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Peut-on se passer du nucléaure ? (forum Libération Lyon)
This is my site Ecrit par Serge CLAVERO. on 21/10/2010 – 09:29

Peut-on se passer du Nucléaire ?

Forum « Planète durable ». Libération. 24, 25 et 26 septembre 2010.

Site http://www.forum-lyon-liberation.org/

Débat entre Tom Burke et François Roussely.

Tom Burke est un universitaire environnementaliste, conseiller auprès de grandes compagnies  comme Rio Tinto. Il a collaboré avec le Foreign Office pour ces questions et travaille avec des ONG.

François Roussely est un énarque qui a présidé EDF avant de s’orienter vers la banque (président du Crédit Suisse). Notons au passage qu’il est l’auteur de la peu brillante OPA sur Montedison en juin 2001. Il a signé en août 2010 le rapport sur l’avenir du nucléaire remis au gouvernement.

Pour Tom Burke, le nucléaire, s’il est effectivement très faiblement émetteur de GES, s’avère désastreux sur plusieurs plans.

Aux risques majeurs de catastrophes, le danger des émissions faibles, le problème des déchets s’ajoute surtout celui de la prolifération inéluctable des armes nucléaires. De 4 pays dotés de l’arme nucléaire, on est passé à 9 pays par ce biais.

De plus, du point de vue économique, le nucléaire n’a jamais tenu ses promesses. En 1954 le président du département de l’énergie atomique aux USA annonçait déjà un coût inférieur à la production conventionnelle d’électricité. En fait les programmes ont tous connu des retards de développement de 2 à 4 ans et bien entendu les budgets ont été dépassés en conséquence. Contrairement à ce qui se produit globalement pour l’industrie les coûts n’ont pas baissé avec l’expérience, bien au contraire. Les normes de sécurité se sont renforcées et compte tenu de temps de construction de plus en plus longs le coût initial du KWH estimé à 1000$ est passé à 6000$ et ne cesse de progresser. Comme la disponibilité des matériels et des hommes dans ce domaine est limitée, l’élargissement de l’offre va se traduire par une nouvelle augmentation des coûts. On lance cependant avec le « renouveau du nucléaire » de plus en plus de chantiers. Mais compte tenu du vieillissement du parc actuel, au final nous aurons en 2030 seulement maintenu ce parc à son niveau actuel. Ceci est corroboré par la baisse enregistrée pour la production mondiale d’électricité nucléaire.

Cette industrie repose avant tout sur une capitalisation considérable qui échappe aux normes comptables classiques. Les risques financiers sont tels que seuls les états peuvent les soutenir. Et en fin de compte c’est le contribuable qui paiera en cas d’échec ou de catastrophe, évidemment. Ce risque financier est d’autant plus inacceptable qu’il faut accompagner le nucléaire par des centrales thermiques (essentiellement au fioul et au gaz) capables de répondre aux variations brutales de la demande. Au total – et compte tenu des centrales à l’arrêt pour incident ou pour maintenance – on doit prévoir un surdimensionnement général du parc (ce qui bien entendu a un coût).

La réforme de ce système préconisée actuellement repose sur la privatisation et la mise en pièces de l’organisation verticale actuelle. Comme chaque secteur présentera le même risque financier le résultat sera la multiplication des aides étatiques. Et ces subventions seront validées parce que l’état fait tout son possible pour que le nucléaire soit classé dans les énergies vertes !

Pour équilibrer ses finances EDF et AREVA agissent dans deux directions. D’une part le prolongement de la vie des centrales actuelles – avec des risques d’accident – et d’autre part l’exportation. Mais cette exportation s’effectue de plus en plus vers des pays dans lesquels, en l’absence d’une régulation internationale des risques (comme il en existe pour les avions) – la sécurité des centrales et la compétence des personnels ne sont pas assurés au même niveau qu’en Europe.

En conclusion les contraintes économiques, qui se sont renforcées avec la crise, font que le nucléaire est une énergie du passé. Elle sera dépassée, supplantée par les éoliennes et le solaire.

Réponse de François Roussely

Il faut échapper au totalitarisme dans ce domaine – tant en faveur que contre le nucléaire. Le réchauffement de la planète est une certitude. L’épuisement des ressources fossiles – gaz et pétrole  - est inéluctable (50, 100 ans ?). Mais surtout la demande d’énergie ne cesse de croître – on prévoit son doublement. On a besoin du nucléaire parce que nous serons de plus en plus nombreux. Par ailleurs la conversion à nouvelles solutions va demander du temps : le renouvellement des logements c’est 50 à 100 ans, les transports presqu’autant.

Dans ce contexte le nucléaire présente plusieurs avantages. Du point de vue mondial, la situation est différente notamment par rapport au charbon qui est la ressource la plus abondante par ailleurs. La France, elle, ne dispose pas de cette ressource alors que les sources d’approvisionnement en uranium sont largement diversifiées dans le monde. (Cette dernière affirmation fera l’objet de réfutations de la part du public qui rappellera la malheureuse affaire des otages au Niger).

Le nucléaire est une énergie bon marché qui a permis de conserver des industries très demandeuses d’énergie comme l’aluminium, le papier, la sidérurgie (hum…). Il soutient notre indépendance économique (sauf que les chiffres s annoncés par FR vont dans l’autre sens… erreur du conférencier je suppose).

Lorsque la France a cherché à se lancer sur les énergies renouvelables, elle a pris conscience de son retard. Mais c’est bien normal puisque nous n’avons pas besoin de ces énergies. Pour l’éolien on rachète l’électricité 3 fois son coût marginal EDF et pour le photo voltaïque jusqu’à 15 fois ce coût. Le photovoltaïque sera toujours beaucoup plus cher compte tenu du prix des composants (l’assistance interviendra pour souligner la chute très rapide des coûts d’installation du solaire). Evidemment aussi le solaire n’est pas stockable. Par contre notre productivité sur le nucléaire est excellente puisqu’elle se situe 30% moins cher qu’en Allemagne.

Ces prises de position ont amené un certain nombre de réactions et beaucoup de points ont été battus en brèche – comme le stockage des énergies verts (il est un fait), le développement de ces énergies en Europe (60% des investissements) – ce qui conduit François Roussely à conclure en évoquant la révolution culturelle qui arrivera avec le phot voltaïque et l’émergence d’une vaste production décentralisée d’énergie – comme quoi il ne faut désespérer de rien !

En conclusion je recommanderai au lecteur (patient) qui nous a suivi jusqu’ici à se reporter à notre site  où le nucléaire fait l’objet d’un assez long article ainsi d’ailleurs que le solaire et l’éolien. Pour ma part je sors de ce débat en étant toujours aussi hostile au nucléaire qui a de longue date été dénoncé comme une industrie hyper capitalistique, anti démocratique, extrêmement dangereuse (même si la probabilité d’occurrence est faible les conséquences sont catastrophiques au sens premier du terme pour l’humanité). De plus il ne fait pas de doute que l’énorme engagement financier dans cette filière freine le développement des énergies renouvelables en France. Cette énergie « faite pour les anges » ne doit pas non plus être exportée à tout prix. Là encore la toute puissance de la finance ne doit pas décider de tout. Pour ceux qui doutent, je les invite à se rendre sur le site de Libération … et à réagir !

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