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DSK versus Christine Lagarde: bonnet blanc et blanc bonnet ?
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 31/07/2011 – 15:53

Avec un peu de recul…

L’évènement sensationnel, incroyable et superlatif de la chute de DSK s’estompait et se fondait dans la brume indistincte du bruit de fond de l’actualité. La scène avait fait place au Tour de France (que j’adore) et aux vacances de nos peoples habituels – bronzés et enceintes compris. Le vieux gladiateur martyr ou le vieux beau lubrique ne faisait plus l’objet de débat pour les salons des plages estivales. Heureusement ce week-end estival a apporté une nouvelle brassée d’images et de scoops…

Pourtant, si nous nous replaçons trois mois avant cette fin juillet c’est une toute autre question qui se posait. Encore une fois la revue Alternatives Economiques proposait un regard original sur DSK, certes, mais sous l’angle de son action au sein du FMI. En feuilletant les archives de la revue, je suis tombé sur cet article. Là il n’est pas question de la suite de Manhattan mais de la nature de l’action et de l’influence de DSK sur le FMI. Et comme il s’agissait à l’époque de choisir un successeur à DSK l’hypothèse Lagarde était évoquée par ailleurs en des termes beaucoup moins optimistes que les commentaires quasi unanimes qui devaient plus tard accompagner sa nomination.

Comme je sais que nous n’avons pas temps… je soulignerai rapidement quelques traits du point de vue de l’auteur – Christian Chavagneux. Mais une lecture complète est fortement recommandée.

« Depuis quelques années le FMI a tenté de surmonter les multiples faiblesses qui avaient conduit à son discrédit – de sa panne de leadership à son manque de légitimité, en passant par l’effondrement de son modèle idéologique et la rigidité tout autant que le coût social de ses interventions. ».

Les dernières déclarations de DSK dans le cadre de son ancien mandat sont à présent bien oubliées. Pourtant à les revisiter on comprend mieux le soulagement de ses ennemis – voire de quelques uns de ses « amis » lorsqu’il a été écarté pour les raisons que chacun sait de la course à la Présidence.

Pour DSK, si les pays doivent faire attention à maîtriser les déficits budgétaires, « il faut être capable de relancer la croissance malgré cela » – l’orthodoxie libérale est bousculée. Le FMI, institution moribonde en novembre 2007, va voir son rôle relancé par la crise en 2008. Une succession de déclarations courageuses – laisser filer les déficits, prévoir une crise majeure – re légitiment sa position de gouvernance cependant qu’il fait une place plus large aux émergents. Après 30 ans de domination ultralibérale, on parle à présent de contrôle des capitaux, d’intrusion dans les banques privées, des coûts humains et sociaux de la crise et de taxe sur les transactions ! Avec ces nouveaux analystes maîtriser l’inflation ne suffit plus, l’équilibre entre l’état et la finance doit être revu au profit du premier.

Même si de nombreuses interventions se sont malgré tout poursuivies dans style bien connu des rigueurs budgétaires, d’autres actions comme en Lettonie, Hongrie et Roumanie ont fait preuve d’une souplesse plus conforme à ces idées nouvelles. Mais en Europe le FMI n’intervient pas seul. La Commission et la BCE se révèlent bien plus rigoristes et dures socialement pour protéger les intérêts des banques. On n’en parle guère mais en Grèce c’est le FMI qui a insisté pour protéger les petits revenus et les retraites de la fonction publique. En Irlande c’est le FMI qui a défendu la solution qu’une partie des dépréciations investissements étrangers soient pris en charge par les investisseurs. Position similaire sur les réductions de salaire en Irlande. Bref, des observateurs directs de ces crises et des négociations en vue des solutions témoignent d’un réel changement – même s’il reste fragile et partiel – ce qui fait dire à des syndicalistes que c’est la Commission qui se révèle droitière et réactionnaire – et non le FMI.

Aussi je citerai la conclusion d’un article ultérieur – après la chute – signé de Philippe Frémeaux en juin dans la même revue :

« Nul n’est indispensable. Au FMI, Dominique Strauss-Kahn avait mis en musique des évolutions déjà en partie sur les rails, comme la meilleure représentation des pays émergents ou une philosophie de l’ajustement plus nuancée. On peut néanmoins craindre que son(sa) successeur(e) revienne à une logique plus strictement libérale, à la différence d’un DSK fondamentalement keynésien. C’est en Europe que le vide laissé par son absence pourrait être le plus grand. Alors que les institutions communautaires ont perdu la main et que l’Union gère sa crise dans un cadre purement intergouvernemental, sa compétence va nous manquer, et plus encore, le sens sincère de l’intérêt général européen qui l’animait ».

Reste à Christine Lagarde la tâche de reprendre cette mission. Il existe quelques raisons de penser que cette succession a des chances de marquer un retour à des options plus classiques – voire « éprouvées ».

Ce billet n’est pas un billet militant, une allégeance politique. Les stratégies financières constituent certes une part essentielle des choix à opérer pour surmonter la crise actuelle. Mais elles sont aussi et surtout ‘indispensables au  redéploiement technique, social et industriel requis par une autre crise (d’ailleurs constitutive de la première) : la crise de l’énergie et des ressources alimentaires. C’est ce que Eloi Laurent, économiste à l’OFCE, développe dans son ouvrage Social-écologie. Vidéo de cet auteur sur ce lien.  Une fois encore, les solutions du passé et les simplifications trop étroites doivent être revisitées. Les choix politiques légitimes des uns et des autres doivent être examinés à la lumière de ces couplages entre les trois domaines économique, social et écologique.

 …A suivre.

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