Banner
La stratégie du choc nucléaire
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 25/04/2011 – 17:57

Comme il est étrange, alors que nous sommes à une croisée des destins de nos civilisations, de constater le retrait, le retrait des citoyens face aux évènements extraordinaires de ce début d’année !

Faut-il s’en étonner? Observons de plus près un débat très révélateur des enjeux à venir. Je reparlerai ici des gaz de schistes non comme une obsession – bien que cela puisse nous inquiéter à juste titre – ou une polémique – mais comme une illustration parfaite des débats et des dilemmes qui vont désormais interroger notre monde moderne.

Revenons sur ce que nous savons des gaz de schiste. Un excellent article du Monde peut être trouvé sur ce lien.

Le choc provoqué par le désastre Japonais à Fukushima est peut-être d’autant plus puissant que les media, appelés à d’autres urgences, n’en fournissent que des échos de plus en plus espacés et de moins en moins précis. La résignation à des conséquences très graves et très durables semble aller de soi. Mais comme tout traumatisme mal assumé, cette terrible réalité continue en nous son travail de sape. Alors, pour non pas « en sortir » mais pour nous rassurer nous sommes prêts à tendre l’oreille à toutes les sirènes dès lors qu’elles nous délivrent de la dépendance au nucléaire sans éveiller l’hostilité arrogante des experts qui entourent nos gouvernants.

L’opinion publique est de plus en plus sensible aux appels en faveur de la sortie du nucléaire mais – spécialement en France – on n’en discerne guère la possibilité. L’opinion est également inquiète face à ce fameux « oil pic » sensé marquer le début de la fin du pétrole. Ce sujet n’est plus tabou – certains (de plus en plus nombreux) pensent que ce pic est dépassé (en 2006).

L’apparition des énergies fossiles non conventionnelles repose sur les forages en eau profonde (mais l’accident du Golfe du Mexique a sérieusement terni cet espoir) et à présent sur les gaz et huiles de schiste.

Fort heureusement, en France, le gouvernement a mis en avant une exploration du Larzac. Amnésie ? Goût de la provocation ? Inconscience ? Les « vieux » militants n’ont pas oublié ces terres devenues qui plus est le fief de José Bové ! D’où de très vives oppositions – qui trouvent des échos en Europe.

Il n’empêche : 90 ans de consommation actuelle de gaz que nous pourrions ne plus importer… sans compter les gisements d’huile de schistes… Les économistes ne peuvent tirer un trait sur ces ressources. Ils n’ont pas tord : ils rêvent de repousser de près de 100 ans la question de la fin des énergies fossiles.

Du point de vue de l’avenir de la planète – de l’espèce humaine – lela vision est radicalement différente. D’une part l’exploitation des gaz de schistes est localement dévastatrice. Pour parler le langage des économistes, un pays qui place l’industrie touristique au premier rang de ses activités peut-il se permettre de s’autodétruire ? D’autre part en termes de gaz à effet de serre cette exploitation n’est guère plus propre que le charbon – dont les réserves sont très importantes et qui peut  alimenter des centrales couplées à une séquestration du CO2 (solution probable pour la Chine). Les gaz de schiste non seulement dégagent encore du CO2 en brûlant mais libèrent inévitablement du méthane (beaucoup plus redoutable que le CO2 pour le réchauffement climatique). D’où un bilan « carbone » désastreux.

Il faut garder présent à l’esprit le danger du réchauffement climatique qui dépasse celui de l’épuisement des ressources. A quoi nous serviront des ressources quand la planète sera devenue largement inhabitable et incapable de nous nourrir ?

Renoncer simultanément au gaz de schiste et au nucléaire

Il est clair que renoncer simultanément au gaz de schiste et au nucléaire posera des  problèmes techniques et financiers considérables – spécialement en France. Dans le débat qui va s’engager – et que nous avions prévu sur ce site) les intérêts des pétroliers – Total et ses partenaires – vont vite s’appuyer sur notre désarroi. Faute d’une préparation suffisante à ces questions, l’opinion publique sera tentée de ses rallier au point de vue de « l’enrichissement et de l’indépendance énergétique du pays ». Croire que les économies d’énergie résoudront à elles seule le problème serait naïf. Sans doute les énergies « vertes » constituent une part de la solution ? Certes, mais limitée (voir notre billet).

Quel projet?

Le vrai débat devrait promouvoir des projets à la mesure de cette crise globale. L’arrêt et le démantèlement des centrales nucléaires, le déploiement massif d’éoliennes, de panneaux solaires, de bio-générateurs, de centrales géothermiques, la transformation de l’architecture vers des constructions passives, des éco quartiers et une nouvelle politique urbaine, le redéveloppement du fret ferroviaire et fluvial, sans doute un parc de voitures électriques, la multiplication et de déploiement de technologies vertes, les économies d’énergie, le développement de l’agriculture biologique … Ce n’est plus une évolution : c’est une révolution. En tout cas un programme qui bouleverse l’approche économiste actuelle. Où trouver l’argent ? Les fonds existent et ne savent pas où s’investir – voir « les Economiste Atterrés ». Les forces de création et de travail existent – voir le sous emploi des jeunes et des séniors de 50 ans. Répartir cet effort, ce travail, le poids de ces investissements serait un projet politique clair qui rassemblerait au-delà des clivages politiques vers un but essentiel, dynamique, humaniste et cohérent. Ce changement n’est « impossible » que parce que nous nous sacrifions la démocratie aux sophismes des groupes industriels et financiers repliés sur la peur d’un véritable avenir et obsédés par l’accumulation d’une richesse inconcevable et surréaliste.

D’où l’impérieuse nécessité d’une revitalisation de notre démocratie – voir notre article.

Laisser un commentaire