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Ruée sur les terres d’Ethiopie
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 12/01/2012 – 10:59

Lorsque Riccardo Petrella parle de spoliation, de holdup sur les terres africaines on a tôt fait d’oublier ses dénonciations – l’actualité est si riche…( ?). Malheureusement la réalité revient, chaque jour plus entêtée. Les dernières nouvelles faisaient l’objet le 6 janvier d’une double page sur le journal Le Monde. Vous pouvez lire cet article relayé sur ce lien par le site « Congo Belge » (pas d’avis sur ce site).

Qu’apprend-on ? En Ethiopie la région de Gambela, dans l’ouest du pays, est fertile. Je cite :

« Leader mondial du marché des roses coupées, le groupe indien Karuturi Global a signé en 2010 avec l’Etat éthiopien un contrat de location de 100 000 ha de terres (à peine moins que la superficie de la Creuse), assorti d’une option sur 200 000 ha supplémentaires, dans la région de Gambela. Le document de neuf pages, consultable sur Internet, fixe le loyer payé par Karuturi à 20 birrs éthiopiens (0,90 euro) par hectare et par année et la durée du bail à cinquante ans. Du classique pour ce genre de contrat. « 

Le riz, le maïs, la canne à sucre et le palmier à huile trouvent à s’implanter dans ces conditions qui peuvent à juste titre être qualifiées de spoliation. La déforestation sauvage se fait évidemment au détriment de la faune (antilopes et cochons sauvages) et prive les populations locales de leurs ressources traditionnelles. Voyez ailleurs sur ce site la question des palmiers à huile. L’eau abondante, une terre spécialement fertile et une population clairsemée sont des atouts pour les investisseurs comme l’Arabie Saoudite.

Emplois?

Certes les populations locales peuvent trouver des emplois  : 1.10 euros/jour pour planter le riz, 100 à 200 euros/mois dans le soja. Peu à peu il y aura « villagisation » puis sans doute urbanisation des populations locales.

Faut-il condamner ces investissements par exemple Indiens qui vont dégager d’immenses possibilité de production ? Tout d’abord il n’y a évidemment aucune concertation réelle avec les populations locales. Ensuite il y a recul de la forêt et de la biodiversité. L’Afrique se trouve soumise à un bouleversement dont nous n’avons pas conscience ici mais qui rejoint ce qui s’est passé et se poursuit au Brésil. Ce bouleversement mobilise d’énormes capitaux pour la une agriculture productiviste. On peut être scandalisés par le prix des concessions de terres fertiles et de la main d’œuvre  mais l’indignation cette fois encore ne suffira pas. L’impérieuse nécessité de développer la production agricole mais aussi l’économie de l’Afrique relancent un cycle que nous connaissons bien à présent. Il ne suffira pas de s’opposer à ces implantations, il faudrait proposer des alternatives techniques, sociales et politiques, il faudrait revoir les modes de production et de consommation comme l’envisage Solagro (voir cet article sur notre site). Ce qui se déroule en Afrique entrainera les mêmes conséquences que nous dénonçons régulièrement en Europe et ailleurs.

L’urgence des problèmes africains, l’émergence d’un développement attendu depuis des décennies et surtout l’invisibilité d’un projet alternatif me font désespérer d’une orientation différente – absente en tous cas des projets mondiaux. Comme si nous n’étions plus capables que de nous indigner des conséquences de notre passivité quand des démarrages ont lieu qui engagent si puissamment l’avenir. A moins que vous pensiez autrement ? Dites-le ! Sans doutes de jeunes énergies vous habitent-elles qui prendront le relais de ces espoirs.

Classement  

2 Reponses »

  1. C’est tout simplement un nouvel avatar du néocolonialisme.Nos contrées étant sur la voie de l’effondrement économique et de l’appauvrissement « durable »…pour pouvoir payer les dettes accumulées pour satisfaire les financiers avides, par exemple…voici une solution: louer nos friches et les terres des paysans ruinés par le système: relire les Raisins de la Colère, « The Grapes of Wrath » de J. Steinbeck: la colère ou l’indignation( cela fait plus civilisé) ne sont qu’une étape. Il faut proposer autre chose… précisément ce que nos deux blogs font!

  2. [...] http://dtwin.org/WordDD/2012/01/12/ruee-sur-les-terres-dethiopie/ [...]

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