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SOLAGRO et AFTERRES 2050 : Que faire des terres agricoles ?
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 23/11/2011 – 09:59

Encore merci à l’émission Terre à Terre (France Culture samedi 7h05) de Ruth Stégassi ce samedi 19 novembre 2011 (écoutez-la sur ce lien).

Un prolongement alimentaire à Négawatt

Il fallait s’y attendre : après le volet « énergie » élaboré par Négawatt (voir nos articles ou encore ce lien) voici un programme prospectif sur cette autre dimension du futur – particulièrement complexe et sensible puis qu’il s’agit de l’homme et de sa capacité à s’alimenter dans un contexte de tensions sur ces ressources.

Des idées prennent ici le relais des utopies des années 70 mais dans un tout autre contexte et avec des moyens radicalement différents et plus puissants (notamment les statistiques et les modèles numériques). Nous pourrons encore une fois nous convaincre que si la poursuite des logiques actuelles est impossible il existe en revanche des solutions plus équitables et durables.
Ces solutions passent ici par une prise de conscience collective et par une révision pas forcément indolore de nos habitudes alimentaires. De plus, il nous faudra sans doute renoncer aux prix artificiellement bas de certains produits de première nécessité comme les fruits, les légumes et la viande. Dans ce schéma, notre consommation carnée va subir une forte réduction alors même que nous sommes amenés à renoncer aux poissons pour cause de surpêche. On le voit ici plus qu’ailleurs peut-être, l’avenir nous concerne tous, et il implique que nous prenions part à des choix plus respectueux de l’intérêt commun à long terme.

Bien que le volet économique fasse défaut, bien que le plan proposé ne fasse l’objet que d’une présentation privée de tableaux et de chiffres, la direction générale est clairement  indiquée.

SOLAGRO

SOLAGRO est une entreprise associative à but non lucratif qui ambitionne d’ouvrir d’autres voies pour l’énergie et l’agriculture et pour une gestion économe, solidaire et de long terme des ressources naturelles : énergie, biodiversité, eau, air… Cette équipe se compose de 21 permanents dont 17 ingénieurs en agronomie, énergétique, économie, écologie,

Solagro, appliquant à présent la démarche de Négawatt – c’est-à-dire partant des BESOINS – a construit un scénario qu’ils nomment AFTERRES 2050.

La similarité des deux démarches est frappante et leur finalité est identique : dégager des perspectives originales qui prennent en compte les limites écologiques et se libèrent du poids des lobbies.

Premier point : la critique des gaspillages. Dans l’agro-alimentaire, ces déperditions sont inévitables – dans les champs, au sein des ménages, au fond de nos assiettes, transformation, distribution, etc.

Mais une autre forme de gaspillage tient au déséquilibre de nos menus de pays riches. La disproportion en quantité, certes, mais aussi le déséquilibre protéinique avec une consommation excessive de produits carnés et laitiers. Compte tenu du rendement systémique médiocre de cette filière viande, ce sont 82% des terres qui sont affectées à la production de viande et de lait.

Libérer des terres

Le simple fait de suivre des recommandations diététiques plus équilibrées – renforcement de la consommation des fruits et légumes et des céréales, réduction modérée de la consommation carnée - les surfaces nécessaires à l’alimentation de la population française pourrait être réduites de 7 millions d’hectares. Actuellement la balance commerciale « surface » se traduit par un déficit de 1 millions d’hectares alors même que chaque année les terres arables se réduisent de 4000 ha du fait d’abandon d’exploitation et surtout d’artificialisation – essentiellement l’urbanisme.

Mais toucher à l’agriculture est doublement délicat. Il s’agit d’abord d’assurer l’alimentation nationale mais on touche aussi à une activité exportatrice. Sur ce dernier point la situation est complexe. Certes nous exportons du blé, de l’orge, du sucre, du lait et du vin – mais d’un côté nous importons du bois et de l’autre nous compensons nos exploitations et exportations d’oléagineux et maïs pour agro-carburants par l’importation d’huile de palme dont nous avons déjà parlé ici. Nous importons aussi du soja (souvent transgénique) du Brésil pour nos élevages, des agrumes, du café, du cacao, du coton. Pour les légumes, ce sont les importations à des prix issus d’une exploitation quasi esclavagiste qui ont eu raison de nos productions locales.

Quant au mitage de nos campagnes, il n’est pas sans rapport avec une plus value foncière de 5 milliards d’euros/an alors aussi que la surface occupée par habitant progresse régulièrement.

Manger moins et mieux

Pour AFTERRES, donc, le régime alimentaire « manger moins et mieux, plus sain » est au centre des propositions.

Notre consommation de viande s’est fortement renforcée depuis 50 ans. La France se trouve dans une situation très particulière et très privilégiée, rare et luxueuse : disposer de 30 millions d’hectares fertiles est exceptionnel par rapport à notre population. Il faut remettre les priorités dans le bon ordre.

Comme Négawatt, Solagro s’est doté d’un modèle de calcul applicable à l’agriculture pour simuler les besoins en partant de 1960 jusqu’à nos jours et se prolongeant jusqu’en 2050. Ce modèle est basé sur les données de la FAO. Ont été prises en compte toutes les denrées et tous les produits consommés, la population, la pyramide des âges, la tendance démographique

Trois axes de travail

Trois groupes de travail se sont réparti les questions :

1- la demande alimentaire

2- l’utilisation d’énergie et de matériaux

3- les pratiques agricoles, la biodiversité, l’eau, le carbone.

