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Sea France : Les SCOPs ne sont pas le St Graal
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 15/01/2012 – 19:57

Difficile d’aborder la question des SCOPs sans nous référer à l’actualité malheureuse de Sea France. Fidèles à nos choix nous ne tenons pas à prendre position dans un débat étroitement politicien. Néanmoins ce débat, cette agitation aussi désordonnés soient-ils auront-t-il eu le mérite de nous interpeler autour la question des SCOPs.

Une histoire riche et ancienne

Les SCOP c’est d’abord un certain nombre de spécificités..voir lien

Beaucoup de temps s’est écoulé depuis la fondation des premières coopératives modernes comme la Verrerie d’Albi avec le rôle important d’un Jean Jaurès parfaitement conscient de la complexité et de l’importance de ce type d’organisation. Certains amis comme JM Masson sur son blogue http://jmmasson.wordpress.com/ fondent de grands espoirs sur cette économie des SCOPs. A ce jour l’économie sociale et solidaire représente autour de 10% de l’activité économique mondiale. JM Masson milite pour que cette part atteigne 30%. Compte tenu de la bonne tenue de ces entreprises dans la crise, cet espoir ne semble ni désespéré ni déplacé. Mais les SCOPs stricto sensu c’est très peu en France : 40 000 salariés. Le reste de l’ESS française c’est à peu près un million d’emplois qui incluent notamment les mutuelles.

Sea France

Cette actualité (c’était avant la perte du AAA…) a permis de donner la parole à deux acteurs fortement engagés dans  l’Economie Sociale et Solidaire.

Claude Neuschawander Ancien PDG de LIP (1974-76), Ancien militant syndical, créateur de Ten une coopérative de conseil aux collectivités. Vient de publier : Claude Neuschwander, une vie de militances aux éditions Yves Michel

  •  Philippe Frémeaux  Professeur certifié de sciences économiques et sociales. Directeur d’études au Bureau d’informations et de prévisions économiques, éditorialiste à Alternatives Economiques, auteur de La nouvelle alternative ? enquête sur l’économie sociale et solidaire.

Ces deux hommes sont en prise directe avec des SCOPs auxquelles ils appartiennent ou auxquelles ils participent. Ils étaient les invités des Matins de France Culture le 10 janvier dernier dans le contexte d’une éventuelle SCOP pour reprendre Sea France.

 Vous pouvez écouter ici l’introduction et là le débat.

Il est rappelé que les SCOPs ne sont ni une « lubie » ( !) ni une nouveauté. Le projet de SCOP pour Sea France a peut-être donné une image de la SCOP comme solution de dernier recours. Mais non : une SCOP est une entreprise comme les autres. Quand la viabilité est défaillante, il n’y a pas miracle. Dans le privé ou dans une SCOP c’est d’abord la volonté de produire qui motive le chef d’entreprise. C’est pourquoi il n’est jamais simple de passer du rôle de salarié au rôle de co-entrepreneur dans une coopérative.

En ce qui concerne Sea France, le caractère improvisé de la démarche, l’absence de projet économique et de stratégie se sont ajoutés à l’absence d’adhésion forte de personnels principalement motivés par le sauvetage de leur emploi.  Stratégiquement la situation est délicate : surcapacité du trans Manche (tunnel mais aussi vols low cost), inefficacité de l’entreprise, faible productivité, déficit récurrent. Sea France perd 30 millions d’euros par an et a accumulé 185 millions d’euros de passif. En outre la cogestion de Sea France par le syndicat CFDT local ne fournit pas une illustration bien brillante de cette solution : sureffectif, recrutement opaque, absentéisme, grèves désastreuses…. Le principal concurrent, P&O Ferries a dans le même temps investi massivement pour s’adapter. Dans ces conditions il est paradoxal de faire pression sur la SNCF pour qu’elle rachète une filiale dont elle cherche à se défaire.

Sea France ne sera pas LIP. La SNCF illustre encore une fois ici sa défaillance permanente dans la gestion du fret. C’est triste pour les employés mais ils se sont tiré une balle dans le pied dans cette collaboration de classe. Philippe Frémeaux  voit d’ailleurs dans ce dernier point – la collaboration de classe – un piège particulièrement dangereux : la confrontation des intérêts entre les employés et le patronat est essentielle à la santé et à l’équilibre des entreprises – SCOPs ou pas.

La conversion du Président de la République à l’idée de SCOP est particulièrement étrange. Position d’autant plus surprenante que le gouvernement avait repoussé un rapport en avril 2010 qui proposait une reprise par les salariés…L’état semble avoir traité cette affaire comme un enjeu électoral sans s’inquiéter de la réalité industrielle…

Est-ce à dire que les SCOPs sont une mauvaise idée? Certainement pas. Des milliers d’entreprises, des PME, se trouvent par exemple confrontées au départ de leur patron à la retraite. Ce serait une formidable opportunité de développer ce secteur – avec, cette fois, l’appui raisonné et effectif de l’état !

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