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Comment ne pas parler des dettes ? Paul Jorion
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 08/12/2011 – 16:53

Que penser?

Comment nous faire une idée au sujet de la crise financière qui s’éternise et menace de plus en plus directement notre bien-être, notre avenir, précarise nos vies et nos situations ?

Et si tout était simple, au contraire ? Pour Paul Jorion, fin analyste de l’anthropologie économique, il y a une cause unique à la crise : la concentration scandaleuse des richesses. Les richesses ainsi confisquées privent les salariés des moyens de consommer – et donc tuent la croissance. Dans le même temps ces sommes colossales se déversent dans les mécanismes fous de la spéculation.

Suis-je le seul à me sentir perdu ? On nous annonce régulièrement à un rythme accéléré des « réunions de la dernière chance » et des « sommets décisifs » qui se traduisent par des communiqués triomphants … et par la poursuite de la chute des marchés. Certes, les économistes dissidents nous avaient annoncé depuis plusieurs mois la fin du système actuel. Mais là comme pour l’énergie les solutions alternatives sont brouillées quand elles ne sont pas tout simplement inaudibles.

Paul Jorion

Au fond, il est réconfortant d’entendre sur France Culture un personnage aussi peu conventionnel que Paul Jorion (les Matins de France Culture le 30 novembre 2011 à réécouter sur ce lien). Le blogue de Paul Jorion mérite aussi une visite sur ce lien. Vous pourrez même y retrouver la vidéo de l’émission (il faut, avec la patience qui convient avec les universitaires, remonter au 30 novembre). Je sais : mon grand âge me fait souvent verser vers les excès d’enthousiasme… mais ce blog est d’une grande qualité et les échanges sont remarquables. Enfin… à vous de voir!

Pour revenir à ce grand moment de radio, après une entrée en matière assez classique il débouche sur un affrontement plutôt rude auquel France Culture parvient la plupart du temps à échapper – au prix d’un conformisme de plus en plus décevant. L’intervention apaisante (lénifiante et conservatrice ?) de Brice Couturier stigmatisant les « prophètes de malheur » met le feu aux micros. Avant de le classer Paul Jorion parmi les dangereux psychopathes il sera bon de consulter l’article qui lui est consacré sur Wikipedia ici qui témoigne d’une longue et brillante carrière – mais évidemment pas dans la communication !

Ce débat a notamment trouvé un relais sur Rue89 (ici) ce qui m’autorise à penser que ma propre réaction n’est pas totalement isolée. C’est cela l’indignation qui m’anime : combien d’experts osent aller au-delà de commentaires alambiqués en compagnie de journalistes complètement tétanisés ou soumis à des lignes éditoriales visant avant tout à éviter la panique chez les auditeurs, les citoyens et les investisseurs.

Verbatim

Comme je m’attends à trouver beaucoup d’entre vous bousculés par vos occupations quotidiennes, je retranscris ici quelques citations de Paul Jorion :

  • « La crise des subprimes : les  mesures prises ne sont absolument pas  à hauteur du problème. Too big to fail ne peut être résolu avec 2% de provision de plus ».
  • « Un état ne peut jamais être en cessation de paiement – mais on a décidé de supprimer les impôts notamment sur les grandes fortunes »
  • « L’Europe ne peut pas utiliser la planche à billets contrairement aux USA – le dollar étant (pour combien de temps ?) une monnaie de réserve et de référence internationale et pas l’euro »
  • « Attention aux effets non linéaires » (emballement qui pourrait amener les pays à se détourner du dollar)
  • « Nous sommes sur une crise en W dont le dernier segment serait au mieux horizontal. »
  • « On ouvre la porte à une DEPRESSION et non une récession. Cette dépression sera mondiale. »
  • « Il est peu probable que l’euro tienne encore un an – voire bien moins. »

Merci à France Culture pour m’avoir fait découvrir Paul Jorion, son blog amplement fourni d’articles et de vidéos et sa pensés qui réunit sociologie, mathématiques, anthropologie et économie

La finance ne fonctionne plus, le système est terminé. C’est, dit Jorion, comme une moissonneuse batteuse dont on s’est servi longtemps et qui est tombée en panne – et on ne sait pas la réparer. Nous sommes dans le mythe du cargo comme les polynésiens après le départ des américains. Les financiers le savent, les dirigeants le savent. Tout est à reconstruire. Il y a des gens qui savent comment il faudrait faire mais on ne leur demande pas leur avis. On a préféré créer une science économique inadaptée et fausse. Les marchés sont un cadavre. Les mesures actuelles ne servent à rien.