Pour la demande alimentaire, l’évolution est déjà en marche : on consomme moins de viande, moins d’alcool. Le simple fait de réduire à un steak tous les deux jours au lieu d’un steak par jour ( ?) notre consommation de viande mais aussi de réduire nos consommations exceptionnellement élevées de lait et de produits laitiers permettrait de libérer entre 5 et 8 millions d’hectares !

Pour l’utilisation des ressources, l’idéal consisterait en une réduction dans un facteur 4 des émissions de CO2. Cet objectif étant jugé difficilement accessible, il est ramené à un objectif de facteur 2 pour ces émissions de GES.

Pour les pratiques, favoriser l’agriculture sylvo-pastorale, avec davantage de production de fruits, de légumes se heurte au cours des denrées importées, certes. De plus, avec ou sans ce scénario le coût futur de la viande sera sûrement supérieur à sa valeur actuelle. Sur ce dernier point, l’élevage ovin garde par contre toute sa valeur puisque dans de nombreux cas il permet d’exploiter des terres inaptes à quelque culture que ce soit. Il devrait même être doublé en volume – mais reste tout de même une production marginale.

La relocalisation des productions mais aussi la fin de territoires surexploités (Bretagne) devront se rééquilibrer. Il ne faut pas négliger les questions sociales, ni celles qui vont se poser pour l’industrie agro-alimentaire, le ré équipement et la reconversion des fermes : les aides publiques, la taxation et la re négociation de la PAC en 2013 auront un grand rôle à jouer pour ces objectifs à long terme.

Deux axes de réformes

Les réformes devront se développer dans 2 directions : une réforme systémique et une réforme parcellaire.

L’aspect « Système » sera centré sur l’agronomie : espèces résistantes, rotations longues, synergie entre les cultures selon la combinaison de deux modèles :

  • Modèle 1 = Modèle de transition – production intégrée qui tolère azote minéral (mais on divise par 2 le volume requis), et occasionnellement intrants de défense des végétaux.
  • Modèle 2  convergence bio : Les terres sont usées par l’agro industrie. Pour fertiliser les sols on peut jouer sur les matières organiques et éviter les produits agressifs  (fongicides), pratiquer les semis directs sous couvert, qui est la forme aboutie du non labour. On pourrait se passer d’herbicides. Cette agronomie revisitée pourrait concerner 25% des agriculteurs.

Pour la réforme parcellaire, elle consisterait à combiner culture principale, culture intermédiaire, culture associée (pois et blé par exemple), haies (donc bois), agro foresterie, intensification écologique en proportion raisonnée.

Cultiver mieux, donc plus intensément -sur 5 millions d’hectares de moins.

Que faire des terres récupérées ?

Sur les terres récupérées, production d’agro carburants repensés.  Les biocarburants de 1e génération utilisaient les céréales avec beaucoup d’importation directe ou indirecte (compensation par l’huile de palme). Le modèle proposé : pas d’importation d’agro carburants  et réduction des importations d’huile de palme, production locale des protéines végétales pour l’alimentation du  bétail. Les pâturages libérés resteront des prairies naturelles. On réutilisera la récolte de l’herbe pour produire bio gaz. En Allemagne on le fait par le maïs. Il faut éviter ce risque- jouer sur les primes pour encourager par exemple l’exploitation du trèfle.

En conclusion

De mon point de vue, cette initiative se distingue pourtant nettement de Négawatt dans sa forme et son principe, notamment par son aspect hexagonal. Le problème de la nutrition se pose à l’échelle planétaire – ou plus modestement : européen dans un premier temps.

La réforme de la PAC ne peut se rêver au mieux que dans une solution équilibrée qui, certes, tienne compte des idées avancées par Solagro – mais prenne en considération à minima cette échelle continentale dans toutes ses dimensions – y compris sociales. Nos familles les moins favorisées peinent déjà à se nourrir correctement en fruits et légumes et ce qui reste de  la petite paysannerie est dans un grand désarroi. Les changements profonds et nécessaires de nos habitudes passeront dans le monde actuel par des réformes tarifaires impopulaires. Comment les ajouter aux recettes amères de la crise ? Seul un élan né d’une dynamique réellement refondatrice, novatrice et démocratique, le pourrait. Cela dépend de notre conscience et notre lucidité : nous ne pourrons pas nourrir 9 milliards d’êtres humains sur la seule base des modèles anciens.

Classement  

3 Reponses »

  1. Cette recherche d’alternatives fondées sur l’existant, la modification des pratiques, et la vérification de la soutenabilité est une approche résolument optimiste. Contrairement aux affirmations de certains détracteurs, d’autres voies sont possibles et pas uniquement dans nos contrées.

  2. [...] http://dtwin.org/WordDD/2011/11/23/solagro-et-afterres-2050-que-faire-des-terres-agricoles/comment-p… [...]

  3. Norbert Choisy nous envoie ce commentaire :
    « Un chiffre percutant qui n’est pas cité me semble-t-il dans « solagro .. » :
    il faut 7 fois plus de surface agricole pour produire un kg de protéines dans la viande par rapport à 1 kg de protéines de légumes ou fruits, à capacités nutritives égales. »

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