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La crise : croissance, décroissance ? Non : Prospérité!
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 02/11/2011 – 08:24

Cà ressemble un peu à « To be or not to be ? », non?

Et en plus ce n’est pas la première fois que nous abordons ce sujet qui commence à ressembler à un bateau – un rafiot surchargé de lieux communs, même, un bateau de Café du Commerce… Mais quand même : nous en avions parlé à propos d’un article de Mombiot sur Jackson, vous vous souvenez ? « Prospérité sans croissance ».

Alors forcément, je l’ai lu, ce bouquin. J’aimerais vous dire tout le bien que j’en pense. Mais c’est un peu compliqué parce je vois bien que je ne fais pas que des adeptes. Soit : on n’est pas là que pour çà, justement. On est là pour dire ses coups de cœur, pas seulement ses coups de colère ou ses coups de blues.

Comment résumer ? Le livre commence par une citation de Barak Obama le 27 mars 2008 – quand on espérait encore qu’il parviendrait à changer le monde (on a de ces naïvetés parfois) :
« Je pense que tous ici présents sommes prêts à reconnaître que nous avons perdu ce sens de la prospérité partagée ».

Prospérité?

A quoi peut ressembler la prospérité dans un monde fini avec 9 milliards d’habitants ? Alors on pense PIB. Et l’on sait que cet indice est non seulement mensonger mais surtout inatteignable pour tous au niveau de ce qu’il est en Europe et aux USA. Plus grave, la croissance continue du PIB est devenue un analgésique à l’angoisse moderne. L’homme n’est pas si bête…Et notre PIB croissant s’est payé d’une régression sociale non moins continue, d’une montée de l’insécurité et de la précarité. Etrange progrès !

On pensera ce qu’on voudra du Club de Rome, voire de Malthus – mais la généralisation du PIB au niveau de celui des USA sur l’ensemble de la planète va demander une multiplication par 100 de l’économie de la planète. Est-ce que ce monde est sérieux ? C’est vrai qu’on a réussi dans un rapport de 70 depuis Malthus. La rareté des ressources – avait prédit le Club de Rome – ne pouvait qu’augmenter les prix et entraver la croissance – ou bien l’épuisement des ressources entraînerait celui de l’activité économique. Ces prévisions concernaient le début du XXIe siècle… et nous y sommes !
Prix du pétrole, prix alimentaires, terres productives, minéraux – là nous sommes au cœur de la crise et non à ses symptômes. 

 Nous sommes à court de planète. Le rapport Stern soulignait l’urgence de la réduction du CO2 sous peine d’une crise encore plus grave – sècheresse, montée des océans, disparition de terres agricoles… Comme nous n’en avons pas tenu compte, le défi est encore là, seulement plus difficile.

Alors certains (je n’en étais pas loin) ont pensé que la solution reposerait sur le découplage de la croissance en dollars par rapport aux flux physiques. Le livre de Jackson balaie cette possibilité. Alors pourquoi nous acharner à la poursuite de la croissante ? Tout simplement parce que c’est un crime dont il suffit de rechercher le coupable. Le système actuel ne sait exister qu’à travers une croissance tirée par la consommation.  Lorsque la machine s’enraye, on se contente d’injecter de la dette. Nous avons vu la fin de cette brillante mécanique. Mais cette dette se double d’une autre dette autrement plus inquiétante : la dette écologique.

Repenser le système

Qu’il faille repenser ce système est l’opinion la mieux partagée au monde. Mais je pense que nous sommes ici entre citoyens de progrès et renoncer au progrès n’est pas un objectif défendable. Encore faudrait s’entendre sur ce qu’est la prospérité. Ce n’est ni la croissance ni la consommation. C’est un monde où chacun peut s’épanouir, partager et accéder au bien-être – mais en réduisant notre impact sur la planète. Lorsqu’on enquête sur le bien-être subjectif on s’aperçoit que l’argent compte… pour 7% – et le relationnel pour plus de 50%. Il ne fait pas bon dire que le pourcentage de gens se déclarant « heureux » cesse de progresser dès que le PIB atteint celui de l’Argentine – 5000 dollars par an ! Notons que l’espérance de vie obéit au même seuil asymptotique. Il en va de même pour la mortalité infantile et l’enseignement. Les USA sont à 10 fois cette valeur sans forcément se démarquer beaucoup vers le mieux !

