Banner
Il faut supposer le problème résolu
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 11/07/2011 – 17:23

N’ayons pas peur… N’ayons pas peur de penser que nos réflexions comportent une part de bon sens suffisante pour être partagées y compris par les décideurs et les politiques. Drôle d’idée, non ? Et pourtant nous devrions être avertis. Quiconque a travaillé dans une grande (ou pas si grande) entreprise, voire une administration, sait bien que la stratégie du chef c’est d’abord le pouvoir de dire « »non ». L’indifférence et le mépris dans lesquels sont reçues les propositions que nous relayons sur ce blog comportent un effet de façade. « Nos » idées sont certes irréalistes, parfois grotesques – mais les pouvoirs en place n’en préparent pas moins leur application sur le moyen terme. Le fait de ne pas l’annoncer présente un double avantage. D’abord on évite d’accréditer des discours dérangeants et des masses incontrôlables. Ensuite on évite de heurter de front le conservatisme et les intérêts des groupes de pression en place les plus puissants.

Prenons l’exemple de l’éolien offshore (voir article l’Usine Nouvelle du 11 juillet (lien). Citons simplement : « Après des années d’atermoiements, la France va enfin se doter de ses premières éoliennes offshore. ». Mais aussi regardons comment le très conservateur « Cercle des Economistes » est à présent écouté lorsqu’il parle de la nécessaire « restructuration de la dette grecque » (lire : annulation partielle). On parle même d’une taxe Tobin, de la création d’une agence de notation européenne… Que du bonheur, non ?

Soyons réalistes. Comment les hommes et les femmes qui dirigent la politique pourraient-ils être fiers et satisfaits en continuant à suivre dans un panurgisme absolu les injonctions du monde financier – quelle que soit la proximité de ces deux mondes ? Et comment pourraient-ils ne pas redouter un vaste mouvement de protestation, de révolte plus ou moins sauvage, une sorte de printemps européen qui emboîterait le pas aux printemps arabes – et là ils ne disposeraient pas des mêmes moyens « dissuasifs » qu’un Kadhafi ou qu’un Bachar Al-Assad.

Alors, oui, le vieux monde du pétrole, de l’atome, de l’hyper libéralisme et de la finance craque de toutes parts. Et nous, citoyens, que faisons-nous ? Nous continuons à désespérer et à nous résigner !

Il faut revenir à des idées simples – me semble-t-il. C’est ainsi que travaillent les ingénieurs depuis l’antiquité : ramener des questions infiniment complexes à une infinité de solutions partielles, imparfaites et fragiles mais qui finissent par repousser les limites du possible.

Certes, comme l’écrit Jean-Michel Masson sur son blogue, il faut de défier de Lorelei ? Je dirai que nous sommes nous-mêmes victimes de nos habitudes et de nos doutes – pour tout dire : sujets à un certain conservatisme…

Faut-il avoir peur du « mouvement perpétuel » ? Ce vieux rêve alchimiste est sur le point de devenir possible avec les énergies renouvelables (voir notre article suite au rapport du GIEC – lien). On ne prétend pas que ce passage s’effectuera sans accidents, sans mauvaises surprises et autres sorties de route. Mais il se fera. La conséquence, si nous voulons raisonner pour le futur, c’est qu’il faut considérer le problème de l’énergie comme résolu. Je le répète, il ne s’agit pas d’ignorer les difficultés, les efforts et les aléas – mais cette voie est ouverte. Qu’y aura-t-il au bout ? Là est la question.

Le mix énergétique qui aboutira à la solution comportera sans doute du nucléaire. La Chine, grand investisseur dans les énergies renouvelables, envisage dans le même temps la poursuite de son équipement nucléaire à grande échelle (lien). Remarquons au passage que la Chine est consciente des objections dont nous nous sommes fait l’écho sur les limites d’approvisionnement par exemple. Peut-être d’ici 40 ou 50 ans la science nucléaire, libérée des lobbies industriels et commerciaux qui stérilisent l’innovation, aura-t-elle autre chose à proposer (la fusion, le thorium ?). Mais d’une façon ou d’une autre nous serons libérés à terme du « vieux » nucléaire et des énergies fossiles.

