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Attention : un peuple peut en cacher un autre…
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 25/07/2011 – 08:44

La rapidité des changements techniques, politiques et civilisationnels  pose des problèmes d’adaptation très bien décrits notamment par jacques Ellul. On s’attend en effet à ce que ces changements provoquent chez la majorité des citoyens - le peuple – des réactions d’anxiété pouvant aller jusqu’au rejet du progrès promus par les élites au pouvoir.

Il semble qu’un vent différent souffle sur les grandes démocraties modernes. Par exemple, l’image que nous nous faisons des Etats Unis avec un pays profond enraciné dans un conservatisme anti-moderne et anti-état mérite des nuances que nous apporte notamment ce billet de l’ambassade de France :

Présidentielle 2012 : les électeurs n’adhèrent pas au climato-scepticisme
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/67260.htm

On découvre ainsi que les élus conservateurs  américains ne sont plus suivis par leurs électeurs – lesquels s’avèrent nettement plus ouverts aux questions climatiques que leurs représentants.

En France l’écoute de l’émission de France Culture « L’économie en question » du 23 juillet – en forme de bilan – (écouter le lien)  me semble un signal modeste mais néanmoins intéressant. Ces spécialistes habités par un certain conformisme (…à mon avis et compte tenu leurs prises de positions habituelles) commencent à reconnaître non seulement l’importance que revêtent les questions environnementales mais aussi une fréquente cécité chez beaucoup d’entre eux sur ces questions. A présent la crise grecque pourrait, dans cette perspective, se trouver ramenée au rang de problèmes sérieux mais pas forcément de premier plan pour le futur proche.

D’ailleurs sur la crise grecque ces mêmes spécialistes commencent à adopter une approche qui remet en cause le pouvoir excessif des banques et les œillères sur un réaménagement déjà évoqué ici.

On peut tirer de ces indices quelques réflexions.

D’une part l’obscurantisme des foules est un schéma révolu – heureux effet d’une meilleure éducation et de la multiplication des canaux d’information. Mais d’autre part ce progrès de nouvelles « lumières » ne semble pas à même de pénétrer le cercle des élites. Il faut croire que le confort de positions acquises trop souvent dans des continuités plus ou moins « dynastiques » (en tout cas sans brassage sociologique majeur) obscurcit la vue de nos décideurs. On ne peut pas écarter que l’influence des principaux groupes de pression économiques et industriels participe à cette réfraction des idées vers les cercles supérieurs. Les consanguinités qui se développent entre ces divers milieux et le pouvoir politique rappellent celles – génétiques – qui minaient l’aristocratie de l’ancien régime… Toujours est-il que le cercle des élites se trouve à la traîne du renouvellement des schémas de perception des problèmes majeurs du futur proche.

Ce constat peut être lu avec satisfaction et fierté par les acteurs de terrain et les citoyens engagés en recherche d’une société plus juste et plus durable. Pourtant il révèle un déséquilibre qui par le passé s’est souvent traduit par des explosions de violence dévastatrices, quand le blocage  bottom to top se transforme en un upside down incontrôlable – quand la démocratie est entravée dans la remontée des forces créatrices.

La césure entre les élites et le peuple tourne au confinement des idées au refus des évidences et à la multiplication d’embuscades sous forme de mini désastres mis en scène dans le quotidien des journaux télévisés. Les mesures à prendre pour assurer à l’humanité un devenir durable dans le respect de la dignité de tous ne sont ni simples ni indolores, et cela les peuples le savent. Mais différer cette annonce à seule fin de préserver au lac des apparences une surface suffisamment apaisée pour porter le frêle esquif d’une réélection est une stratégie irresponsable qui ne peut se survivre longtemps. Elle est surtout porteuse de menaces graves pour l’avenir – la survie de l’humanité – et dans le présent elle se traduit par des distorsions dont les conséquences sont supportées quasi exclusivement par les plus modestes et par les pays les moins avancés.

A penser ainsi l’idée vient que les mouvements d’ « indignation » ne sont pas forcément moins pertinents que les experts financiers pour dégager les réformes à appliquer. Encore convient-il de se garder d’une inversion complète des logiques : l’indignation doit se traduire en une réinvention de la démocratie et de la justice et ne pas s’arrêter au simple renversement de l’ordre ancien. Il faudra réunir beaucoup de vertus et d’imagination pour surmonter cette défaillance objective des élites sans éluder pour autant la nécessité d’un gouvernement plus éclairé, légitime et respecté de tous.

Alors, restons à l’écoute de tous ceux qui, proches ou lointains, étudiants ou universitaires, dirigeants ou simples citoyens, militants ou poètes – creusent les galeries du futur dont nous parle Victor Hugo.

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