  • Bien se nourrir, se chauffer
  • Etre à l’abri des maladies évitables
  • Partager la vie communautaire, se rencontrer
  • Se sentir respecté
  • La confiance, la sécurité, le travail utile.

Pourrions-nous être d’accord avec cette ambition ? Alors il n’est peut-être pas indispensable de mobiliser des tonnes de CO2 et de matières premières pour y parvenir ?

Démystifier le découplage

L’impact de l’homme de la planète est assez bien représenté par l’impact en CO2 – ou intensité en carbone. Nous constatons un progrès de l’efficacité énergétique (CO2/dollar produit) de l’ordre de 0.7% par an sur 20 ans depuis 1990 – mais la population s’est accrue de 1.3% par an et son revenu moyen s’est accru de 1.4% par an. Conclusion : on va encore une fois dans le mur. En 17 ans, augmentation des émissions de 40%. Poursuivre sur la même voie, c’est 80% d’émission en plus en 2050. Quel progrès serait envisageable? La poursuite des courbes montre qu’il faudrait une efficacité qui divise par 80 les émissions unitaires de CO2 par dollar de production (30 à 40g CO2 au lieu de 860). Encore s’agit-il d’un scénario profondément inégalitaire – le rattrapage des pays pauvres se chiffre avec des valeurs encore plus délirantes.

L’investissement écologique est inévitable et fondamental.

Quelle sera l’ampleur de cet investissement ? Bien peu s’aventurent à la chiffrer. Le GIEC parle de « moins de 1% du PIB mondial » … jusqu’en 2050. Le PIB mondial est estimé à 62 000 milliards de dollars. Un investissement de 620 milliards par an ? Quand on voit que la Chine a consacré 250 milliards à cet objectif en 2010 – et vu ce que nous consacrons au sauvetage des banques – ce montant entre dans des ordres de grandeur avec lesquels il faudra se familiariser. Pour autant ceci pourrait se traduire par un sérieux ralentissement de la consommation dans les pays riches – qui vont devoir aider les pays pauvres… à ne pas aggraver le bilan ! C’est pourquoi il importe de sortir de « la cage de fer du consumérisme – ce qui n’est pas dans l’air du temps.

Sobriété : « dépasser le langage des biens »

L’investissement écologique requis sera moindre si la consommation est moindre. Mais c’est alors l’ensemble du modèle économique qui est en jeu. Dans cette nouvelle donne l’efficacité productiviste devient un piège et il faut inverser la tendance actuelle à l’allongement du temps de travail – qui s’ajoute à l’efficacité industrielle pour accroître la quantité de biens produits et alourdir l’impact sur la planète. C’est dans cette perspective que Jackson préconise (avec d’autres comme Michel Rocard)  la réduction du temps de travail. Gageons que de ce point de vue beaucoup de travailleurs de toutes les catégories verront d’un bon œil l’allègement des pressions sur la productivité individuelle. Nous n’avons plus assez de planète pour produire plus !

Alors c’est vrai, il va falloir aussi dépasser le « langage des biens » qui nous rassure à coup de grands et petits écrans, de vastes maisons et de voitures surpuissantes. La consommation – cela a été démontré de multiples fois par de très nombreux philosophes – ne se perpétue que grâce à la permanence de son échec à nous rassurer. Mais ce défi est immense : il concerne nos angoisses, nos valeurs, nos modes de vies. Plus que tout, à mon avis : ce projet se brise sur la confiance perdue en nos dirigeants politiques.

