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La perte du AAA
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 19/01/2012 – 18:16

On commence bien la semaine ce lundi 16 janvier…. Excellente émission de Marc Vouinchet. Invités des Matins (voir les liens) : 

  •  Guillaume Duval (Alternatives Economiques)
  • Michel Aglietta membre du Cercle des économistes et, de 1997 à 2003, du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre. 
  • Nicolas Baverez « L’antilibéralisme est un fléau qui se trouve au principe du déclin et de la régression de la France », éditorialiste au Point

L’état des lieux est rappelé lors du bulletin d’informations (CE LIEN) mais on y reviendra. Ce débat est aussi précédé par le billet de Clémentine Autin (Les idées claires … comme son nom l’indique).
Curieusement (ou de manière inquiétante?) ces économistes venus d’horizons très différents – voire opposés – se révèlent être très largement d’accord tant pour le diagnostic que pour les remèdes possibles. En comparaison, l’attaque violente des Economistes Atterrés est certes intéressante mais la crise a pris une telle ampleur qu’on ne peut plus, là encore, en rester à l’indignation (comme lors de l’émission « Là bas si j’y suis » avec Philippe Askenazy du 16 janvier).

Petit rappel des faits à écouter sur ce lien au cas où nous aurions oublié…

Première partie (à écouter sur CE LIEN)

  • La responsabilité des agences de notation

Michel Aglietta souligne d’abord que les agences sont en cause. Le risque du non remboursement par les états n’est pas le plus immédiat. C’est bien le risque lié aux liquidités qui constitue par contre la première menace – alors les marchés se disent : « Est-ce que si je vends demain quelqu’un va m’acheter ma dette ? ». En fait les agences son incapables de distinguer entre ces deux types de risques.

  • … et celle des états

Pour Nicolas Baverez la crise originelle a muté d’abord vers la dette des états souverains puis vers le chômage. La critique sur les états n’est pas correctement fondée. Les agences se basent sur 3 critères : le déséquilibre des finances publiques, la croissance et enfin la qualité de gouvernance (par exemple l’enlisement des débats au sénat américain a déclenché la dégradation). En France les dépenses de l’état sont à 56% du PIB et les recettes à 49%. Ce n’est pas tant le niveau de la dette qui pose problème – c’est ce déséquilibre dans un contexte de croissance nulle. Quant à la gouvernance, le dernier budget en équilibre date de 1973. Enfin, alors que 9 pays sur les 17 de la zone euro ont été dégradés les institutions européennes sont incapables comme le dit Lordon de gérer la crise.

Pour Guillaume Duval on ne peut malheureusement qu’être assez d’accord avec ce constat pour la zone euro. La politique Sarko-Meckel depuis 2 ans a poussé tous les états en même temps dans une austérité forte qui entraîne la récession et ne peut pas résoudre la dette. Le nouveau traité n’apporte pas grand-chose.

Quelle crédibilité des politiques ?

Pour Michel Aglietta ce n’est pas seulement la gestion des finances publiques qui est en cause. Dans l’exemple de l’Italie les taux d’intérêts autour de 7% sont dus à des primes de risque (CDS) qui correspondraient à un risque de défaut de 30% ! Absurde ! C’est par contre clairement un risque de liquidité.

Des solutions ?

La BCE doit comme le fait la FED racheter de la dette européenne. Les banques centrales doivent agir afin de plafonner les taux d’intérêt pour les ramener à des écarts correspondant à des risques de crédit purs.

Pour Nicolas Baverez les agences constatent l’incapacité des gouvernements à résoudre la crise grecque qui évolue vers le défaut de paiement. Depuis 2 ans, aucune solution à la crise n’a été dégagée  en dépit de 16 « sommets de la dernière chance ». Les agences ne proposent pas de politique économique - c’est aux gouvernements de le faire. Pour la France il faudra nous désendetter sans sacrifier la croissance, rétablir la compétitivité du pays, lutter contre le chômage.

L’Europe est en présence de 3 problèmes : financement des états, croissance en coordonnant les pays excédentaires et déficitaires et arrêt de la divergence explosive entre le nord qui va bien, le sud qui va moins bien et la Grèce et d’autres qui sont en faillite.

