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Le temps du monde fini… a commencé
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 30/10/2010 – 17:31

Le temps du monde fini

Emission Terre à Terre de Ruth Stégassi France Culture samedi 30/10/2010 7 heures

Invitée : Geneviève AZAM auteur de « Le temps du Monde Fini »

Rappel : Geneviève Azam sera au cinéma Utopia le 23 novembre à Toulouse pour nprésenter le film « Sall is beautyful »

Le temps du monde fini commence »  Paul Valéry 1931 (regard sur le monde actuel).

Nous avons déjà parlé de Geneviève Azam. Nous la retrouvons invitée de Terre à Terre pour son livre. Le mieux est d’écouter cette émission sur le lien suivant :

http://dtwin.org/WordDD/wp-content/uploads/TerreAterre30octobre.mp3

Voici quelques notes pour ceux qui n’auront pas le temps mais se privent ainsi du charme et de la force de cet entretien qui révèle une dimension humaniste autant que scientifique.

Nous sommes pris au centre d’un système qui a absorbé l’ensemble de la société mais aussi la Terre – mais çà ne veut pas dire qu’il n’y a pas de sortie. Mais rien non plus ne garantit qu’on en sorte. Beaucoup de mouvement sociaux progressistes ont toujours considéré que malgré les crises et à travers elles de ce mal sortirait nécessairement du bien. Nous devons abandonner ces illusions. Il peut y avoir une immenses régression qui a déjà commencé mais à laquelle nous ne sommes pas non plus condamnés. C’est aux peuples qu’il revient de construire cet avenir différent. Mais ce n’est possible qu’à condition de reconnaître que nous vivons dans un monde fini. La terre a été explorée, exploitée, et elle est aussi en partie détruite. Et en partie de manière irréversible. Le monde actuel assiège notre imagination. Or il de nombreuses expériences dessinent des voies de sortie.

Il faut élargir l’horizon mais aussi refuser la « table rase ». Il faut relire finement les tenants du marché comme ceux du socialisme progressiste. L’éloge du déracinement est aujourd’hui devenu l’apanage du capitalisme lui-même – expansion indéfinie de l’accumulation de capital au prix de l’extinction systématique du milieu de vie. C’est une erreur des mouvements progressiste de ne pas se présenter avec le projet de CONSERVER. Conserver ce qui a été construit par les hommes, un passé qu’on peut choisir de nous approprier ou pas. « Notre héritage n’a été précédé d’aucun testament » (René Char). Le fil du temps est rompu et seul compte le temps économique très court au détriment du temps social.

Nous nous sommes trop centrés sur la propriété des moyens de production. Bien souvent la propriété d’état s’est montrée aussi dévastatrice. En réalité la propriété privée a donné lieu à l’expropriation (par rapport au droit des communs (règles non écrites) – propriété d’usage et de restitution. Il ya expropriation de tous les communs construits dans l’histoire des sociétés – santé, retraites – mais aussi les communs des milieux de vie. Cette appropriation capitaliste ou communiste détruit les équilibres antérieurs. Les destins de la planète et des sociétés humaines sont liés. La terre seule n’a pas besoin des sociétés humaines. Elle n’a que faire de nos sociétés humaines. La crise écologique oblige à revenir sur terre. Il n’y a pas de planète B. Habitons et pensons ensemble le rapport de l’humanité à ce seul habitat possible. Revenons sur terre. Pas de déni à cette contrainte. Nous devons nous battre contre le naturalisme social. Les lois sociales ne sont pas calquées sur les lois de la nature. Un des acquis des lumières c’est qu’on doit maintenir une séparation entre les lois de la nature et nos règles du vivre ensemble. Séparation mais pas domination, appropriation. Les mondes de la matière et des hommes se croisent dans la crise. Si nous ne changeons pas la vie sur terre sera problématique. Repensons le rapport des humains par rapport à la nature : différentiation mais mis en relation des deux mondes. C’est une frontière qui sépare mais qui relie aussi. C’est vrai aussi des hommes entre eux.

Pour arriver à surmonter la crise il faut prendre conscience que la mobilité qui nous est imposée au titre de la modernité aboutit à un déracinement. Alors les fondamentalismes créent des enracinements imaginaires et redoutables. Pour avoir le choix il faut pouvoir choisir des racines en rhizome qui font qu’on est quelqu’un, qu’on est de quelque part et non pas avec des racines absolues.

Nous vivons de plus en plus dans des non-lieux où l’on passe pour consommer. Ils s’étendent et supplantent les lieux traditionnels d’ancrages. Conrad dit qu’on a besoin d’un environnement rassurant pour être libre. Le lien dans la culture dominante est devenu antinomique de la liberté – mais nous sortons de cette logique. Nous pourrions choisir des limites avant qu’elles ne soient imposées. Les limites sont essentielles – voyez pour les enfants. S’il n’y plus de limite il n’y a plus rien à discuter et choisir. La liberté n’est pas sans limite.

L’économie s’est construite sur la base de besoins infinis que nous aurions – et donc qu’il fallait un développement infini. Mais c’est confondre les besoins et les désirs. Certes les désirs humains sont infinis.. D’ailleurs si un désir est assouvi il n’est plus un désir. L’économisme a rabattu la notion de désir sur celle de besoins réalisables et monnayables. Par exemple on nous vend des produits « nature ». Cela aboutit à la fin de l’imagination. Prendre conscience d’un monde fini permet au contraire de redécouvrir des désirs, imaginer un monde basé sur la justice, la solidarité et la liberté, Ces désirs ne peuvent pas être assumés par le marché.

La dégradation de la nature et de la dignité humaine sont indissociables. L’accumulation des déchets est aussi du travail humain rejeté. Il y a une perte de sens du travail qui crée un malaise profond. On produit pour consommer. Ce qui reste : des friches et des déchets.

Pourtant il existe de multiples voies pour en sortir. Créativité sociale, inventivité, rencontres dessinent d’autres mondes. Les luttes contre l’extractivisme, les résistances pour conserver les ressources en sont une née chez les peuples détenteurs de ces ressources. La récupération de l’eau en Inde, en Bolivie (réappropriation collective face à la privatisation), l’uranium au Niger, les résistances face aux centrales à la houille en Afrique du Sud. Si nos besoins sont limités nous avons alors des choix pour entrer dans un monde commun. Commun entre les humains et commun avec la Terre. Après 2 révolutions nous avons établi les droits humains, puis des droits sociaux. On a besoin d’une autre génération de droits pour aboutir à un langage commun pour habiter la Terre.

Il faut finalement rouvrir la possibilité d’une pensée poétique et politique. Dans ce monde fini, il faut entendre Paul Valéry et mettre en place ici et maintenant – ne plus différer – la solidarité.

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