Est-ce à dire que nous pouvons être assurés d’un avenir béat, le retour à une civilisation d’abondance et de justice ? Evidemment pas : le combat pour l’avenir c’est le rocher de Sisyphe ! Faut-il rappeler le niveau d’injustice auquel nous sommes parvenus lorsqu’on fait payer aux pauvres les erreurs des banques des riches, lorsque les travailleurs les plus démunis paient les dettes accumulées pour acheter les armes que le pouvoir retourne si facilement contre eux ? Mais une chose est sûre : avec une énergie non pas surabondante mais suffisante – et non polluante – il va devenir possible de satisfaire certains besoins fondamentaux des humains – l’électricité en fait partie. Ensuite, il devient possible d’utiliser au mieux cette énergie pour avancer sur des questions apparemment sans issue à ce jour – y compris sur la question de l’eau et peut-être (mais comment?) celle des besoins alimentaires, et il redevient possible de construire des villes durables car de plus en plus d’hommes sont amenés à s’y installer.

On s’aperçoit surtout qu’il redevient possible de sauver ce qui nous reste de nature. En premier lieu le recul des énergies fossiles diminuera les agressions écologiques liées à des exploitations à risque comme les forages en mer profonde ou en Arctique, les gaz et huiles de schiste – mais aussi les mines d’uranium d’un côté et les déchets radioactifs de l’autre.

Quand cette énergie suffisante sera présente, on s’apercevra aussi qu’une part de gratuité peut exister, qu’un partage aussi généreux que celui que nous apporte le soleil (car au fond c’est de l’énergie solaire sous toutes ses formes – l’éolien en fait partie) peut et doit se traduire dans nos formes d’organisation sociale.

Mais revenons à l’éolien. On envisage d’ici 2020 un investissement de l’ordre de 300 milliards d’euros en Europe (le projet actuel pour la France est voisin de 10 milliards). Cela ne dit rien à personne. Mais cela correspond dans nos pays développés à 300 ou 400 000 emplois (enfin : c’est mon estimation : qu’en pensent les économistes patentés ?)  qui se poursuivront sur les années à venir. Des emplois qualifiés, assez faiblement délocalisables hors Europe… C’est cela aussi la bonne nouvelle : redonner un sens au travail, à l’emploi – et que les jeunes techniciens et ingénieurs, mais aussi les ouvriers du béton et des aciéries – retrouvent leur fierté, le sentiment de faire une œuvre utile.

Alors, tout va bien ?

On sait bien que non. Mais se dire que nous allons plutôt dans la bonne direction sur ce point devrait nous permettre de revenir aux questions essentielles qui restent ouvertes. Pour cela il faut briser l’enfermement de la dépression. Comme le soulignait Keynes – grand admirateur de Freud – c’est au double sens économique et individuel qu’elle sévit.

Ah, on se croirait revenus au bon temps de Lénine : « La révolution, c’est les soviets plus l’électricité ». Ou Mao avec les Cent Fleurs, le Grand Bond en Avant… On connaît. Heureusement. Mais ce futur ne sera pas pire qu’aujourd’hui, non : cette ouverture est une chance pour que ne s’accomplisse pas la prophétie d’une humanité courant à sa perte, une humanité de trop vouée à la revanche de Gaia. Cet ébranlement des archaïsmes en cours ne doit pas nous démobiliser mais il ne doit pas non plus rester sans échos dans notre prise de conscience. Le maillon ancien qui cède ici, celui du pétrole et du charbon, doit simplement nous rappeler à notre responsabilité : non seulement nous devrons en faire céder d’autres mais nous devrons les remplacer par de solides anneaux d’un meilleur métal – celui d’un humanisme retrouvé ? Oups … ce n’est pas un peu excessif, tout çà ? A vous de voir…

Classement  

Laisser un commentaire