Il y a différentes réponses possibles mais on n’en a apporté aucune. Pour Guillaume Duval le problème est encore plus grave pour l’Italie et l’Espagne qui ont été dégradées de 2 points. Aider ces pays relève d’une toute autre dimension que pour la Grèce et le Portugal. Si le FMI devait intervenir, l’Europe serait alors sous tutelle internationale. Elle y perdrait son indépendance.

Seconde partie (écouter sur CE LIEN)

Cette partie débute par une chronique de Brice Couturier, très conventionnelle et qui à mon sens n’élève guère le débat. En réponse Nicolas Baverez reconnaît d’abord que la dette française cumule plusieurs problèmes. D’abord la dette française n’est qu’en partie liée à la crise. Depuis 30 ans le modèle économique repose sur la consommation alimentée par les transferts sociaux alimentés à leur tour par la dette publique. A présent les taux d’intérêts vont monter.

Dire que la dégradation n’aura pas d’effet sur les taux (puisqu’aux USA c’est le cas) c’est se tromper. Les USA ont le dollar. En France 70% de la dette est financée par des investisseurs internationaux (contrairement au Japon et à l’Italie). De plus cette dette correspond à des contrats opportunistes à très court terme. Nous sommes le pays qui aura le plus besoin de crédits (180 milliards en 2012, 220 milliards en 2013). Les taux d’intérêt vont s’accroître et la croissance est nulle.

Guillaume Duval estime pour sa part qu’il y a une erreur dans les positions (bien connues) défendues par Brice Couturier. Depuis 15 ans les dépenses publiques (y compris collectivités locales) n’ont absolument pas augmenté. Le coût de fonctionnement de l’état a au contraire baissé depuis 15 ans (y compris l’éducation…). Le problème est la baisse des recettes : même si elles augmentent en pourcentage, elles sont stables en valeur. Les baisses d’impôts ont eu lieu depuis plus de 10 ans tant sous la gauche que sous les gouvernements de droite. L’effet depuis 2000 est un accroissement de la dette évalué à plus 400 milliards d’euros soit 20% du PIB. Seul Jospin avait fait baisser un temps  le poids de la dette.

Les deux causes de la dette européenne

La crise a deux causes : les irlandais, les grecs, les espagnols se sont endettés pour acheter des produits allemands et d’autre part les allemands ont appliqué une austérité sur leurs salaires, écrasant leur demande intérieure et dégageant des excédents de plus en plus considérables.

En France il y a eu une croissance assez régulière de la consommation et une croissance très modérée des coûts salariaux. Le seul problème en France est donc la gestion des recettes publiques.

Michel Aglietta rappelle qu’aucun pays ne peut s’en sortir seul. On a constitué une zone qui aurait dû être une puissance économique et qui est restée au milieu du gué parce qu’on n’a pas construit les institutions politiques correspondantes. La seule solution positive consiste à faire progresser de façon décisive ces institutions.

  • Premier point : lier la monnaie et les économies par un lien qui existe partout ailleurs. Que la BCE prenne ses responsabilités non plus indirectement comme elle le fait aujourd’hui mais frontalement.
  • Les banques ne jouent pas non plus leur rôle mais simplement parce qu’elles ressentent une totale indécision politique. Il faut d’abord isoler la Grèce. Donc : tranquilliser les marchés financiers.
  • Ensuite : construire une union budgétaire. Les gouvernements doivent sortir de l’annualité budgétaire, s’engager sur le moyen terme sur au moins 5 ans avec un partage de souveraineté.

Le problème : lever 800 milliards en 2012. Le fond de stabilité est mort né, la croissance est en panne et on a toujours le problème de la Grèce. Le problème est avant tout POLITIQUE. Et là le Bundestag manifeste un blocage. Ce n’est pas la démocratie : un seul parlement n’a pas à décider pour tout le monde. Le manque de leadership politique favorise les extrêmes. Il ne faut pas oublier qu’en Allemagne c’est une politique très fortement déflationniste qui a amené Hitler au pouvoir, et non la seule hyper inflation. Ensuite Hitler a eu recours à un défaut de la dette qui n’avait plus pour issue que le pillage des pays étrangers.

