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Démocratie écologique
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 23/04/2011 – 10:43

L’article de Dominique Bourg & Kerry Whiteside sur le site de La vie des idées pose la question du mode de gouvernement requis pour la prise en compte d’un futur qui ne soit pas qu’immédiat.

http://www.laviedesidees.fr/Pour-une-democratie-ecologique.html

Notre consommation ne cesse d’augmenter et la planète est exsangue.

Confier notre salut au progrès technologique et à l’économie relève de l’illusion. La solution est politique : c’est à la refondation de notre démocratie représentative qu’il faut tendre. L’État est la seule instance qui permette de préserver et de promouvoir l’intérêt général

Les auteurs analysent le parallèle entre le gouvernement représentatif moderne et la démocratie grecque antique pour ambitionner une nouvelle étape : la démocratie écologique.

Les  réponses aux grands problèmes environnementaux heurtent les prémisses organisationnelles et éthiques du gouvernement représentatif moderne :

  • bases territoriales de la liberté
  • production et la consommation considérées comme illimitées et comme les instruments principaux du bonheur individuel.
  • dimension temporelle du gouvernement représentatif

Les chambres hautes sont enclines à se tourner vers le passé. Dans le monde d’aujourd’hui, le présent est plus avantagé que jamais. Le futur est la circonscription négligée de la politique représentative moderne. Les représentants qui défendent les intérêts des générations futures ne pourront certainement pas compter sur leur appui aux prochaines élections !

Comment gouverner ?

Les auteurs plaident pour une démocratie écologique pour la survie de  notre espèce, pour le  respect de la vie et  la dignité du destin des hommes. Avec une large concertation, les experts et les scientifiques y seraient les garants des données du débat. L’ambigüité de spécialistes trop liés aux gouvernements quand ce n’est pas aux groupes industriels peut d’après les auteurs être contre balancée par un place privilégiée réservée aux ONGs.

Quelques objections

D’une part l’indépendance des scientifiques est, en effet,  loin d’être acquise. D’autre part le déroulement du Grenelle de l’environnement a laissé percer combien il était tentant pour des ONGs de se sentir flattées de l’accès aux cercles gouvernementaux – la preuve en étant que la question du nucléaire n’a pas été soulevée, par exemple.

Je reste persuadé que les cercles « spontanés » de citoyens et les réseaux sociaux (du Net) sont appelés à jouer un rôle fondamental dans un pays dont il ne faut pas sous-estimer le niveau élevé de formation de la population. La vigilance citoyenne est un devoir et sera une réalité. Les ONGs en seront le relai, de même que les partis politiques mais la réflexion doit s’enraciner dans une population éclairée.

L’individualisme et le repli sur soi dans un contexte de difficultés sociales lourdes ne favorisent pas cette démarche. La délégation démocratique doit s’accompagner d’une prise de conscience. Il faut, comme avec cet article, faire l’effort de nous en  emparer.

Le monde de la pensée n’est pas encore déserté. Nous avons cité ici Edgard Morin, Naomi Klein, Geneviève Azam, Paul Ariès, Yvan Illich, Alvin Toffler, Jacques Ellul – et nous en omettons bien d’autres – sans compter les éclairages apportés par de grands scientifiques comme Albert Jacquard et Hubert Reeves.

L’autre axe proposé par les auteurs est la création d’une « chambre haute » et/ou un Conseil d’état spécifique – arbitre pour les projets dès qu’ils touchent d’une façon ou d’une autre le long terme. Ces « sénateurs écologiques » seraient élus sur des mandats longs et donc soustraits à la tyrannie d’élections trop rapprochées. Cette idée me semble mériter qu’on y réfléchisse.

Reste l’éternelle question du basculement vers ces réformes

On peut s’inquiéter : la catastrophe nucléaire de Fukushima n’a pas vraiment déclenché un salutaire électrochoc, et la confirmation répétée des menaces nées du CO2 et du réchauffement climatique a bien peu d’impact sur l’appel à une reprise économique sans réorientation.

Les chocs écologiques et les crises financières ne cessent de se multiplier et de s’accélérer. Tant que le parallèle n’aura pas été établi dans notre imaginaire entre ces deux maux, les combats isolés des uns (les écologistes) et des autres (les « économistes atterrés ») ne pourront se rejoindre et l’on poursuivra la marche vers ces impasses.

Il est donc d’autant plus important de nous intéresser à des apports comme celui de Dominique Bourg et Kerry Whiteside. Ils défendent une sortie de crise démocratique et écologique – à quoi il convient d’ajouter : et économique. Leur document dense et profond mérite une lecture attentive. Sa portée politique se fonde sur une approche philosophique pour surmonter le deuil d’un monde où la confiance en la science et ses certitudes se prolongeait par le culte de la raison avec les encyclopédistes. Ce deuil ne doit pas nous trouver démunis au seuil des épreuves et des changements que nous ne faisons que repousser – mais qui sont inéluctables.

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