« Ceux qui n’arrêtent pas de se tromper on les appelle les experts et ceux qui ne se trompent pas on les appelle les prophètes. »

Que faire ?

Comme le souligne Rue 89, cet échange oppose deux certitudes :

  • celle de Brice Couturier, qui incarne la pensée économique et dominante qui se veut rassurante, « tout ça est grave mais ça finira par s’arranger, le capitalisme en a vu d’autres »… ;
  • et celle de Paul Jorion, implacable procureur qui estime que le système vit ses derniers soubresauts, que l’euro est impossible à sauver, que la FED (la réserve fédérale américaine) peut faire faillite, que la Chine, avec ses « milliardaires qui ne pensent qu’à acheter un appartement dans le XVIe arrondissement de Paris », est incapable de sauver le système…

On ne remplacera pas ce système par le communisme – à quoi servirait de remplacer une aristocratie par une autre sans résoudre les problèmes ? On ne sait pas ce qui va se passer. Est-ce la fin de l’empire Maya ou de l’empire romain ? Espérons qu’on pourra mettre en place la raison des hommes les plus généreux et non celle, égoïste, qui domine aujourd’hui.

La solution n’est pas davantage en Chine ou en Inde – lesquelles ne peuvent se passer du marché des pays développés. Et nous ne sommes plus en état de continuer à acheter leur production.

Il faut recréer des cadres à l’intérieur desquels les banquiers pourraient être vertueux sans être balayés par les marchés. Il faut réfléchir à la manière pacifiée dont on pourrait faire de l’économie dans l’avenir.

La fausse nostalgie des 30 glorieuses

Il est faux de prétendre que c’est le capitalisme qui a permis d’améliorer la condition de centaines de millions de chinois et d’indiens. C’est le pillage et la dévastation des la planète qui l’a permis. Quel système doit advenir ? Il faut en finir, il faut sortir de systèmes basés sur des aristocraties et la concentration des richesses.

La piste « Jorion » s’arrête là…

Encore une fois on butte sur l’absence de solutions. Il va falloir travailler ensemble, définir un futur pacifié qui ne serait plus basé sur cette concentration des richesses. Il ne faudra pas reconstituer une aristocratie où 1/3 du patrimoine aux USA est détenu par 1% de la population. Or actuellement on ne veut pas sortir de ce déséquilibre.

L’intervention massive de la BCE ? La FED joue aux USA le rôle qu’on voudrait voir jouer à la BCE. On ne peut pas le faire en Europe sous peine d’hyper inflation. Au plus, on peut en appeler à un moratoire. Il n’y a pas d’argent pour autre chose. S’il a fallu aller massivement au secours des banques, c’est parce qu’on a voulu offrir de l’endettement aux gens afin de compenser la stagnation des salaires devenus insuffisants pour alimenter la croissance – mais quelle croissance? Voir nos articles précédents… Alors, le capital s’est rémunéré en premier – et c’est devenu impossible.

Pour nous, pauvres électeurs (ou abstentionnistes…) le choix offert par les divers partis politiques pour l’échéance à venir est toujours aussi dénué de relief – à moins de céder aux sirènes du FN – qui nous berce de l’illusion d’un possible retour au monde d’avant pour mieux avancer ses troupes disparates – lesquelles nourrissent souvent des rêves beaucoup moins innocents.

Quand les institutions se révèlent incapables de répondre aux attentes des citoyens, il reste la rue .Ce qu’on y entend à La Défense chez nos indignés me semble encore bien confus, bien abstrait, bien éloigné encore des vraies questions et encore plus loin de proposer des solutions. Les vraies questions, c’est dans les rues de Durban qu’on les entend le mieux. Et chez nous ? Tout de même, je reviens encore sur cet article ici même (Vous avez dit « réforme » ? L’Europe - lien). Les réponses ne pourront passer que par plus de justice, plus de supranationalité et plus de démocratie.

A suivre…

Classement  

Une Reponse »

  1. Il y a des pistes qui mènent vers des solutions, comme un développement massif de l’ESS, en particulier de vraies coopératives. Edgar Morin et Stéphane Hessel parlent d’ « économie plurielle ».
    Difficile de jouer aux oiseaux de mauvais augure quant à la fin de l’euro ou de bonne augure quant à la fin de ce que j’appelle le libéral-totalitarisem…car nous sommes, en ce qui concerne ce dernier, en plein dans la nasse. Il faut déchirer le filet!

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