Keynésianisme et New Deal Vert

C’est en effet un effort – et une audace – comparables à ce qui a été fait dans les années 30 qui semble de taille à renverser ces tendances littéralement désastreuses. De quoi s’agit-il, de quels scénarios ? D’abord et surtout pas de « règle d’or » – je peux n’avoir rien compris mais il me semble n’avoir rien entendu d’aussi stupide depuis longtemps – ce qui ne justifie pas davantage l’emballement de la dette consumériste, évidemment.
Il s’agit cette fois de recapitaliser non l’industrie des biens de consommation mais les systèmes énergétiques mondiaux – et l’agriculture – pour créer un monde sobre en carbone :

  • Bâtiments sobres en énergie
  • Réseau électrique intelligent
  • Energies renouvelables
  • Transports collectifs
  • Nouvelle génération d’agro carburants

Mais aussi sans doute voiture électrique, stockage de l’énergie, stockage du CO2…

Il n’est pas abusif de parler de keynésianisme puisque ces investissements vont aussi se révéler bénéfiques en termes de sécurité d’approvisionnement et certainement aussi en termes de prix de revient de l’énergie – les ressources fossiles subissant une hausse des prix assez prévisible. Par ailleurs ces investissements créent beaucoup plus d’emplois que l’industrie de biens de consommation – et plus que l’industrie du pétrole à budget égal. Et ces emplois ont aussi DU SENS pour ceux qui en seront chargés.

Quelle stratégie ?

Tout repose sur la finance, certes – et sur un plan de relance intelligent. On a parlé d’un plan de l’ordre de 4% du PIB dont une proportion allant de 20 jusqu’à 50% pour l’économie verte … Mais qui en parle aujourd’hui? Sur quelles bases démocratiques? Avec quelle information?

Dans l’ensemble de ce processus, l’état tient un rôle central. C’est lui et lui seul qui peut investir (ou garantir) ces sommes colossales. C’est à lui et surtout à ses élus de rétablir la confiance.

Changer de modèle c’est aussi donner à chacun des raisons d’y adhérer, et le sentiment de ne pas y perdre. C’est pourquoi des mesures devront garantir l’emploi, la protection sociale, l’accès aux « biens commun » – le logement, l’école, l’énergie, l’eau… De multiples expériences locales démontrent que de telles politiques se traduisent par la diminution des tensions et le renforcement de la solidarité. Trop de terrain a été perdu et trop de temps aussi : il importe de reconstruire une société apaisée, sûre et fière d’elle-même, de son avenir, de ses réalisations.

Une chance pour l’avenir

Ce qui ressort de cette lecture du livre de Tim Jackson, c’est la chance que la crise offre aux états pour reprendre la mission qu’ils n’auraient jamais dû abandonner : préparer l’avenir. Quant à nous, cet avenir n’est pas simple. Nous n’avons plus le goût d’abandonner la proie pour l’ombre – nos abandons n’ont jamais tenu depuis 50 ans les promesses de cette servitude volontaire en faveur de la finance.
Il nous faudra veiller sur deux fronts : celui de la désignation de nos élus et celui du contrôle de leur mandat. Ce n’est pas autre chose que ce à quoi nous invitent des penseurs de la démocratie. Depuis Marcel Gauchet au moins nous savons que ce ne sera pas simple!

Une Reponse »

  1. Les neuroloques et les économistes devraient travailler et rechercher de concert , surtout depuis l’évidence de la plasticité du cerveau (voir Jean-Pierre Changeux). Mais où et comment trouver des experts incontestables suivant des critères universalistes ? Alliant , comme en informatique, harware et software
    pour éviter les pièges de la croissance, de la chimie, de la démographie, des religions, des flux financiers, etc…Malthus, I D H , eau et énergie, dans cet
    inventaire à la Prévert, que ne maîtrise aucun sociologue….. et que d’infinies transversalités, dépendant du  » hic et nunc  » ! On dirait désormais  » think tank  »
    Recherchons  » phares  » de l’humanité et dignité de l’ Homme !

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