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Avec Jonas dans le ventre de la baleine ? Le thorium
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 31/03/2011 – 16:53

Pour ceux qui – comme moi – ne sont pas des spécialistes de la bible :

Dieu envoie Jonas à Ninive, capitale de l’empire assyrien. Jonas désobéit à Dieu et se rend à Jaffa pour prendre la fuite sur un bateau en direction de Tarsis. Durant le voyage, le bateau sur lequel se trouve Jonas essuie une tempête due à la colère divine consécutive à sa désobéissance. Les marins décident alors de tirer au sort pour connaître le responsable de ce malheur. Le sort désigne Jonas. Ils le prennent, le jettent par-dessus bord, et à l’instant même, la mer s’apaise. Il est recueilli dans le ventre d’un grand poisson (souvent vu comme une baleine) durant trois jours et trois nuits. Le « gros poisson » le recrache ensuite sur le rivage.

De là, Jonas gagne Ninive, en annonce la destruction, puis attend cette destruction. Cependant, les habitants de Ninive décident de jeûner et de se repentir. Dieu dans son amour décide de ne pas détruire la ville puisque toute la population se tourne vers Dieu et se détourne du péché. « Pourquoi Dieu ne détruit-il pas la ville, comme il l’avait annoncé ? » se demande Jonas.

Dieu décide alors de faire pousser une plante qui fera de l’ombre à Jonas. Puis, il fait mourir la plante, et Jonas souffre du soleil et se plaint. Dieu reproche alors à Jonas de se plaindre de la mort d’une simple plante. Pourquoi Dieu n’aurait-il pas pitié, lui, d’une ville entière ? Dieu n’est-il pas libre à tout moment de pardonner au pécheur repentant quelles que soient son origine et sa faute?

Et pour ceux qui n’ont pas peur des maux de tête :

L’accident nucléaire de Fukushima donne lieu – au-delà d’une juste solidarité – à une agitation médiatique inégalée autour du nucléaire. Curieusement, la tendance est très modératrice. Même la montée au créneau de Greenpeace reste relativement modérée. On est loin de « l’indécence ».

D’autres groupes sont à la recherche de la pierre philosophale qui permettrait de satisfaire « pour toujours » nos besoins énergétiques. Evidemment, ce serait trop simple… mais tout de même prenons le billet de « Terre sacrée » accessible sur

http://www.i-services.net/newsbox/151229-97380-1643-62309/et-si-le-nucleaire-nous-assurait-pour-10-000-ans-de-confort-technologique.php?show=new

Passons sur le style qui peut plaire ou pas.  L’article concerne l’énergie atomique à partir du thorium.

En creusant cette question – en particulier sur Wikipedia (lien) mais en recoupant avec le CNRS (lien) et bien d’autres liens notamment en anglais – on est tenté de prendre très au sérieux cet article de Terre Sacrée.

Cette technologie est jugée très  prometteuse :

  • Rayonnement peu toxique ou en tout cas maîtrisable (alpha)
  • Gisements abondants (Il existe de grands gisements en Australie, en Inde et en Turquie, voire en Bretagne)
  • À partir de matières fissibles (U-235 ou Pu-239), il est possible de l’utiliser dans un cycle surgénérateur plus efficace que celui actuellement possible avec le plutonium ou l’uranium.

Une voie consiste à mettre en œuvre des réacteurs à sels fondus, où ces sels  jouent à la fois le rôle de combustible et de fluide caloporteur. L’un des premiers essais (pas le seul) a eu lieu à Oak Ridge dans les années 1960. Un réacteur expérimental a été construit en utilisant un sel de fluorure de thorium suffisamment chaud pour être liquide, ce qui élimine en particulier le besoin de fabriquer des éléments combustibles. L’expérience a fonctionné de manière satisfaisante de 1965 à 1969. Le programme a été définitivement interrompu en 1976 faute de crédits et faute d’intérêt suffisant des milieux militaires.

L’exploitation du thorium par des réacteurs nucléaires est à l’étude dans plusieurs pays comme la France, les États-Unis, la Chine, l’Inde et le Japon. A l’exception de la France, tous ces pays ont récemment décidé d’engager des efforts industriels significatifs dans cette direction. En France, des scénarios théoriques prometteurs ont été étudiés intensivement par le CNRS (lien cité) depuis le début des années 2000. En particulier, le Laboratoire de Physique Subatomique et de Cosmologie de Grenoble (LPSC)  a développé un concept de réacteur à sels fondus « non modéré », dit MSFR susceptible d’offrir des caractéristiques de fonctionnement très favorables remplissant tous les critères des réacteurs de quatrième génération :

  • utilisation optimale du thorium comme matériau fertile abondant (plusieurs dizaines de milliers d’années) ,
  • le cycle du combustible ne crée que peu de plutonium et d’actinides mineurs et génère des déchets radioactifs beaucoup plus faciles à gérer 
  • une grande sûreté intrinsèque de fonctionnement empêchant la réaction de s’emballer d’elle-même
  • le circuit primaire opère à la pression atmosphérique ambiante et ne met en œuvre que des substances chimiquement stables - risque de contamination radioactive très faible ;
  • traitement chimique in situ des matières – plus de transport des matières radioactives ;
  • contrôle facilité de la non prolifération nucléaire
  • le réacteur à sel fondu est susceptible de valoriser comme combustible les matières nucléaires issues des centrales actuelles. Le fonctionnement d’une fraction des réacteurs comme incinérateurs de déchets paraît envisageable, ce qui réduirait considérablement la quantité de déchets produite par l’ensemble du parc.
  • Le handicap d’un dopage initial avec des éléments fissiles a été longtemps rédhibitoire. On dispose maintenant de suffisamment de plutonium pour démarrer des réacteurs au thorium.

Des recherches complémentaires ainsi que des moyens financiers et industriels importants paraissent encore nécessaires pour la réalisation de réacteurs commerciaux. La faisabilité de la technologie paraît cependant presque acquise, l’horizon 2025 est avancé par les équipes de développement.

Alors, dit sous une autre forme, nous retrouvons les arguments de l’article d’origine. Le peu d’enthousiasme – français notamment – tiendrait-il à l’inadaptation de cette technique pour le nucléaire militaire? Et l’on rejoint aussi le scepticisme de Charpak (prix Nobel de physique récemment disparu) contestant le programme ITER de recherche sur la fusion nucléaire, jugé hors de prix et irréalisable à court ou moyen terme. Ces spécialistes préconisent plutôt l’intensification des recherches et des développements concernant les réacteurs à sels fondus et la filière du thorium

En clair, même si cela implique pour nous, simples citoyens, un effort de formation et d’information, il est essentiel que la décision démocratique reprenne sa place sur ce terrain. Pour cela il faut en effet briser des murs de silence… et de paresse!

Par contre le démarrage d’un réacteur au thorium est très lent – on parle de 6 ans. Si l’on ajoute les obstacles scientifiques, techniques, industriels et financiers, la solution n’est pas pour demain. Dans l’intervalle il convient de gérer au moins pire l’accumulation des difficultés – et des pollutions en tous genres.

Comme quoi nous sommes bien dans le ventre de la baleine… Pauvre Jonas…

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