Heureusement des idées plus réalistes progressent en Allemagne où par contre l’investissement est très faible et la démographie inquiétante… L’effondrement du parti libéral hostile à la solidarité européenne apparaît de ce point de vue plutôt rassurant.

Brice Couturier revient sur sa vision d’état dépensier mais le débat est recentré par Aglietta. L’Allemagne est déjà en pénurie de main d’œuvre. Elle ne gardera pas seule sa prospérité. Il faut trouver des solutions dans les 3 mois qui viennent. Ce résultat n’est pas sans exemple – et  pas forcément au détriment de la protection sociale, de l’éducation et de la recherche.

En 1990, la Suède et la Finlande faisaient face à une crise gigantesque. Elles ont choisi une voie radicale en trois temps :

  1. nationalisation des banques, élimination des dirigeants, élimination des actionnaires, injections de capital, sortie des dettes publiques mises dans un fond spécial, restructuration du système bancaire par l’état.
  2. Forte dévaluation – il faut une baisse considérable de l’euro
  3. Politique budgétaire extrêmement volontariste : industrie à la pointe de l’innovation, priorité maximale à l’éducation et à la recherche

Conclusion : exactement l’opposé des politiques actuelles

Ce débat rejoint les idées que nous avions défendues il y a 2 mois sur les institutions européennes (lien).
Ensuite un ami tunisien (ils ne pensent pas qu’aux mosquées) me faisait part de son scepticisme sur les chances des projets environnementaux dans ce contexte. L’exemple de l’Allemagne, voire des USA, sont là pour rappeler (comme le souligne aussi Jim Jakson dans « La prospérité sans la croissance ») que la nouvelle croissance sera le projet écologique.

Cette nouvelle croissance structurera ces projets à moyen terme dont l’Europe a besoin. Ce ne sont pas les chantiers pharaoniques d’Hitler, chargés de masquer le chômage, c’est en revanche la construction d’infrastructures et de sites de production d’énergie qui fonderont la société où nos enfants pourront vivre en paix. Le personnel politique actuel est à bout de souffle avec sa politique hyper libérale court termiste. Il est vital que d’autres hommes, d’autres forces se manifestent. Il est surtout vital que les populations soient formées et informées pour juger sainement des enjeux pour les mois qui viennent et qu’elles en fassent un printemps européen. Décidément l’espoir a la vie dure – mais la vie a la vie dure, heureusement…

Parce que l’ignorance et la manipulation des foules est l’arme de tous les extrémismes, il reste d’autant plus nécessaire que chacun d’entre nous PRENNE LE TEMPS, FASSE L’EFFORT d’approfondir sa compréhension de la crise et des alternatives qui s’offrent véritablement à nous. Que la « stratégie du choc » chère à Naomi Klein soit ou non une réalité dans les états majors des multinationales ne change rien à cette nécessité : comprendre, démêler les fils de l’information et de la désinformation et ne jamais céder à la tentation de solutions simplistes – extrêmes et désespérées.

A quand les manifestations contre le CO2 ? A quand les manifestations pour la réforme des institutions européennes et de la BCE ? Il y a bien des manifestations contre le nucléaire et pour l’école, non ? L’espoir a la vie dure. La vie a la vie dure. Nos vies reprennent un sens quand nous nous battons non pour posséder plus d’objets mais pour créer plus de lien, pour la survie de la « polis », la cité des anciens grecs – POUR CE QUI NOUS SURVIVRA – et pas pour les désastres et la guerre.

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Une Reponse »

  1. Bravo pour cette page d’éclaicissements bien nécessaires.
    Je voudrais ajouter que les défaillances économiques de notre contrée dans le système actuel sont souvent mises au compte du manque de « travail »(35 heures) ou du coût du travail.Ce qui n’est jamais mis en cause est le patronat. Et s’il faisait souvent de mauvais choix stratégiques pour satisfaire ses actionnaires à court-terme?Le choix des coûts n’est qu’un élément: et la qualité? et l’innovation?. D’ailleurs ce que propose Serge en suggérant la piste du renouvelable relève de l’innovation, non?

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