot. On ne peut se reposer sur des lignes de front et des convictions immuables : il faut sans cesse rechercher les lignes d’avenir, et aussi les lignes de fuite et les nouveaux visages de ce que notre ami du Triptyque Economique appelle le « libéral totalitarisme. Alors les anciennes résistances se défont pour se réorganiser autour de nouveaux objectifs.

C’est pourquoi il est essentiel de nous tourner vers des repères pérennes qui donnent un sens à ces combats. Quand je me sens découragé, désorienté, je tombe toujours sur un livre extraordinaire des années 50, 60 ou 70 comme ceux d’Arendt, de Toffler, de Rachel Carson, Vance Packard, Illich ou d’Ellul – ou plus récemment de Naomi Klein. C’est la voix des anciens grecs qui devrait nous guider, l’extraordinaire beauté de ces écrits immortels dont nous perdons à ce point le sens qu’on nous reproche à présent d’aimer cette démocratie qui excluait, c’est vari,  les étrangers, les femmes et les esclaves. Comme si notre belle démocratie contemporaine n’excluait personne…

Pourquoi?

Lorsqu’on se demande pourquoi nous sommes dans l’impossibilité d’accoucher d’un monde rénové on ne peut que s’étonner. Pourquoi si l’on prend conscience que nous avons libéré les femmes de l’exclusivité de leur rôle de reproductrices ? Pourquoi  lorsque nous prenons conscience avec Jancovici que nous sommes servis chacun par une centaine d’esclaves mécaniques ? Pourquoi lorsque la fin des guerres en occident et les conventions de Genève ont mis fin aux travailleurs esclaves ?

Alors nous aurons à nous interroger : pourquoi alors même que nous disposons de la démocratie, de l’abondance et de la puissance technique, pourquoi ne pouvons-nous mettre en place une agora toute entière égalitaire et juste, tendue vers la paix et la prospérité dans le respect de notre juste place d’espèce parmi les autres espèces sur cet infime  îlot qu’est la terre dans l’univers ? Pourquoi acceptons-nous de voir cet idéal saccagé au seul profit d’une infime minorité de ses habitants ?

Répondre à cette question permettrait de fermer ce modeste site. Mais nous pouvons aussi nous rappeler que les cités du temps de Périclès étaient marquées par une autre dimension : la sobriété et le mépris de la richesse. Partage et modération, reconquête de la liberté de choix du vivre ensemble… Que d’ennemis trouvons-nous pourtant sur ce chemin qui devrait nous réunir!

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